Le service national en six dates

AFP

Les souvenirs de caserne et les relations épistolaires. Autant de souvenirs, de mythes, contés par les parents. Ce qu’on appelle communément « service militaire » peut sembler bien étranger aux jeunes d’aujourd’hui. Mais il se pourrait qu’il gagne désormais nos générations. C’est du moins le souhait du président Emmanuel Macron, qui entend réhabiliter un service national d’au moins trois mois. Historique d’un dispositif qu’on pensait démodé.

« Conscription », « service militaire », « service national », derrière tous ces termes se cache l’idée d’un devoir à rendre à l’Etat. Mais c’était surtout pour le moyen pour l’Etat d’avoir une réserve d’hommes formés aux armes à portée de main. Plus encore, c’était, à l’époque, l’opportunité d’asseoir une certaine autorité et de centraliser le pouvoir. Il y a aussi une variable à ne pas oublier. Le service national était un instrument pour développer le sentiment d’appartenance. C’est quelque chose que nous ressentons beaucoup moins en effectuant notre JAPD. Le service militaire avait pour ambition de mettre à égalité chaque personne, à l’image de l’armée. Au fil des années, de nombreuses lois l’ont davantage rendu « civique » que « militaire ».

1. 1798 et sa loi fondatrice

La première fois que l’on parle de « conscription », c’est en 1798. C’est la loi Jourdan-Delbrel qui l’institue. Naît alors une « conscription universelle et obligatoire » d’une durée de cinq ans pour tous les hommes français âgés de 20 à 25 ans. C’est la première fois que l’on légifère là-dessus. Pourtant l’idée n’est pas nouvelle. Depuis 1688, Louis XIV obligeait ses sujets à fournir des milices provinciales pour renforcer ses troupes armées. Ce qui apparaît comme une loi rigide autorise toutefois les dérogations. Beaucoup d’hommes sont ainsi exempts. Pour préciser la loi Jourdan-Delbrel, Napoléon Bonaparte instaure la loi Gouvion-Saint-Cyr qui établit un recrutement par engagement et tirage au sort.

2. 1872 : un service militaire « moderne »

La troisième République se saisit elle aussi de la question militaire. La loi Cissey instaure un service national obligatoire. Il dure soit cinq ans, soit de six mois à un an. Le service militaire s’effectue toujours sur tirage au sort. Cette loi se caractérise par une mesure particulière : elle interdit le droit de vote aux militaires, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, mais c’est ce qui fera d’elle la « Grande muette ».

3. 1970 : un service moins masculin

Deux ans après Mai 68, l’armée se féminise mais pas trop quand même. Le service militaire devient accessible aux femmes. Toutefois, c’est une possibilité qui reste fondée sur le volontariat. Cinq ans plus tôt, la loi Messmer changeait d’ailleurs l’intitulé pour un « service national ».

4. 1997 : la fin du service national

L’année 1997 a marqué la fin du service national. Jacques Chirac, alors président, choisit de professionnaliser les armées. Selon lui, « la conscription traditionnelle ne répond plus aux exigences d’une armée moderne dans un grand pays moderne ». Pour compenser la suppression du service national, la Journée d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD) est mise en place. Aujourd’hui appelée Journée défense et citoyenneté (JDC), elle consiste en une journée d’information sur les droits et devoirs de tous, sur la défense et le civisme. Elle s’accompagne également d’un enseignement aux premiers secours. En somme, nous sommes bien loin des caractéristiques qui faisaient le service militaire.

5. 2010 : la création du service civique

Pour pallier l’absence d’une expérience citoyenne conséquente, le service civique est mis en place par la loi du 10 mars 2010, par le haut-fonctionnaire Martin Hirsch. Ce dispositif vise à renforcer la cohésion nationale et à favoriser la mixité sociale. Plus concrètement, il permet aux jeunes de 16 à 25 ans d’effectuer une mission d’intérêt général dans les domaines tels que l’éducation, la solidarité, la culture, l’environnement, l’humanitaire, la mémoire et la citoyenneté, les sports ou encore l’intervention d’urgence en cas de crise. Une mission qui dure entre 3 et 12 mois, et pour laquelle le/la volontaire est rémunéré, un peu moins de 600€.

6. 2018 : le retour du militaire ?

Emmanuel Macron l’avait présenté dans son programme de campagne (lire par ailleurs). Il entend réhabiliter un « service national universel » de trois à six mois afin que chacun fasse « l’expérience de la mixité sociale et de la cohésion républicaine ». Ce dispositif entend réinstaurer une variable militaire, mise de côté depuis 1997. Peut-être le moyen pour le Président de stimuler l’engagement militaire. Dernièrement, des reportages ont dénoncé une importante démobilisation de la part des soldats, notamment contre l’opération Sentinelle.


Photo : © Julio Pelaez

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