Russian dream

Le référendum a été préparé en deux semaines, sous la pression du tsar moderne de toutes les Russies. Vendredi 21 mars le “oui” l’emporte à 96.77% des votants, la Crimée sera russe ou ne sera pas. Province obscure de la Mer Noire il y a encore peu, elle est devenue le symbole du bras de fer engagé entre l’Occident et Moscou. Que se passera t-il maintenant qu’un référendum sans aucune valeur légale est contesté par un gouvernement ukrainien qui n’en a pas plus ?

Histoire d’une province apatride

Le détail est édifiant. En recherchant « Crimée » sur Wikipédia on apprend que cette province de la Mer Noire est rattachée juridiquement parlant à l’Ukraine, et de fait… à la Russie. Ce mouvement de balancier entre différentes nations ne date pas d’hier. Du fait de sa position géographique,depuis le XVe siècle la Crimée a fait successivement partie de l’Empire Ottoman, de l’Empire Russe, et de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. En 1954 le président du conseil des ministres en URSS, Nikita Krouchtev en a fait don à la République socialiste soviétique d’Ukraine par un simple décret. On raconte que quinze minutes de débat à peine auraient suffi pour que la décision soit entérinée au sein du comité central du Parti communiste selon le quotidien Pravda. Une attention passée quasi-inaperçue à l’époque de la part de l’homme qui a failli entraîner le monde dans une guerre nucléaire lors de la crise de Cuba. Le geste est purement symbolique, étant donné que l’Ukraine était partie intégrante de l’URSS jusqu’à sa chute en 1991 .

Un score “soviétique”

96,77 % des 86% de Criméens ayant voté le 21 mars, seraient favorables au rattachement de la Crimée à la Russie. La population russophone en Crimée est évaluée à 80%, qui sont alors ces 6% de plus qui ont quasi-unanimement fait du pied à la Russie ? Difficile à dire. En revanche quant à ceux qui n’ont pas voté,  la population Tatar est la moins susceptible d’être nostalgique de l’URSS. Originaire de l’empire ottoman, pendant la Seconde Guerre mondiale, les Tatars de Crimée furent victime de la répression soviétique. Ils furent accusés d’être des collaborateurs du Troisième Reich et déportés en masse.

Peut-on réellement accorder une valeur à ce référendum contraire à la constitution ukrainienne qui s’est déroulé sous la menace des forces d’occupation russes ? Sans aller jusqu’à parler de « Rêve russe », les habitants de Crimée sont bien conscients que leurs revenus sont inférieurs à ceux de leurs voisins de l’est. Aspirer à devenir leurs concitoyens, c’est donc aspirer à la richesse, mais surtout à l’ordre. Bouleversés par la situation chaotique des événements de Maidan, beaucoup de Criméens ont pris peur, et considéré que les forces russes présentes sur leur territoire assuraient leur protection. Enfin comme pour confirmer l’éloignement entre les deux nations, le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, a signé, vendredi 21 mars, l’accord d’association qui avait déclenché « l’Euro révolution » lors du sommet des chefs d’État de l’Union européenne. « Sans fraude ni lavage de cerveau et en menant une campagne électorale normale, le rattachement à la Russie l’aurait tout de même remporté, car les gens sont majoritairement pour. Le score aurait été moins «soviétique», mais la Russie aurait gagné de toute façon » estime Véronique Dorman, envoyée spéciale en Ukraine pour Libération.

Parler doucement, avec un petit bâton ?

A l’inverse, les Occidentaux crient leur indignation face à ce qu’ils considèrent comme un putsch. Les seules mesures ayant été prises jusqu’ici concernent le gel d’avoirs de ressortissants russes, et la confiscation de visas. Ce à quoi le président russe a réagi… de façon similaire concernant les avoirs de responsables américains. Un accès direct à la Mer Noire vaut bien quelques passeports.

Fabien Randrianarisoa

Pour toute tentative de corruption merci de demander la grille tarifaire à la direction.

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