Point de vue – Redonner son sens à la “démocratie” : appel à la révolte

Suite à la surprise provoquée par la victoire du malfamé Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, il semble important de chercher à dissiper ce brouillard dont la sphère politique s’est volontairement entourée afin d’éviter de laisser la bêtise démocratique se reproduire en avril prochain, durant les élections présidentielles françaises. Comment fonctionne le système “démocratique” contemporain et quelles armes détenons-nous (les citoyens) pour tenter de le réparer ? 

Sans aller chercher trop loin non plus, il semble important de commencer par essayer de comprendre quel était le pacte de départ lorsqu’il fut question de “démocratie” et de voir ce qu’il en est concrètement dans le monde contemporain. Comme chacun d’entre vous a dû le voir à l’école, la “démocratie” peut se traduire par l’idée de “souveraineté du peuple” et s’est d’abord développée en France suite à la Révolution Française de 1789. Même si les Français ont été parmi les premiers à lutter pour mettre en application ce système politique, l’idée de démocratie était déjà au centre des débats durant l’Antiquité.

Pour certains philosophes comme Platon, ou citons Cicéron pour changer un peu, la démocratie était une abomination car elle supposait la tyrannie de la foule” 1. C‘est-à-dire, prendre le risque de laisser le pouvoir à des personnes incompétentes ou encore que le peuple prive les plus riches de leurs privilèges. Cette peur d’une démocratie incontrôlable fut solutionnée par la mise en place d’un système représentatif : on élit une personne, supposément compétente (et raisonnable), chargée de représenter nos idées.

En 1762, Jean-Jacques Rousseau, défenseur de la démocratie directe, publie un ouvrage nommé Le Contrat Social, dans lequel il décrit les conditions de son idéal démocratique. Dans cet ouvrage, Rousseau prévenait déjà des risques que pourraient supposer la mise en place d’un système représentatif et affirme que les lois écrites par les représentants doivent être validées par le peuple, mais aussi que le peuple doit conserver le droit de supprimer une loi s’il s’avère qu’elle ne fonctionne pas suite à sa mise en application. Pour faire le pont avec le présent : voilà en quoi l’usage répété de l’article 49.3 afin de faire passer le projet de loi travail malgré la volonté contraire de la majorité de la population constitue une entorse exemplaire à notre idéal démocratique.

En bref, l’idée originelle de la démocratie, en tant que “souveraineté du peuple”, était donc de laisser au peuple la liberté de faire lui-même ses choix concernant la société dans laquelle il vit. On s’arrête là pour le retour en arrière et, à présent que l’on a une petite idée de ce qu’était le pacte de départ de la “démocratie représentative”, on peut s’interroger sur la manière dont elle fonctionne aujourd’hui.

Que reste-t-il de la représentativité ?

Si vous êtes accro à notre système politique actuel, que vous n’avez raté aucun des débats télévisés de la primaire de droite ou de gauche et que vous pensez ardemment que le prochain président sera enfin celui du “changement”… c’est le moment de fuir ! (On plaisante, restez quand même). Le désenchantement d’une grande part de la population vis-à-vis de la politique contemporaine, ainsi que les taux d’absentéisme des dernières élections sont sûrement de bons indicateurs du dysfonctionnement du système actuel : qu’est-ce qui cloche ?

Depuis sa création, la démocratie représentative française a bien évolué : le nombre de personnes autorisées à voter a augmenté avec l’arrivée du suffrage universel (ça c’est une bonne chose) et depuis 1901, est autorisée la création de “partis politiques”. L’apparition de partis politiques modifie le fonctionnement de la démocratie : au lieu d’élire un individu précis (que les électeurs auraient même pu connaître personnellement du temps où seule la bourgeoisie avait le droit de voter) on élit un programme, et un groupe de politiciens pour le défendre, selon les principes que l’on défend.

Cela dit, aujourd’hui ce regroupement des “possibilités politiques” sous forme de partis politiques semble terriblement réduire le champ des possibles qui existe réellement. En effet, la dichotomie de la division droite/gauche ainsi que le caractère caricatural que chaque parti s’est octroyé avec le temps fait que la population se trouve confrontée à un choix qui n’en est pas vraiment un. Attention, ce n’est pas la mise en place de partis politiques en soi qui pose problème, c’est ce que nous en avons fait. En effet, c’est à la fois la fixité des partis mis en place et leur exclusivité qui pose souci : l’UMP a beau s’être trouvé un nouveau nom, les promesses sont les mêmes (avec les mêmes têtes pour promettre de les tenir).

Certains viendront s’indigner en disant qu’il existe d’autres partis (allez les verts !) et on ne dit pas le contraire, seulement qu’au jour d’aujourd’hui ce sont toujours les deux principaux partis français qui ont remporté les élections (à l’exception près de Valérie Giscard d’Estaing en 1974). D’autres diront que même si ce sont toujours les mêmes qui gagnent, ça ne signifie pas pour autant que leurs programmes ne changent pas d’une élection à l’autre : creusons la question. Premièrement, l’idée même selon laquelle il serait juste qu’il n’y ait que deux partis qui aient leur chance de faire passer leur programme est contestable car cela tend à réduire les solutions existantes à un dualisme trop souvent résumé comme celui du socialisme face au libéralisme économique. Ensuite, on peut remettre en cause la manière dont sont conçus, avant chaque élection, les programmes des deux grandes firmes politiques. Puisque les candidats ne craignent pas de subir les conséquences de l’écart entre leurs promesses et leurs actes et que le caractère concurrentiel du déroulement des campagnes présidentielles les encouragent à promettre toujours plus, à faire rêver (cf. : “Le changement c’est maintenant !”), les programmes se couvrent trop souvent d’une couche utopique.

En 2014, un professeur de droit et d’économie nommé Étienne Chouard s’était fait remarqué sur le plateau de Ce soir au jamais (diffusé sur France 2) 2, précisément pour avoir dénoncé cette “arnaque démocratique” qui s’opère à chaque élection. Étienne Chouard, sur un ton résigné, proposait de renverser notre perception vis-à-vis de la situation politique en affirmant qu’au lieu de se lamenter sur l’incompétence des politiciens à servir l’intérêt général, on devrait se rendre compte de leur efficacité lorsqu’il s’agit de servir l’intérêt de ceux qui leur ont permis d’être élu (“les 1% des plus riches”, “ceux qui financent les campagnes électorales des élus”). De ce point de vu là, la situation n’avait plus rien de “catastrophique” pour la démocratie contemporaine car tout se passait “comme prévu” : les deux grands partis politiques, assurés de gagner car soutenus par les bonnes personnes, maintiennent l’ordre voulu par ceux qui détiennent l’argent. Mais, pour que cela fonctionne, il y a tout un jeu d’apparence qui cherche à maintenir “l’illusion du choix”.

Vous vous rappelez de cette scène dans The Dark Knight où le Joker rend visite à Double Face à l’hôpital ? Le Joker propose à Double Face “d’introduire un peu d’anarchie, de contrarier l’ordre établi”, il place un flingue dans sa main, lui met le doigt sur la gâchette, se colle le canon sur le front : Double Face a le choix. Résultat : il l’épargne, croyant avoir le contrôle, mais on se rend compte que le Joker avait son doigt sur le marteau de l’arme la rendant ineffective 3. Le bulletin de vote est un peu devenu ce pistolet inoffensif qui nous donne l’illusion d’avoir le pouvoir. Les politiciens ont bien compris à quel point il est important de maintenir la croyance de la population en sa capacité à changer le monde à travers le système établi. D’ailleurs, les Nuits Debout en est la preuve : face à une situation où le gouvernement abuse un peu trop de son pouvoir (et par conséquent brise quelques instants l’illusion selon laquelle nous sommes en contrôle), la population commence à se révolter.

Pour autant, loin de là l’idée selon laquelle ce serait entièrement la faute du “président” et de ses coéquipiers. D’ailleurs, notre argument n’est pas de critiquer les chefs d’État mais le fonctionnement de notre système (sa législation et la mise en application de celle-ci). La capacité de notre système actuel à maintenir l’ordre établi (à la fois hiérarchique et économique) semble dépasser les personnes en charge de le faire fonctionner. Vous imaginez si un président réellement socialiste arrivait au pouvoir et menaçait de tout changer ? Non, la démocratie contemporaine impose au président une certaine soumission au système. D’abord, pour se faire élire, le caractère concurrentielle des élections présidentielles fait que chacun est contraint de promettre bien plus que ce qu’il est imaginable de réaliser en un mandat. Aux États-Unis cette contrainte là est plus forte encore : Barack Obama avait parlé d’interdire les armes à feu ou encore de fermer Guantánamo lors des élections et même si l’on accepte avec plaisir de croire qu’il a fait de son mieux pour y parvenir, il n’y est pas parvenu. Pourquoi ? Car il existe deux institutions servant à contre-balancer le pouvoir du chef d’État : le Sénat et l’Assemblée nationale (ou le Congrès pour le cas des États-Unis) et, même si leur existence semble répondre à une volonté de limitation raisonnable du pouvoir (de peur de la tyrannie), ces chambres apparaissent, en pratique, comme un autre recours afin de limiter la venue du changement.

Comment reprendre le pouvoir que nous avait promis la démocratie ?

Suite aux dernières élections américaines et au vu de la manière dont se profilent les prochaines présidentielles françaises, il semblerait que l’heure soit à la venue des anti-système (ou “anti establishement” pour paraître moins anarchique) et de la volonté de changement pour le meilleur comme pour le pire. Aux États-Unis, en témoignent la victoire de Donald Trump ainsi que l’inattendue popularité de Bernie Sanders (pas tant anti establishement mais très certainement porteur d’idées révolutionnaires pour le système américain) durant les élections et, en France, la place importante de plusieurs candidats qui ont décidé de se présenter hors des deux grands partis pour les prochaines élections (Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon) ou encore la montée en puissance de l’extrême droite.

La population en aurait donc marre de ce que la démocratie est devenue ? En effet, avec dans la gorge un arrière-goût de déception laissé par les présidences de Nicolas Sarkozy et de François Hollande et n’ayant pour seule arme son bulletin de vote, les citoyens se tournent vers ceux qui se disent “différents”, vers les politiciens qui crachent sur l’idée même du politicien. Durant les élections américaines, il avait été répété à plusieurs reprises que ce qui plaisait chez Donald Trump et Bernie Sanders c’est qu’ils parlaient différemment de ceux que l’on avait l’habitude d’écouter : d’un côté par la grossièreté dite “authentique” du personnage et de l’autre par la remise en cause de certains fondements de la culture américaine (rendre gratuites les universités, rendre public le système de santé, etc). Cela dit, malgré leur personnalité anti establishement et révolutionnaire, Trump et Sanders étaient bel et bien obligés de se plier au système et de se présenter aux couleurs des deux grands partis américains ; c’est pas la fête non plus. Cette montée en popularité des candidats dits anti-système s’avère peut-être indicatrice du chemin à suivre : tenter le diable et, pour une seconde fois dans l’Histoire de France, élire un candidat qui n’est ni du PS ni de l’UMP (enfin, des “Républicains”, pardon). Qu’est-ce qu’on a à perdre ?

Le vote blanc et l’abstention : de bonnes alternatives ?

Si cet article vous a fait perdre la foi en notre système démocratique à un tel point que vous n’avez même plus la force de prêter un peu de vos espoirs à un candidat, quel qu’il soit, il ne vous reste donc plus que deux options : le vote blanc ou le néant absolu et mélancolique de l’abstentionnisme. Si nous vivions dans un monde parfaitement logique, le vote blanc serait sûrement devenu votre meilleur option : à distinguer du vote nul (celui qui ne compte pas car il est non-valide pour x raison) et de l’abstention, le vote blanc signifie que vous avez fait la démarche d’aller voter (et donc que vous n’êtes pas totalement indifférent à ce qui se passe dans votre pays) mais que, puisque vous n’êtes attirés par aucun des candidats proposés, vous préférez n’en soutenir aucun. En bref, voter blanc, c’est dire que vous n’êtes satisfait par aucun des choix que l’on vous propose et que ça vous embête suffisamment pour que vous ayez pris le temps d’aller mettre un bout de papier sans rien d’écrit dessus dans votre mairie. Sauf que, en France, le nombre de personnes qui ont voté blanc n’est pas exprimé ! En 2014, dans un élan de bonté raté, François Hollande modifie légèrement la législation qui concerne le vote blanc et décide qu’il sera comptabilisé : pas exprimé, mais comptabilisé, c’est-à-dire qu’il n’ira pas dans la même poubelle que les votes nuls mais que l’on n’informera pas la population de son pourcentage pour autant. Imaginez vous deux minutes ce qui aurait pu se passer en 2002 (l’année du duel entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen au deuxième tour) si le vote blanc était reconnu : il n’est sans doute que bon nombre de personnes, notamment les gauchistes piégés par ce choix entre la droite et l’extrême-droite, auraient préférés exprimer leur insatisfaction. Le problème c’est que le vote blanc, ça fait tâche ! Donc on le garde secret.

Pour ce qui est de l’abstention, elle est bel et bien comptée et fait partie des suffrages exprimés mais le problème est qu’avec l’abstentionnisme, pas moyen de différencier la personne qui n’en a rien à faire des élections (et donc qui ne devrait pas être dérangé par la victoire d’un candidat ou de l’autre) de celle qui n’est satisfaite ni par les candidats qui se sont présentés, ni par le sort de son bulletin de vote blanc mais qui, pour autant, s’inquiète de l’avenir du pays. Cette confusion vis-à-vis de la signification de l’abstention a très bien été récupérée par la sphère politique qui se donne à cœur joie de rappeler que “les abstentionnistes n’avaient qu’à aller voter”. Et même si vous pensez qu’à force que les taux d’abstention soient aussi hauts il deviendra difficile de croire que tant de personnes soient totalement indifférentes vis-à-vis de l’issue des élections, vous serez probablement catégorisés comme “l’un de ces jeunes qui n’en a rien à faire” malgré vous.

Ô désespoir ! Que reste-t-il aux citoyens ?

Parce que ce ne serait pas franchement sympa de passer tant de temps à décrédibiliser les solutions que nous laisse la situation politique actuelle sans donner quelques lueurs d’espoir en retour, on tient à vous rappeler que le monde ne dépend pas exclusivement du pouvoir politique (heureusement). En effet, même si un citoyen seul ne fait pas peur aux dirigeants, ils n’ont pas d’autres choix que d’entendre la foule qui gronde lorsque le mécontentement se généralise. Mais alors comment on fait, concrètement, pour que la foule se mette à gronder ? On se révolte.

La force des citoyens, c’est la défense du progrès (social, égalitaire, judiciaire, technologique) et lorsque le temps porte en évidence l’heure du changement, celui-ci s’opère toujours. Cette défense du progrès passe par la réflexion et la prise de conscience, par la responsabilisation de l’individu, par la communication et la création, mais surtout par le devoir de révolte. Le devoir de révolte, c’est apprendre à dire “non” et à résister face aux injustices, c’est ne jamais laisser la pesanteur de la routine nous forcer à accepter ce qui n’est pas acceptable. En 2015, Xavier Mathieu (ex-délégué syndical de la CGT) se présente sur le plateau du Grand Journal pour parler de la polémique à la suite de l’agression qu’avait subi le directeur des ressources humaines d’Air France par des employés révoltés (la fameuse histoire de “la chemise arrachée”) 4. Sur le plateau, Xavier Mathieu explique devant des journalistes qui ne cessent d’évoquer la “gravité” de l’agression physique que la chemise arrachée au DRH d’Air France ne vaut pas le quart de la violence sociale subie par les salariés de l’entreprise. En effet, il avoue avec dépit se rendre compte qu’il n’y a que par la révolte (la violence, le dépassement de certaines limites) que l’on parvient à se faire écouter par les dirigeants. Sans aller du côté de la violence (qui tient ici d’un contexte particulier pour les employés d’Air France), chacun d’entre nous a la possibilité de se révolter face à l’injustice.

Mais, “se révolter”, c’est faire quoi concrètement ? Eh bien, à chaque injustice sa solution (la première étape est donc de l’identifier, la penser) et à chaque solution il faut une révolte pour la porter : dénoncer, rendre publique, appeler la foule à gronder. Dans un entretien consacré à l’Obs au sujet du comportement de la population vis-à-vis du problème du réchauffement climatique, Slavoj Zizek déclare : “Ce qu’il nous est plus difficile d’accepter, nous Occidentaux, c’est d’être réduits à un rôle purement passif d’observateur impuissant. Nous préférons nous lancer dans une frénésie d’activités, recycler nos papiers usagés, manger bio, nous donner l’illusion de faire quelque chose, apporter notre contribution, comme un supporter de foot bien calé dans son fauteuil, devant un écran de télé, qui croit que ses vociférations influenceront l’issue du match. 5” En quelques mots, Zizek reproche une absence de révolte de la part des individus : au lieu de pointer du doigt le vrai problème et ses coupables (plus durs à affronter que l’odeur de son compost) on préfère se déculpabiliser par des actions minimes et communément désignées comme les “actes à suivre”. Lui, propose plutôt d’imposer la solidarité inter-étatique afin de défendre l’intérêt de tous (la préservation de la nature) des excès que suppose la concurrence économique et commerciale.

Si le problème que nous avons énoncé n’est pas tant celui de l’écologie mais celui de la reconquête de cette “représentativité” qui nous avait été promise, on peut s’interroger sur les signes de notre résignation et de notre impuissance. Là où l’écolo se rassure en achetant bio, le citoyen désabusé se nourrit des promesses du candidat qu’il trouve le “moins pire” et se déresponsabilise après avoir glisser le bulletin de vote dans l’urne. Même si évidemment l’élection d’un politicien au lieu d’un autre fait tourner le vent du progrès dans une direction ou une autre, c’est en se faisant entendre que les individus peuvent apporter le changement. A vos armes, citoyens !


Sources :

  1. De Republica (livre III), Cicéron
  2. Étienne Chouard sur le plateau de Ce soir ou jamais (https://www.youtube.com/watch?v=36HRbEX02zA)
  3. La scène du Joker dans The Dark Knight (https://www.youtube.com/watch?v=MsLYoqjgl_Y)
  4. Xavier Mathieu et l’affaire de la chemise arrachée (https://www.youtube.com/watch?v=DlDAxBQ4fzM)
  5. “Trier, manger bio, prendre son vélo… ce n’est pas comme ça qu’on sauvera la planète” par Slavoj Zizek (http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20161229.OBS3181/trier-manger-bio-prendre-son-velo-ce-n-est-pas-comme-ca-qu-on-sauvera-la-planete.html)
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