L’UE, le Royaume Uni et l’Écosse en lice sur l’échiquier du Brexit

Theresa May et Nicola Sturgeon

Alors que le Royaume-Uni a notifié officiellement au Conseil européen son intention de quitter l’Union Européenne ce mercredi 29 mars par l’exécution de l’article 50 du traité de l’UE, l’Écosse a pris les devants et son Parlement a voté dès mardi en faveur de la tenue d’un nouveau référendum d’indépendance, engageant ainsi un bras de fer entre les deux nations et leurs premières ministres.

Le 23 juin 2016, 51,9% des britanniques ont choisi le leave, concrétisant alors le Brexit, le British exit de l’Union Européenne. David Cameron a démissionné le jour même, et Theresa May a été nommée première ministre. Elle s’est alors engagée à mener à bien le Brexit et ses négociations, et a signé mardi soir la lettre adressée au Président du Conseil européen Donald Tusk ce mercredi, entamant ainsi officiellement deux années de démarches et négociations à venir à l’issue desquelles le Royaume-Uni sortira définitivement de l’UE. En ce jour historique, la presse anglaise s’en est donnée à cœur joie. Le très populaire The Times titrait ainsi «L’Histoire nous regarde», et mettait en avant « le plus grand bouleversement politique depuis la deuxième guerre mondiale ». Si le journal anglais The Sun s’est réjoui de cette nouvelle étape vers la sortie de l’UE, arguant que les britanniques pourront prochainement « contrôler nos lois, nos frontières et commercer de manière indépendante avec les pays émergents pour la première fois depuis les années 1970 », le Daily Mail concède que « le plus dur commence ». Le ministre britannique en charge du Brexit, David Davis, a lui même reconnu dès septembre dernier que les négociations allaient probablement être « les plus compliquées de tous les temps ». Les négociations concerneront dans un premier temps les termes de l’accord de retrait de l’Union, puis le nouveau cadre régissant les futures relations économiques, politiques et diplomatiques ente le royaume et l’Union Européenne.

Thérésa May affrontera aussi l’Écosse

Lors du référendum de juin dernier, 62% des écossais ont voté pour rester au sein de l’Union Européenne. L’Écosse est en effet très attachée à ses relations avec les membres de l’UE. La Première Ministre écossaise, Nicola Sturgeon, avait alors immédiatement entamé des discussions avec les hauts membres de l’UE pour protéger la place de l’Écosse au sein de celle ci et réaffirmer l’importance et la qualité de leur partenariat. Le 20 décembre dernier, elle avait alors évoqué un certain nombre de propositions au sein du Royaume-Uni pour conserver les relations entre l’Écosse et l’UE; « Nous sommes déterminé·e·s à ce que l’Écosse conserve sa place au sein du marché unique ». Dans le cas de l’exclusion de l’Écosse, la nation écossaise s’exposerait à un certain nombre de risques calculés par des experts, notamment la mise en danger de 80 000 postes, mais aussi une perte de PIB chiffrée à 11 milliards de livres d’ici 2018. Mais préserver la libre circulation entre l’UE et l’Écosse pose problème au niveau de la protection et du contrôle des frontières entre l’Écosse et l’Angleterre. Theresa May, Première Ministre du Royaume-Uni, n’admet pas qu’une partie du royaume ne quitte pas totalement l’UE ou entretienne encore un certain nombre d’accords avec elle. Elle a alors réaffirmé que « le Royaume-Uni tout entier » sortirait de l’UE.

Une partie de l’Écosse lésée et mise de côté par le Royaume-Uni

Nicola Sturgeon a récemment déclaré : « Je suis Première Ministre de l’Écosse et je ne sais pas si l’article 50 va être invoqué demain, après-demain, la semaine prochaine ou la suivante. Cela en dit long sur la façon dont on est traité par le gouvernement britannique ». Comme elle l’avait menacé dès le résultat de juin dernier, Nicola Sturgeon a alors demandé un nouveau référendum d’indépendance de l’Ecosse. Le précédent avait eu lieu en septembre 2014, et 55% des écossais avaient voté contre la sortie du Royaume Uni. Mais d’après Nicola Sturgeon, « les circonstances ont changé avec le brexit ». Ce mardi 28 mars, le parlement écossais a alors approuvé à 69 voix contre 59 la tenue d’un nouveau référendum d’indépendance, conférant ainsi à sa Première Ministre le devoir de le demander auprès de la première ministre britannique. Le nouveau référendum devrait avoir lieu entre l’automne 2018 et la sortie du Royaume Uni de l’UE au printemps 2019. Pour Nicola Sturgeon, il serait « totalement inacceptable » que Theresa May le refuse. Cependant, cette dernière peut jouer avec le calendrier et repousser la date éventuelle du référendum. De fait, elle le désapprouve totalement, comme elle l’a exprimé récemment sur la BBC : « mon message est très clair, ce n’est pas le moment. (…) Je pense que nous devrions travailler pour obtenir le bon accord pour l’Écosse et le Royaume-Uni dans le cadre de notre partenariat futur avec l’UE ».

Quel avenir pour l’Écosse ?

Que l’Écosse obtienne son indépendance ou non, il reste à déterminer si l’UE accordera à celle-ci le droit de conserver sa place au sein du marché unique ou de membre à part entière de l’UE sans le Royaume-Uni. Bruxelles n’est à priori pas une grande amoureuse des mouvements indépendantistes. L’avenir de l’Écosse dépend donc des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE, de celles entre le Royaume-Uni et l’Écosse, mais aussi de celles entre l’Écosse et l’UE. Si les répercussions qui en découleront sur la nation du nord restent hypothétiques, il est pour le moins certain que l’Écosse va connaître de grands changements. Theresa May a d’ores et déjà prévenu : « Si l’Ecosse devait devenir indépendante, non seulement elle ne serait plus un membre de l’UE mais elle ne serait plus non plus un membre du marché unique de l’UE ni un membre du marché unique du Royaume-Uni ».

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