L’évolution de la parité dans le champ politique français

À l’aube des prochaines élections présidentielles et législatives, il peut être pertinent de considérer la composition du futur nouveau gouvernement ainsi que celle de toutes les institutions politiques qui vont être renouvelées à cette occasion, et notamment, la place qu’auront les femmes au sein de celles-ci.



Le 6 juin 2000, la loi sur la parité en politique module l’aide publique aux partis politiques en fonction de leur respect de l’application de la parité pour la présentation des candidats aux élections. La modification de l’article 1 de la Constitution le 23 juillet 2008 dispose que la loi favorise désormais « l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ».  Cette dernière modification a été instaurée sous la présidence de Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon. Ce dernier comptait 17 ministres (dont le premier ministre), sept étant des femmes, soit environ 40% du gouvernement.

La loi marque donc une évolution considérable, puisque le gouvernement de M. de Villepin sous Jacques Chirac ne comptait dans ses rangs que deux femmes ministres parmi les 17 ministres du gouvernement. Le gouvernement actuel, de M. Bernard Cazeneuve, se compose de 18 ministres, et parmi eux neuf femmes, soit la moitié du gouvernement, la parité étant alors parfaite. Il est important pour la représentation du pays, que le gouvernement, plus haut cercle de l’État affiche une parité exemplaire.

Une sous représentation politique des femmes à l’échelle nationale

Cependant, cet exemple de parité n’est pas encore appliqué dans toutes les institutions politiques du pays. Seulement 27,3% des membres du Sénat sont des femmes, soit 95 sénatrices sur 348 membres du Sénat, et 149 femmes siègent à l’Assemblée nationale, contre 423 hommes. Le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE)  a déploré ce bilan dans son édition 2016 du « Guide de la parité » : « En termes de part des femmes dans la chambre basse du Parlement, notre pays passe de la 36e place en juin 2012, à la 60e quatre ans plus tard. Les autres pays progressent plus vite que la France. […] Avec 26,2% de femmes à l’Assemblée nationale, la France est loin derrière la tête du classement, à savoir le Rwanda avec les 63,8% de femmes, et se classe entre l’Irak et le Pérou ».

En région, on note une progression des postes pourvus par des femmes au sein des conseils municipaux et régionaux, mais pas encore en « avant-poste ». Les dernières élections municipales de mars 2014 n’ont vu élire que 16% de femmes, ce qui reste néanmoins un progrès puisqu’elles n’étaient que 13,5% en 2008.
On est alors en mesure de se demander ce qu’il en sera pour les prochaines élections, que ce soit au sein du gouvernement selon le résultat du scrutin présidentiel, que dans le Parlement et les municipalités.

La loi sur la parité sera-t-elle respectée dans le cadre des prochaines élections législatives ?

Les différents candidats à l’élection présidentielle ont tous abordé la question de la parité. Le site officiel d’Emmanuel Macron annonce que les premières investitures seront décidées au mois de mars, mais le candidat a d’ores et déjà avancé qu’ « aucun candidat ne sera investi pour “En Marche !” avec un casier judiciaire ou des peines d’inéligibilité. Je souhaite aussi qu’au moins la moitié de nos candidats puissent être des femmes ». Et son site de préciser « nous présenterons autant de femmes que d’hommes, y compris dans les circonscriptions réputées favorables ». Benoît Hamon, candidat investi du PS, a quant à lui déclaré vouloir pénaliser plus sévèrement les partis qui ne respectent pas la parité politique. Le site du parti socialiste a commencé à lister les candidats investis, mais assure que « pour les élections législatives de 2017, le Parti socialiste présentera autant de femmes que d’hommes ». Devant les membres du conseil national des Républicains le samedi 14 janvier, François Fillon a annoncé vouloir en finir avec « l’image vieillotte et misogyne» du parti des Républicains. Pourtant, son équipe de campagne, composée de 23 responsables politiques ne compte que deux femmes. De plus, le parti n’a investi que 168 femmes contre 298 hommes pour les prochaines élections législatives. Jean-Luc Mélenchon explique pour sa part sur son blog que plus de 860 candidatures ont été enregistrées, mais que seulement 160 sont des femmes. Cependant, le candidat insiste sur le fait que le parti « appliquera strictement la parité dans les candidats titulaires avec autant de femmes que d’hommes. C’est une exigence politique, humaine et juridique ». Concernant Marine Le Pen, la question de la parité est assez paradoxale. Les femmes sont très peu représentées au sein des différentes institutions du FN ; le bureau exécutif se constitue de huit membres, seuls deux sont des femmes, dont Marine Le Pen elle-même. Seulement 16 des 101 fédérations du parti sont gérées par une femme, et sur les 42 membres du Bureau Politique, on ne compte que 13 femmes, dont Marine Le Pen et sa nièce, Marion Maréchal Le Pen. Dans son programme, le FN s’insurge contre la loi sur la parité, dont « les premières victimes en sont les hommes blancs hétérosexuels ». Selon Marine Le Pen en effet, « diversité » et « parité » feraient partie de « cette idéologie différentialiste et multiculturelle, qui n’est qu’une forme de racisme inversé ». Cependant les deux têtes d’affiche du parti sont bien des femmes. Et contre toute attente, à la vue des annonces d’investiture du parti pour les futures élections législatives, la parité est quasiment respectée, avec 247 femmes investies pour 259 hommes.

Vers une parité établie naturellement ?

Marine Le Pen met cependant en avant l’argument principalement utilisé contre la loi sur la parité, la discrimination positive qu’elle engendre. De plus, les sanctions financières auxquelles s’exposent les partis en cas de non-respect de la loi, les poussent parfois à nommer des candidates dans des circonscriptions où ils savent de toute façon qu’ils ont très peu de chance de gagner.  Les femmes manquent donc encore cruellement d’accessibilité à des postes clefs. Et une fois en poste, elles doivent redoubler d’efforts pour être entendues et respectées dans un milieu reconnu assez machiste, comme l’ont prouvé les sifflements à l’égard de Cécile Duflot, alors ministre de l’Égalité des Territoires et du Logement lors d’un discours en 2012 à l’Assemblée nationale, puisqu’elle portait une robe. Cependant, malgré quelques conséquences négatives et une sous-représentation encore évidente, la loi sur la parité mais aussi l’évolution progressive des mentalités permettent peu à peu aux femmes d’accéder au débat politique au même titre que les hommes. La parité dans le champ politique sera donc probablement une nouvelle fois au cœur des débats lors de la constitution du nouveau gouvernement et de la présentation officielle de toutes les listes des futures élections législatives. Sera t-elle un jour appliquée sans la nécessité d’une loi pour s’en assurer ?

Pas encore de commentaires

Les commentaires sont fermés