Goodbye Weizsäcker - Maze Magazine

Goodbye Weizsäcker

Le 31 janvier dernier, Richard von Weizsäcker, président de la République fédérale allemande de 1984 à 1994, décédait à l’âge de 94 ans, laissant derrière lui l’image d’un homme politique d’après-guerre aux grandes convictions, ayant donné à la charge de président de la République “une dimension morale” selon les mots de l’actuel président, Joachim Gauck.

Richard von Weizsächer débute sa carrière à la faculté de droit et est très vite confronté au deuxième conflit mondial qui lui vaut d’être officier dans l’armée allemande jusqu’en 1945, tout en étant secrètement proche de groupuscules résistants notamment à l’origine de l’attentat contre Hitler en 1944. Son doctorat achevé, il accède à la présidence du Congrès des églises protestantes où il oeuvre pour un dialogue et une solidarité entre chrétiens de l’Allemagne de l’Ouest et chrétiens de l’Allemagne de l’Est.
En 1969 il entre véritablement dans la vie politique lorsqu’il se fait élire, sous l’étiquette de l’Union chrétienne-démocrate (CDU), parti d’Angela Merkel, au Bundestag. Il multiplie d’ailleurs les mandats jusqu’en 1981, date à laquelle il devient maire de la ville de Berlin pour trois ans.
Dès 1969, l’objectif de Weizsächer est bien défini : accéder à la présidence. Visée plutôt atypique dans la mesure où la fonction de président de la République est surtout représentative et honorifique en Allemagne. En accédant à cette charge, il n’entend pas accaparer le pouvoir mais veut jouer un rôle de pédagogue en prenant place dans le débat en Allemagne et en Europe. Cette volonté lui vaut de redéfinir les prérogatives de président de la République, qui apparaissait désormais comme une “instance morale” (Joachim Gauck). Instance morale qui se fait l’écho d’une nouvelle politique : celle du dialogue. Les discussions débutent au sein même de l’Allemagne entre l’Est et l’Ouest, jusqu’à la réunification allemande le 3 octobre 1990. Le dialogue s’engage également avec l’extérieur notamment avec la Pologne et Israël, ayant des rapports tendus avec l’Allemagne depuis que des propos mal accueillis avaient été tenus par Helmut Kohl, alors chancelier. Dialogue également avec les Allemands eux-mêmes. En effet, pour la célébration du 40e anniversaire de la capitulation allemande, le 8 mai 1985, Richard von Weizsächer appelle son peuple à assumer, gérer mais surtout faire face à son passé :

” Personne n’attend des jeunes Allemands qu’ils portent une chemise de pénitent simplement parce qu’ils sont des Allemands. Mais leurs aînés leur ont laissé un lourd héritage. Nous tous, coupables ou non, vieux ou jeunes, devons accepter ce passé. (…) Celui qui ferme les yeux devant le passé s’aveugle pour l’avenir. Celui qui ne veut pas se rappeler l’inhumain s’expose aux nombreux risques d’infection”.

Il remet également en cause la notion de “capitulation” et annonce pour la première fois, dans ce même discours, que le 8 mai 1945 ne marqua pas la défaite de l’Allemagne mais “la libération du système qui méprise la dignité humaine érigé par la tyrannie nationale-socialiste” à partir de 1933 par Hitler.

Par son expérience et son héritage familial, – en étant fils du directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop de 1938 à 1943 condamné par le procès de Nuremberg -, Richard von Weizsächer n’a eu de cesse de vouloir d’une Allemagne et d’une Europe pacifiée et unifiée.”Témoin de ce siècle” selon Joachim Gauck, il était une figure morale majeure de la période d’après-guerre.

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