Le cannabis à usage thérapeutique peut-il soigner Parkinson ?

Déjà une trentaine de pays dans le monde, dont vingt de l’Union européenne, autorisent le cannabis thérapeutique. C’est désormais au tour de la France de sauter le pas. Elle lance une expérimentation à l’hôpital de la Timone à Marseille. Objectif, étudier les effets positifs et/ou négatifs du cannabis thérapeutique sur des patients atteints de la maladie de Parkinson.

Le 13 décembre dernier, un comité d’experts mis en place par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a jugé « pertinent d’autoriser l’usage du cannabis à visée thérapeutique dans certaines situations cliniques et en cas de soulagement insuffisant ou d’une mauvaise tolérance des thérapeutiques existantes ». Lorsque leur protocole aura reçu le feu vert de l’ANSM, une trentaine de patients de l’hôpital de la Timone ainsi que des volontaires sains et non-fumeurs vont être recrutés pour tester l’effet du cannabis, qu’ils inhaleront. Cette étude d’un an permettra de mesurer l’effet du cannabis sur les effets moteurs de Parkinson mais aussi des troubles non liés à la motricité mais spécifiques de cette pathologie, telles que l’anxiété et la dépression.

Les effets des cannabinoïdes sur la maladie de Parkinson

Parkinson est une maladie évolutive où les symptômes s’aggravent avec le temps. A l’heure actuelle, il n’existe aucun remède contre la maladie et l’intervention médicale ne se limite qu’au traitement de certains symptômes. Le cannabis, lui, est connu pour ses qualités antalgiques, antispasmodiques et anti-inflammatoires depuis plusieurs milliers d’années en Chine, en Inde et au Moyen-Orient. Il doit ses effets à des molécules appelées cannabinoïdes, dont le THC, un agent qui modifie la perception, et le CBD à l’action relaxante. Il est déjà utilisé pour soulager des patients dont les douleurs persistent, malgré la prise d’antalgiques traditionnels, notamment pour la sclérose en plaques, des troubles du sommeil ou encore pour traiter les nausées dues aux traitements par chimiothérapie.

Pour traiter la maladie de Parkinson, qui affecte en premier lieu le système nerveux, le cannabinoïde se trouve être une solution possible. En effet, Parkinson entraîne une destruction des cellules créatrices de dopamines conduisant à des altérations des fonctions motrices et à des mouvements involontaires nommés dyskinésies. Mais ces cellules productrices de dopamine (composé qui permet de fabriquer l’adrénaline) se situent dans la même zone où les récepteurs de cannabinoïdes sont localisés.

Le cannabinoïde serait alors un traitement efficace car il ne reproduirait pas les effets secondaires induits par la médecine traditionnelle comme la démence, la dépression et la détérioration des capacités cognitives. Il aurait des vertus thérapeutiques pour certains aspects de Parkinson comme les tremblements, la raideur musculaire, les insomnies, la douleur, les dyskinésies ou encore une capacité anti-inflammatoire.

Une solution rentable

Malgré l’avis favorable du Parlement européen sur ce sujet le 13 février dernier, la France n’est toujours pas décidée, au grand regret des professionnels du chanvre. « En France, la loi n’est pas claire, on est dans un flou juridique qui freine l’industrie du chanvre. », clame Aurélien Delecroix, le président du syndicat professionnel du chanvre de bien-être (SPCBE). Lui prône la législation du cannabis thérapeutique pour apaiser les douleurs des malades et du cannabis « bien-être », utilisé en automédication, dans l’alimentation ou encore dans les cosmétiques. Cependant, ils sont encore des milliers à s’en procurer sur le marché parallèle pour soulager troubles et douleurs, ou atténuer des effets désagréables de traitements lourds, comme la chimiothérapie. Mais cette pratique tombe aujourd’hui sous le coup de la loi et des restrictions puisque l’usage et la détention de cannabis sont toujours proscrits.

La France est le troisième producteur mondial de chanvre derrière la Chine et le Canada mais l’utilisation industrielle et commerciale de la plante reste très réglementé : seuls la fibre et les graines peuvent être utilisés et la plante doit contenir moins de 0,2% de THC. Le SPCBE, en se basant sur les effets de la légalisation du cannabis « bien-être » en Suisse, estime que la filière pourrait représenter jusqu’à 1,5 milliards d’euros du chiffre d’affaire en France d’ici quelques années. Ces professionnels du cannabis voient alors d’un très bon œil l’expérimentation de l’Hôpital de la Timone sur la maladie de Parkinson.

Un grand pas vers la légalisation ?

Cette étude du cannabis thérapeutique sur des patients sera financée par le centre d’excellence Dhune et l’association France-Parkinson, le service de neurologie et de pathologie du mouvement, le CNRS et l’Institut de neurosciences de La Timone. « Dans un premier temps, nous allons étudier les principes actifs du produit (THC et CBD) afin de trouver sa combinaison optimale, à partir de cannabis de synthèse », explique le Professeur Olivier Blin, chef du service de pharmacologie clinique à la Timone, au journal La Provence.


Si les effets observés sont majeurs, la légalisation thérapeutique pourrait aller très vite. Mais les résultats devront être validés par de nouvelles études.

Professeur Olivier Blin

Mais en attendant les conclusions de cette expérimentation d’un an, quatre nouveaux groupes d’experts travaillent pour valider ou non, l’équilibre bénéfices/risques du joint médical. En effet, même si une grande quantité de preuves précliniques ont été accumulées, aucune des recherches cliniques effectuées à ce jour n’a donné de résultats totalement positifs. Beaucoup se demandent si le cannabis est la meilleure stratégie pour traiter Parkinson, car cette thérapie dépend en grande partie du patient et de sa prédisposition au cannabis.

C’est un travail de longue haleine qui attend le corps médical de l’hôpital et les spécialistes du cannabis et de la maladie de Parkinson. En suivra alors une décision politique pour décider d’une éventuel modification législative pour l’usage du cannabis thérapeutique. Une autorisation de cannabis médical pourrait alors voir le jour d’ici 2020, ce qui serait une étape fondamentale pour les malades, qui pourraient être entre 300 000 et un million à en bénéficier.

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