En RDC, dur dur d’être démocrate

Le 20 janvier dernier, Félix Tshisekedi, candidat de l’opposition, a été proclamé président élu de la République Démocratique du Congo (RDC) par la Cour constitutionnelle. Reportée à de nombreuses reprises et source de nombreuses polémiques, cette élection n’a rien d’anecdotique pour ce pays à l’histoire complexe.

Felix Tshisekedi a prêté serment le 25 janvier dernier. Dès son élection, il était présenté comme le premier président de la RDC à débuter son mandat démocratiquement. Pourtant, dans ce pays à l’histoire autoritaire et empreinte de violence, rien n’est moins sûr. Seulement quelques semaines après sa présumée élection, tout ne semble pas s’être passé comme prévu en coulisses.

Un passage difficile vers la démocratie

Joseph Kabila ne peut pas se re-présenter. Pour la première fois de son histoire, la RDC connaît donc une alternance politique par les urnes. Trois candidats principaux étaient en lice. Emmanuel Ramazani Shadary, dauphin du président sortant, Martin Fayulu, candidat commun d’une grande partie de l’opposition, et Félix Tshisekedi, candidat pour le parti d’opposition Union pour la Démocratie et le Progrès Social. Si la durée du mandat est la même qu’en France, il s’agit, dans le cas de la RDC, d’un scrutin uninominal majoritaire à un tour. C’est-à-dire que le candidat ayant obtenu le pourcentage de votes le plus élevé est élu président.

Si cette élection est un tournant historique pour le pays, dans les faits, la réalité est beaucoup moins rose. Outre une faible participation de 47,57%, la victoire de Félix Tshisekedi fait polémique. Martin Fayulu, autre candidat de l’opposition, ne voit pas cela d’un très bon œil. En effet, les chiffres officiels donnent 35% des voix à ce dernier contre 38% pour le président élu. Cependant, il soupçonne des arrangements frauduleux. S’il s’est autoproclamé “seul président légitime”, c’est parce qu’une fuite de la CENI et de la mission de l’Eglise catholique congolaise l’ont donné vainqueur avec près de 59% des suffrages. Il accuse le gouvernement d’avoir fait gagner le candidat de l’opposition qui leur était le moins hostile face à l’impossibilité de voir le dauphin du président sortant remporter l’élection. Quant à Kabila, il aurait un rôle dans plusieurs secteurs régaliens une fois Félix Tshisekedi élu.

Un recomptage devait avoir lieu. L’Union européenne soutenait cette solution, comme une grande partie de la communauté internationale. Elle a finalement été laissée de côté par envie de “stabilité” et de pacifisme. S’agirait-il plus de la peur de rentrer dans ce qui serait de l’ingérence? Tous semblent, à l’instar de l’UE, déterminés à ignorer la possible manipulation des urnes. Pourtant, cela ne serait pas si surprenant compte tenu de l’histoire du pays.

Un pays à l’histoire tourmentée

En effet, c’est en 1960 que le Congo arrache son indépendance à la Belgique. Patrice Lumumba y joue le rôle principal. Cette liberté retrouvée va dès le départ plonger le pays dans un chaos le plus total. Après l’assassinat de Lumumba en 1961, les gouvernements vont se succéder. C’est en 1965, quand Mobutu Sese Seko prend le pouvoir par un coup d’Etat, que la vie politique se stabilise.

Ce dernier restera à la tête de la RDC pendant 32 ans. Durant ces années, le pays change de nom pour devenir le Zaïre en 1971. S’il semble retrouver une forme d’équilibre et de stabilité, il n’en reste pas moins sous la coupe d’un régime très autoritaire. Mobutu est accusé à de nombreuses reprises d’enfreindre les droits de l’Homme et se trouve être en conflit avec bon nombre de ses voisins. Il est chassé par l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo en mai 1997.

Laurent-Désiré Kabila, porte-parole de l’alliance, s’auto-proclame nouveau chef d’Etat. Si le pays change une nouvelle fois de nom et devient la République Démocratique du Congo, le régime reste tout aussi autocratique que le précédent. Le 16 janvier 2001, le président se fait assassiner. Son décès signe la fin brutale de sa gouvernance.

Depuis, son fils, Joseph Kabila, lui avait succédé. En presque vingt ans, il a fait entrer le pays dans une phase “démocratisation”. En 2011, il a d’ailleurs été réélu démocratiquement à la tête du pays. Cependant, il n’a rien d’un enfant de coeur. Pour l’élection, il a tout de même modifié le mode de scrutin. En le passant de deux à un seul tour, il augmentait ainsi ses chances de victoire, l’opposition étant très divisée. De plus n’ayant droit qu’à un dernier mandat de 5 ans, il aurait dû quitter son siège en 2016. Il a tout fait pour repousser l’échéance, jusqu’au 30 décembre dernier. Mais n’allez pas imaginer qu’il compte en rester là. Les élections récentes semblent, à en croire Martin Fayulu, n’être qu’un autre subterfuge. Un moyen pour lui de calmer les esprits tout en gardant la main mise sur la politique.

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