DECRYPTAGE – « Shutdown » : Trump a tendance à bloquer

Depuis le 22 décembre, les administrations fédérales américaines sont paralysées par le « shutdown », faute de compromis entre le Congrès et le président Trump sur le vote du budget fédéral. 

L’année 2019 vient à peine de démarrer que le bêtisier de fin d’année doit déjà une fière chandelle au 45e président des Etats-Unis d’Amérique. Lundi 14 janvier, il recevait à la Maison Blanche les Clemson Tigers, vainqueurs du championnat universitaire de football américain. Pas de cuisiniers pour préparer un repas gastronomique à la hauteur de l’événement, étant tous renvoyés chez eux jusqu’à la reprise des activités gouvernementales ? Pas de panique, Donald Trump a trouvé une solution : il a commandé des montagnes de pizzas, de burgers et de frites – ainsi que quelques salades – aux plus grandes enseignes de restauration rapide américaines. Bien entendu, c’est lui qui a payé de sa poche, ce qu’il n’a pas oublié de répéter à quiconque voulait l’entendre. 

Au-delà de cette situation cocasse qui met une énième fois en lumière l’excentricité du résident de la Maison Blanche, cet événement révèle une réalité plus inquiétante sur l’ampleur du blocage de l’administration américaine. 

Le « shutdown », un blocage institutionnel récurrent 

La cessation des activités gouvernementales aux Etats-Unis intervient lorsque le président et le Congrès ne parviennent à trouver un accord sur les allocations budgétaires. En effet, il est prévu dans la Constitution américaine qu’après avoir été approuvé par le Sénat et la Chambre des représentants, le budget fédéral doit être signé par le président. Ce dernier peut également utiliser son droit de veto en cas de désaccord, ce qui peut amener à la paralysie des services jugés « non-essentiels » de l’administration si aucun compromis n’est trouvé entre les parties. 

Si cette situation politique peut nous sembler caractéristique d’une grave crise institutionnelle, elle est inhérente au système politique américain et s’est normalisée au fil des années. Alors qu’elle était encore inconcevable il y a quelques décennies, sa réintroduction sous l’administration Carter a banalisé cette situation, ce shutdown étant le 21e depuis 1976. 

Cependant, pour l’administration Trump, qui en est déjà à son troisième shutdown, ce blocage n’est pas à prendre à la légère, puisqu’après 25 jours de paralysie institutionnelle, le précédent « record » en la matière de 21 jours qui datait de Bill Clinton en 1995-1996 a été battu haut la main. 

Another Brick in the Wall

La construction d’un mur sur toute la longueur de la frontière avec le Mexique, sempiternelle cause de tensions remontant à la campagne de Donald Trump, jugée « immorale » par les Démocrates, est à l’origine de cette crise institutionnelle. Alors que le président américain réclame 5,7 milliards de dollars au Congrès afin d’ériger ce mur et reste campé sur ses positions, ses adversaires démocrates s’y opposent farouchement, à l’instar de 56% des Américains. 

Concrètement, la probabilité de voir un mur couvrant la totalité de la frontière apparaître un jour est extrêmement faible. En effet, à l’opposition véhémente des Démocrates s’ajoutent de nombreux autres obstacles. Outre son coût faramineux, la question de l’appropriation des terres, certaines étant notamment occupées par des réserves indiennes, rend le projet irréalisable d’ici la fin du mandat de Donald Trump. Ce blocage dépasse largement les problématiques liées à frontière et s’avère en réalité être une lutte acharnée pour une victoire politique entre Démocrates et Républicains.   

Des conséquences bien réelles  

Cette interruption met provisoirement à pied la majorité des fonctionnaires de certains ministères, tels que celui de l’agriculture, le trésor, l’intérieur, ou d’agences fédérales, à l’instar de l’Agence de protection de l’environnement. Ainsi, environ 800 000 fonctionnaires fédéraux ont directement été affectés par ce blocage, étant placés en congé sans solde jusqu’au retour à la normale. Tout autant de personnes qui ne toucheront donc pas leur paie pendant une durée incertaine, premières victimes de la bataille politique qui caractérise le système bipartisan états-unien. Si ces fonctionnaires devraient être rémunérés rétroactivement à la fin du shutdown, bon nombre d’entre eux se retrouvent actuellement dans une situation précaire. 

De plus, en voulant renforcer la sécurité des Etats-Unis face à l’immigration clandestine issue du Mexique, ce blocage institutionnel affaiblit paradoxalement la sécurité du transport aérien. Cette impasse budgétaire qui condamne de nombreuses administrations à une fermeture partielle pourrait finalement coûter bien plus cher que la construction du mur elle-même. 

Enfin, malgré l’impopularité croissante du président, intimement corrélée à l’absence de solutions proposées pour surmonter la crise, les discussions sont actuellement au point mort. Ainsi, alors que les Démocrates ne paraissent pas enclins à faire de concessions, Donald Trump n’en démord pas non plus de son côté. Il a d’ailleurs refusé d’envisager le déclenchement de la procédure d’urgence nationale, qui lui conférerait des pouvoirs exceptionnels, afin de « donner l’occasion de voir s’ils peuvent se comporter avec responsabilité » a-t-il déclaré à propos de ses adversaires au micro de Fox News. 

Paul De Ryck

Diplômé de Sciences Po Toulouse. Adepte des phrases sans fin, passionné par la géopolitique et la justice transitionnelle, avec un petit faible pour l'Amérique latine. J'aime autant le sport que la politique et le café que la bière. paul@maze.fr

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