DÉCRYPTAGE – Le grand débat national : mode d’emploi

Quinze jours après son lancement par Emmanuel Macron, le grand débat national prend-il vraiment ?

C’est un des outils lancés par l’exécutif pour répondre à la crise du mouvement des “gilets jaunes”. Mi-décembre, Emmanuel Macron annonce la tenue d’un grand débat national. Au fur et à mesure, les contours se précisent, les thèmes abordés notamment : impôts, organisation de l’État, collectivités publiques, transition écologique ou encore démocratie. Après avoir lancé lui-même le débat au près des maires, d’abord en Normandie, puis dans le Lot, le président de la République a rencontré “les vrais gens” à Valence il y a quelques jours. Mais au-delà des heures de débats diffusés sur les chaines d’info en continu, avec Emmanuel Macron au coeur de l’arène, c’est désormais aux Français de se saisir du grand débat, qui doit s’achever le 15 mars.

Le site internet du grand débat national

Comment s’organise le débat ?

L’objectif principal de cette consultation à grande échelle : répondre à la crise des gilets jaunes. Du 15 janvier au 15 mars, l’heure est aux débats. Ils se font sous des formes multiples. Des « réunions d’initiatives locales » sont organisées partout en France à l’initiative des maires ou de citoyens pour permettre à chacun de débattre, de se faire entendre et de convaincre.

Chacun peut aussi directement contribuer en ligne sur la plateforme www.granddebat.fr mise en place par le gouvernement ou par courrier. Ce grand débat s’organise autour de quatre thématiques : la transition écologique, la fiscalité, l’organisation de l’État, la démocratie et la citoyenneté. Des questionnaires sont disponibles pour les inscrits mélangeant des questions ouvertes et fermées avec pour chaque thème entre dix et trente questions. Chaque personne peut aussi participer à réunion locale ou en organiser une sur le site Internet.

De plus, des stands de proximité seront aussi installés dans les lieux de passage du quotidien pour permettre à ceux qui le souhaitent de donner leurs avis sur les thématiques. Des « conférences citoyennes » réuniront, dès le 1er mars, dans chaque région, une centaine de personnes tirées au sort et des représentants de diverses parties prenantes. Tous pourront « participer à l’élaboration de pistes concrètes, donner leurs avis sur ce qui ressort des premières semaines du débat et nourrir la réflexion sur les suites à donner », selon le site du grand débat.

Dans les communes, des cahiers de doléance sont disponibles pour que les habitants puissent y inscrire leurs requêtes. Depuis le début du mois de janvier, quelques 5 000 communes rurales ont d’ores et déjà mis à disposition ces cahiers. Le pouvoir d’achat, l’injustice fiscale et la diminution de l’offre des services publics en milieu rural arrivent en tête des préoccupations pour l’instant. Le référendum d’initiative citoyenne (RIC) est également une demande récurrente.

Quels pilotes pour ce grand débat national ?

Après la démission de Chantal Jouanno comme organisatrice du grand débat national, ce sont deux membres du gouvernement qui la remplacent. Emmanuelle Wargon et Sébastien Lecornu sont chargés de faire vivre le grand débat, d’en suivre l’évolution et d’organiser la mobilisation de tous. La secrétaire d’État à la transition écologique a la main sur la logistique complexe du débat. Et le ministre chargé des collectivités territoriales est chargé de faire le lien avec les élus locaux. Ils devront aussi régulièrement consulter les partenaires sociaux, les acteurs associatifs et les associations d’élus pour animer le débat.

Mais pour assurer l’indépendance et la neutralité de cette consultation, cinq garants sont nommés à leurs côtés. Deux d’entre eux sont choisis par Matignon : Jean-Paul Bailly, ancien patron de la RATP et Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL. Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l’enseignement, choisi par Patrick Bernasconi (président du Conseil économique, social et environnemental), rejoint les deux premiers. Ensuite, Guy Canivet, ancien membre du Conseil Constitutionnel, est le quatrième garant choisi par Richard Ferrand (président de l’Assemblée nationale). Enfin, Pascal Perrineau, politologue et spécialiste de sociologie électorale est le dernier nommé par Gérard Larcher (président du Sénat).

Succès en demi-teinte ?

Les Français sont mitigés face à ce grand débat national puisque la moitié des citoyens a l’intention de participer au grand débat. Mais 31% d’entre eux pensent qu’il permettra de sortir de la crise des « gilets jaunes », selon un sondage Oxfam.

Du côté des « gilets jaunes », seule une partie devrait y participer. D’autres y voient une « manœuvre » du gouvernement et le rejettent. Cette opposition est souvent dubitative et ceux qui ne souhaitent pas y participer sont divisés. 37% d’entre eux considèrent que « cela ne sert à rien ». Autrement dit, ils ne voient pas dans le grand débat une façon de sortir de la crise ou de mettre en place leurs réclamations. 18% n’ont pas « le temps pour participer au grand débat ». Ce sont souvent les personnes âgées qui participent aux réunions locales. Plus proches des élus, elles trouvent le temps de s’y rendre. Pour les personnes actives, il est plus difficile de faire concorder ces réunions à leur emploi du temps. Enfin, 16% n’aiment tout simplement pas débattre. Mais avec l’appui d’un groupe de personnalités, certains gilets jaunes annoncent lancer le 28 janvier 2019 une contre-consultation en ligne intitulée « le vrai débat ». Elle se fera avec le même principe de plateforme numérique que celle créée par le gouvernement.

Cependant, ce succès est grandissant. Depuis le 27 janvier, le cap du million de visiteurs uniques (1 037 497) est dépassé sur le site Internet. Il y a déjà eu plus de 170 000 inscriptions que ce soit pour organiser une réunion locale ou y participer. De plus, dans l’agenda de la plateforme, pas moins de 2 311 événements sont publiés. Les Français finissent par être pleinement mobilisés pour le grand débat national et s’emparent de la plateforme en ligne : 417 650 contributions comptabilisées au total.

Une équipe de France 3 a assisté à l’un des premiers débats citoyens à Palaiseau dans l’Essonne. Des centaines de citoyens sont venus participer au débat. Si la question du vote blanc est l’une des plus grandes préoccupations, le référendum citoyen, la laïcité et la fiscalité sont également évoqués. Cependant le constat est là : beaucoup de doléances mais peu de réels échanges. Les avis sont très partagés sur les suites du grand débat national. Mais le maire compte aussi organiser trois autres débats d’ici le 15 mars.

Même si les participations ne cessent d’augmenter, le flou plane sur les conséquences possibles de la politique du gouvernement et ses chances de mettre fin au mouvement de protestation des « gilets jaunes ». Selon Edouard Philippe, il « devra déboucher sur des traductions concrètes dans la vie quotidienne de nos compatriotes ». Mais le président Emmanuel Macron a déjà tracé des lignes rouges : pas question de « détricoter » les anciennes réformes comme la suppression de l’ISF, ni de renoncer aux réformes prévues (retraites, fonctionnaires, minimas sociaux). Enfin, des élus à la majorité évoquent la tenue d’un référendum à questions multiples sur le vote blanc, la proportionnelle, la réduction du nombre de parlementaires ou encore le cumul de mandats.

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