Alep, ou l’art de rester silencieux

Depuis 2011, la guerre fait rage en Syrie. Opposant rebelles et combattants de l’armée de Bachar el-Assad, le conflit est maintenant envahi par la présence de soldats de l’Etat Islamique. Les deux pays les plus investis dans cette guerre, la Russie et la Syrie, ne reculent pas devant les violations des Droits de l’Homme manifestes qu’ils encouragent, et gardent un front unifié face aux Etats-Unis et à l’Europe, qui malgré leur volonté (toute relative), ne parviennent pas à arrêter les massacres.

En 2011, après la vague de printemps arabes qui a secoué le Moyen-Orient, la Syrie est secouée par des manifestations contre le régime de Bachar el-Assad. Le pays entier revendique un nouveau régime plus démocratique, et la réaction du gouvernement n’est autre que de les réprimer. Face à cette violence de la part du régime, le mouvement de contestation se transforme en une rébellion armée. Les deux camps principaux sont menés par les sunnites (l’Armée syrienne libre, mais aussi des acteurs extérieurs comme l’Arabie Saoudite, la Turquie, et les Etats-Unis) et les chiites (régime officiel, les kurdes, ainsi que l’Iran et la Russie). En plus de cela, 2014 voit l’arrivée d’un nouvel acteur sur le champ de bataille syrien : l’Etat Islamique.

Si au départ, le conflit était une « simple » guerre civile, au fil du temps il s’est transformé en guerre énergétique, guerre par procuration des grandes puissances (les Etats-Unis et la Russie ; qui a dit que la guerre froide était terminée…?), et une guerre sainte, à cause de la présence de l’organisation Etat Islamique. Les populations civiles étant largement impliquées à la base du conflit, elles ont été fortement touchées par la colère du régime syrien, qui n’a pas hésité à violer ostensiblement les Droits de l’Homme pour faire entendre ses revendications et son mécontentement envers la contestation populaire. Attaques à l’arme chimique, massacres, crimes de guerre et crimes contre l’Humanité ont été commis. Selon l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), le bilan s’élève à plus de 300 000 morts, parmi lesquels plus de 15 000 enfants. La moitié de la population a été déplacée pendant le conflit, et cinq à six millions de syriens ont fui le pays, ce qui représente environ un quart de la population.

La guerre s’est étendue sur tout le territoire, même si les villes principales ont été les plus touchées, et les plus visées par les frappes aériennes et autres attaques, notamment chimiques. Damas, Palmyre, Alep… récemment, cette dernière est celle dont on entend le plus parler. Ces derniers mois, les combattants des deux côtés cherchaient à « reprendre » la ville aux mains des autres. Par le biais d’attaques, de crimes, de bombardements. Rien n’est hors limites : même pas les hôpitaux où des civils sont soignés. Les images de cette guerre qui nous parviennent chaque jour, de ces hôpitaux en ruines et de ces enfants choqués, nous rappellent que quelque part, des personnes innocentes souffrent. Et c’est à peu près tout.

Le silence effrayant face à une guerre infinie

Au niveau international, si la mesure est prise de la situation, il est toutefois plus difficile d’y remédier. Les premières tentatives de cessez-le-feu mises en place par l’ONU n’ont pas été efficaces. En avril 2012, le premier cessez-le-feu n’était pas respecté. En février 2016, trois jours seulement de trêve sont enregistrés, même si les combats baissent en intensité. En septembre 2016, pendant quatre jours seulement la paix a été respectée. Le mal est fait.

Le 31 décembre, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité une résolution soutenant l’initiative russo-turque pour un cessez-le-feu et des négociations en Syrie. Mais le texte comporte des zones d’ombre. Rien n’est clair non plus pour le futur des syriens. Si Alep a été évacuée en décembre, le reste du pays est toujours en guerre. Palmyre, fief culturel, détruite, a été complètement reprise par les loyalistes syriens, qui vouent fidélité à Bachar el-Assad. À Damas, les principales sources d’eau potable ont été sabotées, et les attaques continuent.

Si aujourd’hui, avec la perspective d’un accord entre les parties et l’adoucissement de la Russie (qui a accepté et orchestré la libération d’Alep), le futur paraît plus positif, il est évident que l’absence presque totale de la communauté internationale dans ce conflit pose problème. Avec des airs de troisième guerre mondiale, avec l’implication de nombreux acteurs extérieurs comme les Etats-Unis, la Russie, la Turquie, l’Irak, et également du groupe terroriste Etat Islamique, la guerre en Syrie a déjà fait des milliers de victimes et a détruit des millions de vies. L’hypocrisie de l’Ouest, qui ignore ostensiblement la souffrance des syriens et le presque-génocide qui se déroule dans le pays, est intenable et inappropriée. Espérons que le renouveau politique qui va se dérouler en 2017 pourra changer la donne.

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