CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2026 – « Shana » : Trouver sa place

Shana © Les films du Losange
Shana © Les films du Losange

QUINZAINE DES CINÉASTES – La réalisatrice Lila Pinell suit en image Shana lors d’un parcours initiatique semé d’embûches, entre héritage familial, emprise amoureuse et quête d’appartenance.

Avec Shana, son premier long métrage, Lila Pinell construit le portrait d’une jeune fille en mouvement. Shana traverse le film sans jamais parvenir à trouver une place stable. La réalisatrice interroge ainsi la question de la transmission : celle des origines, d’un côté, et de la violence, de l’autre. La bague, dont hérite Shana à la mort de sa grand-mère et censée protéger du mauvais œil, devient alors le point de départ d’un parcours initiatique. C’est aussi un moteur face à l’emprise de son compagnon (Sékouba Doucouré). Le film inscrit cette quête dans un héritage familial traversé par les non-dits.

Tourné en pellicule 16mm, Shana possède une texture brute qui renforce l’énergie spontanée des dialogues. Malgré une écriture très précise, les acteur·ice·s donnent l’impression d’être saisi·e·s sur le vif. Eva Huault, qui interprète Shana, porte le film par un jeu d’une grande sincérité, au point de sembler parfois jouer son propre rôle. Dès la scène d’ouverture, un Loup-Garous entre ami·e·s qui dégénère en crise de colère, Lila Pinell impose le ton de son film : une œuvre traversée par une énergie chaotique, oscillant constamment entre comédie et thriller.

Un personnage qui circule 

Les plans ne restent jamais fixes longtemps, accompagnant l’idée de mouvement et de circulation qui traverse le personnage principal. Shana est constamment mobile, voguant d’un monde à un autre. Elle passe d’un dîner familial bourgeois célébrant ses traditions juives, à un Paris populaire qui l’a adoptée, près de Belleville. Cette mobilité permanente donne au personnage une forme de fuite constante.

Shana cherche à échapper à des traditions dans lesquelles elle ne se reconnaît pas, mais aussi à la violence de son compagnon, qu’elle continue pourtant d’aimer. Le personnage reste ainsi piégé entre des sentiments contradictoires. Ce tiraillement se traduit à l’écran par ses excès de colère. Après plusieurs scènes installant cette tension, la réalisatrice introduit finalement le groupe d’amies de Shana. Elles deviennent alors un véritable sas de décompression, mais aussi un espace miroir, et un lieu de solidarité. Ce groupe permet aux personnages de décharger ce qu’elles vivent de plus violent au quotidien – par le biais de l’humour.

La réalisatrice utilise également des plans serrés pour représenter les différentes cases dans lesquelles Shana semble enfermée. Lila Pinell joue ainsi avec le cadre de son long métrage, filmant Paris comme un territoire fragmenté. Les soirées juives bourgeoises contrastent avec les moments où Shana deale de la drogue pour son compagnon. Ses déplacements constants deviennent alors ceux d’une course permanente contre le manque d’argent et d’identité.

Shana © Les Films du Losange

La tradition comme fil rouge

Le grain de pellicule utilisée par Lila Pinell joue avec un effet de nostalgie. La question de la tradition traverse tout le film. Shana fuit différentes situations, car aucune case ne lui convient. Elle est de tradition juive mais a honte de le dire à ses amies, tandis que sa grand-mère (Geneviève Krief), d’origine marocaine, tient des propos presque racistes. L’identité apparaît alors comme quelque chose de profondément contradictoire.

La bague de sa grand-mère, qui lui est léguée à sa mort, s’inscrit dans cette idée de mouvement. Elle passe de mains en mains et circule. Le film est alors monté comme une fable mythologique. De fait, les références religieuses se glissent entre différentes séquences pour accompagner le parcours initiatique de Shana.

Lila Pinell ne souhaite pas seulement raconter la transmission comme héritage familial, mais aussi celle de la violence. La réalisatrice refuse toute représentation spectaculaire de l’emprise. La relation toxique entre Shana et son petit-ami est filmée avec justesse. Pour rompre avec cette violence, il faut partir. Mais comment partir quand on n’a aucun autre endroit où aller ? Une questio qui est aussi le nœud du film.

Concrètement, cela est symbolisé par sa relation avec sa mère, Yolande (Noémie Lvovsky). Cette dernière est en quelque sorte responsable des traumatismes de Shana, l’ayant placée très jeune en foyer. Le film tourne autour de ce paradoxe, où l’affection se mêle à une forme d’abandon et de violence. Comment – dans ce contexte – trouver sa place ?

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