SÉANCES DE MINUIT – Dans la droite lignée de Grave et de The Substance, la réalisatrice Marion Le Corroller propose une variation du genre body horror avec Sanguine. Un premier long-métrage prometteur mais qui présente quelques facilités.
Margot Loiseau (Mara Taquin) est une jeune étudiante en médecine. Elle vient d’être acceptée comme interne dans un hôpital, où elle exercera dans le service des urgences. Les conditions seront difficiles, c’est certain, mais le film plonge immédiatement le·la spectateur·ice dans l’atmosphère : les fenêtres de la chambre de Margot ne s’ouvrent pas. Pour cause, elles sont anti-suicide. Son matelas et son sommier, eux, sont tâchés de sang. Ambiance.
Elle fait alors la connaissance de sa médecin-chef (Karine Viard), « le diable », selon les internes. Extrêmement toxique, elle pousse sans cesse ses étudiant·e·s à la compétition. Dans l’hôpital, les couloirs rouge sang détonnent, bien éloignés que ce que l’on a l’habitude de voir dans un établissement de santé, et annoncent la boucherie qui arrive.
Mal inexpliqué
D’abord peu efficace parce qu’elle prend son temps avec ses patient·e·s, Margot se fait remonter les bretelles. On lui met, comme aux autres, une immense pression sur les épaules. Un matin, elle découvre avec horreur son corps entièrement rouge, victime d’un étrange phénomène d’exsudation sanguine. Elle découvrira qu’elle est victime du même mal que plusieurs autres patient·e·s passé·e·s par les urgences ces dernières semaines.
Tous jeunes, iels sont d’abord frappé·e·s de saignements abondants, puis de pourrissements sur le corps. Ces derniers précèdent des comportements extrêmement violents sur leurs lieux de travail. Le seul patient qui accepte de voir Margot lui explique en effet que son mal, qui apparaît lors de stress intense, a commencé lorsqu’il était journaliste pigiste et a empiré depuis – ce qui n’a pas manqué de déclencher l’hilarité générale de la salle de la projection de presse cannoise.
Fourre-tout peu développé
À mesure que le mal de Margot progresse, cette dernière se retrouve couverte de cloques purulentes, qu’elle tente de brûler au phénol pour enrayer le phénomène. C’est là que Marion Le Corroller déploie toute sa palette d’effets visuels – elle s’est notamment entourée du même maquilleur SFX que celui de The Substance, Pierre-Olivier Person.
Si les plans gore sont plutôt réussis, ils restent assez scolaires et ne réinventent rien. Tout comme le climax final, qui perd légèrement le·a spectateur·rice dans une abondance d’effets et de mouvements de caméra (grands-angles, plongées-contreplongées, plans en snorricam erratiques) qui donnent parfois le tournis et dont le film pâtit. L’on soulignera toutefois la musique originale signée Rob, qui accompagne efficacement ce montage stylisé et très nerveux.
Variation du genre
Avec Sanguine, Marion Le Corroller s’inscrit dans la droite lignée du body horror féminin. Le festival de Cannes semble en être devenu friand : l’on se rappelle notamment de Grave de Julia Ducournau présenté en 2016 à la Semaine de la Critique, et du très dérangé The Substance il y a deux ans, signé Coralie Fargeat, et récompensé par le Prix du scénario. Sans oublier Titane, bien sûr, Palme d’Or en 2021.
Ici, l’on retrouve exactement les mêmes codes, jusqu’à l’apparition du titre dans une typo énorme investissant tout l’écran, déjà vu dans The Substance. Ils sont efficaces, certes, mais se perdent chez Sanguine dans une accumulation parfois trop démonstrative. L’on ressort de là lessivé·e, avec l’impression d’avoir été passé·e à la centrifugeuse, et un sentiment de déjà-vu. L’on aurait souhaité que le thème du film – une satire du monde du travail qui violente les corps et surexploite ses jeunes – soit plus développé et, surtout, plus politisé. L’impression de fourre-tout nuit à Sanguine, qui aurait peut-être mieux fait de se concentrer sur un seul milieu social – la vision de la souffrance au travail est de fait assez désincarnée – et aurait gagné en puissance de son propos.
Néanmoins, Marion Le Corroller signe un premier long-métrage prometteur qui devrait tout de même plaire aux amateurs du genre. Nul doute que l’on scrutera sa prochaine œuvre avec intérêt.
Sanguine, de Marion Le Corroller. En salles le 28 octobre 2026.








