CANNES PREMIÈRE – Dans un Mariage au goût d’orange, Christophe Honoré raconte une histoire de famille, en mars 1978, à Nantes. Si les liens d’amour sont forts, les blessures de l’enfance se glissent rapidement entre les scènes.
Mariage au goût d’orange, nouveau long métrage de Christophe Honoré, démarre par un contexte d’abord festif. Il s’agit du mariage de Jacques – le dernier de la fratrie – et de Martine, qui réunit toute la famille Puig. La fratrie est étendue, puisqu’elle compte sept enfants. Christophe Honoré déploie un large casting, réunissant Adèle Exarchopoulos, Vincent Lacoste, Paul Kircher, Nadia Tereszkiewicz, Alban Lenoir et Malou Khebizi – qui interprète la mariée. Thierry Frémaux l’a rappelé sur la scène de la salle Debussy, le montage du film s’est fait très rapidement : le tournage a eu lieu en mars 2026, pour une diffusion la même année à Cannes.
Le réalisateur ne laisse aucun personnage de côté. Chacun·e possède « son » moment dans le film, comme si cette réunion familiale permettait progressivement de faire émerger les failles de chacun·e. Même si le mariage semble bien commencer, le·a spectateur·ice découvre rapidement Claudie (Adèle Exarchopoulos), qui paraît profondément marquée par son passé. Ses séquelles psychologiques semblent alors traverser tout le film. Sont-elles liées à son ancienne relation bafouée, ou à son père violent ? De fait, une absence finit rapidement par prendre de la place : celle du père Puig, banni de la famille.
Transfert de sentiments
Le film démarre tambours battants. Les voitures klaxonnent, décorées pour le mariage, tandis que la caméra ne cesse de suivre les personnages au milieu de cette agitation. La mariée est installée dans une voiture avec sa mère, et les deux femmes égrainent les prénoms des invité·e·s. Elles parlent des Puig, cette immense famille composée de sept enfants. Le·a spectateur·ice se retrouve presque perdu·e : de qui parle-t-on exactement ? Christophe Honoré décide alors de présenter ses personnages un à un, comme si cette réunion familiale permettait progressivement de faire émerger les tensions enfouies.
Mariage au goût d’orange commence par Claudie, désespérée par sa rupture avec son mari. De tous·tes les personnages, c’est elle qui dévoile ses sentiments le plus rapidement. Les autres affichent encore des sourires de façade. Pourtant, les secrets traversent déjà les conversations. Dominique (Vincent Lacoste), par exemple, cache à sa famille qu’il est au chômage, et fait des plus jeunes les complices de son mensonge : « Ne le répétez à personne. C’est compris ? »

Christophe Honoré construit alors un véritable film choral. Le nombre de personnages peut parfois perdre le·a spectateur·ice, tant les trajectoires et les discussions s’entremêlent. Pourtant, cette confusion finit aussi par participer à l’énergie du film. Les émotions circulent constamment entre les personnages, comme si aucun sentiment ne pouvait réellement rester caché très longtemps dans cette famille. Tous se contaminent.
Il semblerait cependant que le nombre de sujets accumulés, tous traités avec la même intensité, finisse parfois par paraître artificiel. La mort de Claude François, la guerre d’Algérie, le chômage, l’homophobie, ou encore la perte d’un enfant en couches, traversent le film sans jamais être explorés en profondeur. Pourtant, le sentiment de tension reste constamment présent, accentué par le huis clos de ce bar où les invité·e·s célèbrent la nouvelle union. Parmi les comédien·ne·s, le jeu d’Alban Lenoir est particulièrement marquant. Sa présence met mal à l’aise, tout en restant profondément crédible.
Un destin tracé
Tous les membres de la famille portent un fardeau commun : celui du père, violent. Christophe Honoré découpe le mariage en trois grands actes et utilise de brefs flash-forwards pour raconter la destinée de certains personnages. Une destinée souvent sombre. Le·a spectateur·ice comprend alors rapidement la différence entre celles et ceux que le traumatisme semble condamner, et les autres, qui tentent encore de fuir la douleur. Le mouvement constant de la caméra, ne laisse jamais les scènes se figer et vient souligner le lien qui unit les personnages. Les moments de colère sont souvent suivis d’embrassades ou de gestes tendres, comme si l’amour et la violence restaient constamment mêlés au sein de cette famille.

Christophe Honoré interroge les traumatismes et la mémoire du corps. Tous les membres de la famille semblent marqués, à des degrés différents, par la violence du père. Certains des hommes incarnent cette brutalité qu’ils infligent au reste de la famille. Ils la justifient – à tort – par un héritage impossible à effacer. Longtemps réduit à une présence fantôme, le père de famille finit par surgir dans le film. Jacques le confronte alors violemment tout en le tirant contre lui, presque comme pour l’embrasser. Christophe Honoré, à travers son Mariage au goût d’orange, filme alors toute l’ambivalence des sentiments suite à un traumatisme : la colère, le rejet, mais aussi l’amour qui persiste.
Mariage au goût d’orange, de Christophe Honoré. En salles le 18 novembre 2026.








