ACID – Trois travailleurs rescapés de l’explosion d’une mine de charbon décident de s’enfuir et de se faire passer pour morts afin que leurs familles touchent une indemnité. Avec Living Twice, Dying Thrice, le réalisateur iranien Karim Lakzadeh met en scène le récit d’une fuite cocasse, dans un film clandestin qui aurait pu ne jamais voir le jour.
Davoud, Ibrahim et Younes se retrouvent coincés dans les décombres de la mine où ils travaillent, après une explosion dévastatrice. Miraculeusement rescapés, ils décident alors de s’échapper sans être vus, et pour cause. S’ils se déclarent vivants auprès des autorités, ils auront les honneurs du préfet, sans dédommagement. La belle affaire. Par contre, s’ils sont présumés morts, leurs familles respectives pourront toucher une belle somme en guise de compensation.
Une escapade absurde
C’est donc pour la deuxième option que nos trois compères décident d’opter. Les deux premiers parviennent à s’extirper et promettent au troisième de revenir le chercher. Ils partent alors en quête d’une voiture afin de prévenir leurs proches.
Mais, évidemment, tout ne se passe pas comme prévu : sur leur trajet, ils ne tombent sur personne d’autre que le responsable de la sécurité de la mine lui-même. Un fâcheux accident plus tard, les voilà repartis sans ledit responsable, mais avec sa voiture. Choix étrange, compte tenu du peu de discrétion qu’il confère. De là s’ensuivent une série de situations comiques. L’un refuse finalement de prévenir sa famille, tandis que l’autre rend visite à sa sœur qui ne souhaite pas entendre parler d’indemnité, trop occupée qu’elle est à faire exploser les vues de sa chaîne YouTube afin de la monétiser.
Demi-tour toute
La sœur finit cependant par aller voir le chargé des indemnisations – une scène tournée façon caméra cachée de manière relativement drôle – mais là encore, il y a un problème. L’administration est formelle, il faut avoir retrouvé un morceau de corps pour pouvoir débloquer la somme aux familles. Avec une explosion au méthane, tout ne termine pas en poussière, et l’on finit toujours par retrouver quelque chose. L’on découvre alors l’absurdité des formalités administratives, qui impliquent de prouver sa mort alors qu’on l’est déjà – ou du moins, qu’on est censé l’être.
Finalement, après avoir récupéré comme promis le dernier rescapé, les trois hommes partent en direction de Téhéran. Sur le trajet, plusieurs éléments interviennent : une autre sœur qui se joint au voyage, un bar clandestin où l’on vient écouter des femmes sans voile chanter, un concert de rock. Puis se pose la question : faut-il vraiment la demander, cette compensation ? Et si oui, de quel morceau de corps se départir pour en pâtir le moins possible ? Un orteil, un bout d’oreille, un doigt ? Cela ne peut pas être le même pour les trois, évidemment. Mais, alors que l’infirmier sur place, une connaissance, leur propose de la drogue pour planer en guise d’anesthésiant, la panique arrive et l’entourloupe s’enlise.
Living Twice, Dying Thrice est un phénomène filmique fait avec les moyens du bord (puisqu’entièrement réalisé clandestinement, sans autorisation officielle), drôle et touchant. L’on reconnaîtra l’audace de Karim Lakzadeh de continuer à faire ses films dans un contexte aussi tendu et défavorable, et l’on ne peut alors que se réjouir que l’ACID l’ait inclut dans la présente sélection, afin de continuer à révéler des œuvres plus fragiles venant de voix moins entendues. N’est-ce pas là une des plus belles missions du cinéma ?
Living Twice, Dying Thrice, de Karim Lakzadeh. Présenté dans la sélection de l’ACID. Prochainement en salle.








