QUINZAINE DES CINÉASTES – La cinéaste britannique Clio Barnard revient à la Quinzaine des Cinéastes avec une adaptation du roman éponyme de Keiran Goddard, Je vois des immeubles tomber comme la foudre. Le film dépeint avec sensibilité les aventures d’un groupe d’ami·e·s à Birmingham, sur fond de crise du logement au Royaume-Uni.
Sacré Choix du Public, cette année à la Quinzaine, avec le dernier film de Clio Barnard. C’est le deuxième que la cinéaste présente dans cette sélection, cinq ans après Ali et Ava. Proche du cinéma de Ken Loach ou d’Andrea Arnold, ses films mettent en scène une Angleterre précaire et divisée.
Patrick, Shiv, Rian, Oli et Conor ont grandi à Birmingham. Ils ont désormais chacun·e leur vie, mais leur amitié traverse les années. Lorsque Rian, le seul installé à Londres, revient dans sa ville natale, des secrets enfouis depuis longtemps refont surface et viennent perturber le quotidien de la bande.
Tracas quotidiens
Clio Barnard centre son récit sur un lien entre cinq adultes. Une amitié solide, qui semble survivre au temps qui passe. Au sein de cette bande de copains, tous·tes ont une trajectoire singulière, et un mode de vie plus ou moins précaire.
Patrick (Anthony Boyle) et Shiv (Lola Petticrew), les high school sweethearts du groupe, ont deux filles. Patrick, épuisé, enchaîne les missions de livraison à vélo, tandis que Shiv s’occupe de leurs enfants.
De son côté, Connor (Daryl McCormack) a repris le flambeau de l’entreprise familiale de construction. Le film s’ouvre sur l’inauguration d’un chantier de logements sociaux, thème qui ne quittera pas le scénario par la suite. Ce chantier est d’ailleurs l’occasion pour Oli (Jay Lycurgo) d’arrêter son activité de dealer pour commencer à travailler aux côtés de Connor.
Le vrai contraste réside dans le personnage de Rian (Joe Cole), qui a quitté la banlieue de Birmingham pour Londres. Il vit désormais dans un appartement luxueux grâce à de l’argent obtenu en bourse. Mais Rian est la preuve qu’argent ne rime pas avec bonheur : il peine à être heureux du haut de sa tour de béton, et son retour à Birmingham semble tout naturel.

Tranches de vie
La cinéaste parvient, en moins de deux heures, à construire des personnages profonds et sensibles. Un exercice pourtant délicat, puisque la présence de cinq personnages engendre un temps d’écran limité pour chacun·e. Mais c’est pourtant en filmant des tranches de vie quotidiennes que Clio Barnard montre toute l’intériorité de ses protagonistes. Naissance d’un enfant, nouveau travail, nouvelle maison : les étapes de la vie s’enchaînent pour Patrick, Shiv, Rian, Oli et Conor.
Le film s’immisce dans le quotidien des jeunes adultes britanniques. Des scènes au pub aux fins de soirées bien arrosées en boîte de nuit, la culture de la fête au Royaume-Uni est très bien représentée. De nombreuses scènes sont filmées la nuit, avec très peu de lumière. Cela donne lieu à des plans parfois sous-éclairés, avec des tons ternes qui enlèvent un certain charme au long métrage.
La bande originale qui accompagne le film, signée Harry Escott, participe à la création de l’univers de Je vois des immeubles tomber comme la foudre. Ses cinq personnages ont leur musique, leur éclairage, leurs lieux de vie. Un esprit de troupe de théâtre se dégage du métrage.

Lutte des classes
Parmi ces scènes qui pourraient paraître banales, la cinéaste glisse des conversations très sérieuses sur la crise du logement au Royaume-Uni. Elle s’appuie sur un événement concret : la destruction de logements sociaux à Birmingham, pendant la jeunesse de ses personnages. Ces images de destruction reviennent à plusieurs moments charnières du film.
Une destruction symbolique, qui met en avant tout ce qui ne va pas dans le pays. Un problème d’accès au logement pour tous·tes. Le personnage de Patrick, notamment, livre un discours politisé sur la portée symbolique des logements sociaux. Il se bat pour un idéal socialiste et se lamente en voyant son ami Rian s’enrichir du cours plus ou moins aléatoire, à ses yeux, de la bourse.
Clio Barnard crée un monde de désaccords entre ces cinq ami·e·s, qui débattent, discutent, en gueule de bois ou autour d’un verre de vin à dix heures du matin. Je vois des immeubles tomber comme la foudre n’hésite pas à montrer la brutalité qui peut occuper un quotidien banal. Au milieu des scènes comiques se glisse le drame, qui hante le film dès ses débuts et ne le quittera pas.
Je vois des immeubles tomber comme la foudre, un film de Clio Barnard. En salles prochainement.








