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CANNES 2026 – « Hope » : Un film sans histoire

Hope © Forged Films

EN COMPÉTITION – Projeté à la fin d’une première semaine de compétition décevante, le dernier film de Na Hong-jin suscitait de grandes attentes. Malheureusement, Hope s’est révélé être un nouveau film fleuve aussi pompeux qu’ennuyeux.

Après avoir remis une Palme d’honneur à Peter Jackson lors de la cérémonie d’ouverture, et après avoir projeté, en séance de minuit, le premier volet de la saga Fast & Furious, Thierry Frémeaux persiste et signe en projetant, en Compétition officielle, le dernier né du réalisateur sud-coréen Na Hong-jin.

Mea culpa, semble dire le Festival de Cannes. Après avoir snobé la science-fiction, et plus largement les films dits «  grand public  », il est l’heure de «  laisser entrer les monstres  », comme le disait Julia Ducourneau au moment de recevoir la Palme d’or pour Titane en 2021. C’est chose faite avec Hope, qui privilégie malheureusement l’épate, au détriment d’un scénario vide d’enjeux et d’intérêt.

Un jeu du chat et de la souris répétitif

Na Hong-jin pose rapidement le cadre. Dans une petite ville portuaire de Corée du Sud, Hope, des incidents sordides se multiplient. Le chef de la police locale se rend sur les lieux, et ne tarde pas à découvrir que ce qu’il pensait être l’œuvre d’un tigre, est en réalité celle d’une créature bien plus imposante et impitoyable.

Les quarante-cinq premières minutes mettent ainsi en scène un jeu du chat et de la souris dans lequel la dernière échappe sans cesse au premier. Le monstre, laissé hors cadre pendant ces trois premiers quarts d’heure, existe cependant bien dans le champ. Cadavres décapités, voitures lancées avec une force surhumaine, et surtout, empreintes de «  mains  » et « pieds » géant·e·s : tout laisse à penser que le village n’a plus que quelques heures à vivre avant d’être rasé de la carte.

Na Hong-jin use jusqu’à la corde ce procédé pour mettre en scène des séquences de courses-poursuites en voiture effrénées, qui ne sont pas sans rappeler celles de la franchise Mad Max. Si le début peut paraître jouissif en raison de grands mouvements de caméra bien maitrisés, et de la profusion de balles tirées par des armes en quantité illimitée, le scénario s’empêtre bien vite dans une répétition visant à créer une tension factice.

Tout comme le chef de police, le·a spectateur·ice attend une chose  : voir le monstre, enfin. Le problème, c’est que Na Hong-jin ne semble pas avoir trouvé nécessaire de créer une autre source de tension que celle-ci. Donc, quand le monstre se dévoile enfin, au bout d’une scène au suspense de pacotille, Hope prend en quelque sorte fin.

Des personnages sacrifiés

Il y a bien le groupe de mercenaires partis à la recherche du monstre dans les montagnes boisées attenantes. Ces derniers découvriront en même temps que l’équipée citadine, qu’il n’y a pas un, mais plusieurs créatures dans la région. Mais de celles-ci nous ne saurons rien, sinon qu’elles semblent venir d’une autre planète. Se sont-elles échouées sur Terre par hasard  ? Ont-elles des objectifs  ? Tuent-elles pour se défendre, ou bien à dessein  ? Aucun récit n’est construit autour de cette multiplicité monstrueuse qui ne sert que de prétexte à de nouvelles courses-poursuites meurtrières. En voiture, à pied, ou à cheval, une chose est sûre, les monstres poussent les humains à courir – que ce soit devant ou derrière eux.  

Si la dynamique entre le chef de la police et son adjointe donne lieu à quelques séquences amusantes, elle ne sera féconde d’aucun développement narratif ou psychologique. Un goût amer reste en bouche : Na Hong-jin semble sacrifier ses personnages pour rendre Hope encore plus lisse et insipide qu’une soupe sans sel.

C’est normal  : le scénario de Hope est vide de toute substance. Ou presque. La seule matière est celle des corps, humains comme monstrueux. Il y a du sang, beaucoup, mais aussi des fluides. Aqueux, d’abord, avec cette larme versée par l’une des bêtes visiblement rongée par une peine insondable. Visqueux, ensuite, avec les sécrétions des bêtes, et ce qui leur sert de peau. Dommage que le réalisateur n’ait pas choisi de creuser cette matière qui aurait pu donner lieu à un film plus incarné.

Un manque cruel d’imagination

Na Hong-jin fait ainsi preuve de bien peu d’imagination. Embêtant lorsque l’on a pour ambition de réaliser un film de science-fiction. Affligeant, surtout, d’être incapable de sortir d’une représentation sexuée des créatures qui peuplent Hope. Le cinéaste leur attribue des caractéristiques sexistes comme des hanches resserrées, ou de la poitrine pour les femelles, et des corps secs et musclés pour les mâles.

Voilà qui interroge : est-il encore permis d’espérer voir un bon film d’action, ou d’aventure en compétition officielle ? Si le rendez-vous Hope fut un flop, il n’en reste pas moins qu’il a réveillé chez certain·e·s l’impérieux désir de voir de grandes sagas comme celle du Seigneur des anneaux, projetées sur l’écran du Grand Théâtre Lumière. Rendez-vous l’année prochaine ?

Hope, un film de Na Hong-jin. Prochainement en salles.

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