CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2026 – « Garance » : Boire ou mourir

Garance © Trésor Films - Chi-Fou-Mi Productions - Studiocanal - France 3 Cinéma - Artémis Productions
Garance © Trésor Films - Chi-Fou-Mi Productions - Studiocanal - France 3 Cinéma - Artémis Productions

EN COMPÉTITION – Après Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry réalise Garance et dresse le portrait d’une jeune comédienne alcoolique. Un sujet abordé avec finesse, où l’amour devient le fil rouge du film. 

Le film est écrit comme une pièce de théâtre, acte après acte, laissant progressivement le·a spectateur·ice entrer dans la vie de Garance (Adèle Exarchopoulos). Jeune comédienne vivant à Paris, elle fait face à la précarité de son métier, à la maladie de sa sœur et à un quotidien saturé de fatigue. Jeanne Herry installe un rythme éreintant, où les difficultés s’accumulent sans jamais laisser respirer son personnage.

Les scènes s’enchaînent rapidement, passant d’un appartement trop petit aux coulisses d’un théâtre, puis à un verre de vin bu seule à la fin de la journée. L’alcool s’installe discrètement dans le cadre avant d’envahir tout l’espace. Jeanne Herry filme cette addiction sans spectaculaire, à travers des gestes mécaniques et des habitudes presque invisibles. Un verre rempli machinalement, une bouteille toujours présente sur une table : l’alcool devient progressivement un personnage à part entière.

Un récit sur huit ans

Le film s’ouvre par un écran noir où Garance raconte avec simplicité à Pauline (Sara Giraudeau), sa petite-amie, sa première fois, à 14 ans, dans un parking en sous-sol. De cette manière, le film avance par fragments, entrecoupés d’ellipses musicales et de conversations intimes entre les deux femmes. Chaque période correspond à un nouvel emménagement, de nouvelles rencontres et une nouvelle manière pour Garance de tenir debout. La réalisatrice a fait le choix d’un montage rapide, et appuie ainsi l’idée de routine.

Au fur et à mesure, Garance rejoint un groupe d’ami·e·s avec qui les soirées s’enchaînent jusqu’au matin. Cette période accompagne aussi une découverte plus intime du personnage, qui explore une nouvelle sexualité avec une femme. Jeanne Herry refuse pourtant de s’installer durablement dans ces moments d’euphorie. Une soirée peut brutalement laisser place à Garance seule à un terminus de bus de nuit, ivre, avant qu’elle ne remonte sur scène quelques heures plus tard. Le film repose précisément sur cette collision permanente entre effondrement intime et nécessité de continuer à jouer.

La réalisatrice ne réduit ainsi jamais Garance à son addiction. Même dans ses moments de fragilité, elle conserve une présence magnétique face au public. Elle reste un personnage fort et tenace tout au long de l’histoire. L’une des actrices les plus désirées de sa génération, Adèle Exarchopoulos, incarne ici une artiste précaire, mais pas ratée.

Une réalité brutale

Pour éviter toute représentation caricaturale de l’alcoolisme, Jeanne Herry inscrit l’addiction dans l’usure du quotidien. Des journées trop longues, un compagnon procrastinateur, une fatigue qui contamine progressivement chaque espace de la vie de Garance. L’alcool apparaît dans un premier temps comme un moyen de décompresser, il fait office d’anxiolytique. Puis le film s’accélère. Les absences deviennent plus fréquentes, les trous noirs s’allongent, le corps commence à céder. Jeanne Herry filme alors la dépendance dans ce qu’elle a de plus brutal : non pas l’excès sensationnel, mais l’épuisement progressif d’une femme qui tente encore de convaincre tout le monde – et surtout elle-même – qu’elle va bien.

Cette justesse passe aussi par l’ambivalence du personnage. Garance est une jeune femme solaire, drôle et pleine d’intensité. Ce besoin dévorant de vivre dans l’instant présent est intrinsèquement lié à sa consommation d’alcool. L’amour traverse le film du début à la fin. Ce sentiment est notamment incarné par le personnage de Pauline. Elle accompagne Garance sans jamais adopter une posture culpabilisante face à sa maladie. Leur relation est pleine de contradictions, et Pauline se trouve à devoir jouer un rôle d’équilibriste, entre inquiétude et pragmatisme.

Le scénario accompagne avec précision l’usure du personnage jusqu’au point de rupture. Jeanne Herry ajoute pourtant un nouveau drame à ce chaos : la leucémie de la sœur de Garance. L’intention semble claire : pousser davantage le personnage principal vers un choix de vie. Mais, ce problème supplémentaire paraît parfois moins naturel que le reste du film. Il donne l’impression d’une intensification artificielle du récit.

Cependant, le film reste particulièrement bouleversant au moment où Garance hésite entre vivre ou mourir, tant l’idée d’une existence sans alcool semble déjà représenter une forme de fin. Jeanne Herry parvient alors à filmer l’alcoolisme sans tomber des l’écueil moraliste, ni dans l’extravagance. Elle construit un personnage puissant, cherchant à tenir debout face à une maladie longtemps niée.

Garance, de Jeanne Herry. En salles le 23 septembre 2026.

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