CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2026 – « Dua » : Innocence perdue

Dua © IKONË STUDIO

SEMAINE DE LA CRITIQUE – Kosovo, années 90. Dua, jeune fille de treize ans, entre dans l’âge charnière de l’adolescence, avec toutes les découvertes et changements qui en découlent. Mais la guerre grondante avec la Serbie vient piétiner son innocence.

Dans la capitale kosovare, Pristina, les jeunes étudient, se retrouvent à des boums, se tournent autour et s’embrassent. C’est le cas de Dua (brillamment incarnée par Pinea Matoshi), jeune adolescente au visage angélique qui n’a pas encore quatorze ans. Comme la plupart des filles de son âge, elle voudrait grandir plus vite, et attend ses règles – que toutes ses copines ont déjà – avec impatience.

Mais Dua grandit dans les années 90, et vit le début de la guerre serbo-croate de plein fouet. Ses deux parents sont au chômage. Sur les routes, les Serbes multiplient les barrages routiers pour effectuer des contrôles d’identité. Au détour d’une rue, elle tombe sur une jeune fille tuée. Son corps gît par terre, entouré par des passants venant de la découvrir. C’est la sœur d’une amie. Alors que les exactions des Serbes se multiplient, la tension se resserre autour d’elle et de sa famille. Le basculement, pour la jeune fille, intervient lorsqu’elle revient sur les lieux du crime, et subit un attouchement de la part d’un Serbe bien plus âgé qui la surprend et la menace.

Brusque sortie de l’enfance

Inspirée par une connaissance, elle décide de se mettre au judo avec l’aide de celle-ci afin d’apprendre à se défendre. L’on voit là le changement de comportement de Dua, dont le regard évolue pour devenir plus dur, dans la confrontation. Petit à petit, elle est prise d’une rage intérieure puissante. La politique s’immisce malgré elle dans sa conscience corporelle et psychique. À la maison, son frère a de plus en plus de mal à rester sans rien faire, au grand désespoir de ses parents, qui craignent de ne jamais le voir revenir s’il part s’engager au sein de l’Armée de Libération du Kosovo (UÇK).

Dua © IKONË STUDIO

Impuissance

« Tu voudrais pas être dans un endroit où on peut aller voir des concerts ? », demande sa grande sœur à Dua. Si, bien sûr, mais elle voudrait pouvoir le faire, chez elle, à Pristina. Mais ici, il ne se passe rien, les loisirs sont inexistants, et les Serbes continuent de semer la terreur dans les rues. Une jolie scène montrant les deux sœurs chanter à tue-tête dans leur chambre reste à l’esprit. Brosse à cheveux dans leurs mains en guise de micro, elles se défoulent et s’accrochent au peu de part d’enfance qu’il leur reste. Dans la pièce d’à côté, leur mère fond en larmes. Sans doute ne supporte-t-elle pas que ses enfants aient à subir ce sort. On attend alors l’intervention américaine, qui n’en finit pas de se faire désirer – la plupart n’y croient plus. Ce petit pays enclavé des Balkans méritera-t-il l’attention des États-Unis ?

Mais ces derniers et l’OTAN prennent finalement part au conflit, entraînant sa radicalisation dans un premier temps. La famille décide alors qu’il est temps de partir dans les pays voisins en paix pour se retrouver en sécurité, et éviter que le frère ne rejoigne l’UÇK dans un accès de bravoure – qui lui serait certainement fatal. Elle le fera en deux fois, cependant, et c’est Dua qui part avec sa mère et son frère, ne sachant pas si elle reverra le reste de ses proches un jour.

Dua constitue un beau témoignage – la réalisatrice, Blerta Basholli est elle-même kosovare et dédie le film à ses parents – de cette guerre ravageuse. Il est notamment soutenu par la performance très réussie de la jeune Pinea Matoshi, remarquable dans ce rôle pour sa première apparition à l’écran. Elle nous emporte avec elle, en même temps que le film, dans ce devoir de mémoire important.

Dua, de Blerta Basholli. Prochainement en salles.

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