ACID – Pour la 34ème édition de l’ACID Cannes, le tandem Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue revient avec une comédie d’animation en papier découpé. Avec Blaise, les quiproquos s‘enchaînent, les péripéties se multiplient et se mêlent à la satire d’une société en plein désordre. Un résultat presque jouissif.
Jean-Paul Guigue avait déjà collaboré avec le bédéiste Dimitri Planchon, avec Silex and the City (2024). Cette fois, c’est sur la Croisette que le tandem relève le pari ambitieux de la comédie.
Les rebondissements vont bon train chez la famille Sauvage. Carole, la mère, tente d’améliorer sa mauvaise réputation auprès de ses collègues qui la trouvent trop froide. Jacques, le père, dont le plus grand rêve est d’être perçu comme cool et mystérieux, apprend que la meilleure amie de sa femme l’avait trouvé stupide et insipide. Quant à leur fils unique, Blaise, entraîné par une connaissance nommée Joséphine, il se lance dans une épopée révolutionnaire totalement improvisée. Derrière ces personnages dysfonctionnels se cachent les voix de Léa Drucker, Jacques Gamblin, Timéo et Nina Blanc-Francard.
Avant d’arriver sur le grand écran de l’ACID, Blaise est d’abord héros de la bande dessinée éponyme de Dimitri Planchon, adaptée ensuite en série sortie sur Arte. Le film reste fidèle à l’esthétique colorée et kitsch de l’œuvre originale, avec ses personnages caricaturaux en papier découpé dont seuls les yeux et la bouche s’animent.

La science des malentendus
Ce qui surprend dans Blaise, c’est d’abord son audace. Avec son découpage simple et ses plans fixes, le public retrouve le graphisme comique de la BD originale. Les scènes s’enchaînent comme dans un petit théâtre avec des personnages dont les visages se situent entre un réalisme photographique et un grotesque affirmé. L’animation figée donne l’impression que les personnages sont toujours bloqués dans leurs situations absurdes.
Mais ce qui cimente le film, ce sont ses dialogues. L’écriture précise alliée à l’intonation des personnages crée des moments de comédie absolument délicieux. Des silences aux malentendus, Blaise maîtrise l’art de la gênance sur le bout des doigts. Les personnages prennent tout au premier degré et s’enfoncent dans leurs péripéties comme dans une mare de boue. Le père prend la conseillère d’orientation de son fils pour sa psy, la mère se retrouve à coucher avec sa collègue à cause d’un malentendu – vraiment, les personnages ne s’entendent pas parler à cause de la musique d’une boîte de nuit. Quant à Blaise, d’un naturel mou et pacifiste, il fait exploser une grenade dans son lycée.

Satire d’une société égocentrique
L’audace du film se reflète tant dans sa forme que dans les sujets abordés. Au-delà de son humour et de son rythme burlesque, Blaise dénonce l’hypocrisie de notre époque contemporaine. Dans une ville imaginaire, mais qui se veut représentative de notre réalité, la crise bat son plein. Derrière les quartiers résidentiels et les bureaux bien rangés, le film dévoile un contexte politique violent.
Les personnages en déprime errent dans cette vie qui leur échappe. Cette satire passe avant tout par le personnage du grand patron de l’entreprise Lazare, symbole du capitalisme, qui monopolise le marché. Lors d’une manifestation où Blaise et Joséphine se retrouvent entraîné·e·s, des pancartes affichent des slogans assassins contre l’entreprise. La famille Sauvage devient la famille tout-le-monde, dans un monde où les bourgeois ne dissimulent même plus leur hypocrisie, et exhibent leurs placards remplis d’armes.
Malgré tout, le film présente un point de vue assez pessimiste concernant l’évolution de la société. Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue mettent en garde leur spectateur·ice avec cette comédie à l’humour noir, devant laquelle on ne sait plus si l’on doit rire ou hurler.
Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue (1h22, The Jokers Films)








