EN COMPÉTITION – Concourant pour la septième fois en compétition officielle, Pedro Almodóvar revient avec un film à tiroirs sur l’angoisse de la création. Avec de belles idées, mais un résultat final n’égalant pas les sommets du cinéaste.
Après une incursion à New-York (La Chambre d’à côté), le réalisateur espagnol revient dans sa terre natale avec Autofiction, présenté en compétition officielle. Il y met en scène Elsa (Bárbara Lennie), cinéaste peu prolifique avec seulement deux films au compteur, considérés comme des navets à leur sortie, mais désormais jugés cultes. Aujourd’hui réalisatrice de clips publicitaires, elle forme un couple avec Bonifacio (Patrick Criado), un jeune homme dont le physique avantageux lui permet autant d’être pompier la semaine, et stripteaseur le week-end – il faut bien arrondir les fins de mois. À cela s’ajoute son amie Patricia (Victoria Luengo), humiliée par son mari depuis des années, et cherchant à le quitter.
De son côté Elsa, se trouve aux prises avec de violents maux de têtes dont elle ne se sort pas, sauf à grands coups d’anxiolytiques et de passages aux urgences. En cause, la mort de sa mère qu’elle ne parvient pas à surmonter. Pour affronter ses vieux démons, elle décide finalement de se remettre à écrire et d’entamer un troisième scénario.
Jeux de miroirs
Dans ce film aux récits enchâssés, Almodóvar inclut Raúl (Leonardo Sbaraglia), cinéaste angoissé par le manque d’inspiration qui le frappe depuis son dernier film, et incapable de se remettre à réaliser et peinant à terminer son nouveau scénario. Il fait aussi face à la désertion de son associée, Mónica, après vingt ans de travail commun. Il apparaît rapidement que les vies d’Elsa et de Patricia sont sorties de l’esprit de Raúl, et constituent l’histoire de sa nouvelle œuvre.
Mais le réalisateur, comme son héroïne, se heurtent à un dilemme. Pour pallier le manque d’inspiration, ils décident de puiser dans leurs vies et celles de leurs proches, s’attirant les foudres de ces derniers. Elsa, qui écrit sur deux femmes lui ressemblant étrangement ainsi qu’à son amie, est confrontée à la gêne de cette dernière. Elle a peur que son mari reconnaisse leur histoire. Quant à Raúl, qui écrit un personnage aux traits proches de celui de la compagne de son associée, il est également confronté à l’hostilité de cette dernière qui lui reproche son égoïsme.
L’on reconnaît là les alter ego du réalisateur (Almodóvar). Ce dernier se cache en effet sous les traits de ses deux personnages cinéastes, homme comme femme. Dans une forme d’introspection semblable à celle du très beau Douleur et Gloire, présenté lui aussi en compétition en 2019, Almodóvar se montre travaillé par l’angoisse de la page blanche, une fois le temps des chefs d’œuvre (probablement) passé.

Repenser la fiction
Autofiction rejoint les longs-métrages plus dramatiques du réalisateur, questionnant cette fois-ci la légitimité de l’inspiration. Jusqu’où est-il décent de puiser dans son existence pour ses œuvres de fiction ? Et ce, qui plus est, lorsqu’il s’agit de vampiriser la vie de ses proches et leur souffrance ? La question reste ouverte. Mais le Autofiction, pâtit d’une impression de trop-plein légèrement fouillis dont l’on a du mal à se départir, malgré la qualité d’interprétation de ses acteur·ice·s. L’on pourrait presque se demander, au fond, si sa sélection en compétition officielle n’est pas surtout due au nom de son auteur, et décidée presque par habitude.
Pedro Almodóvar signe donc un mélodrame intéressant qui plaira sans doute à ses aficionados, toujours dans son style très reconnaissable, coloré et stylisé (l’on rêverait de vivre dans les magnifiques lieux de vie de ses personnages). Cependant, bien que faisant appel à des thèmes similaires, Autofiction n’apparaît pas à la hauteur de son dernier long-métrage en compétition. Peut-être le prochain lui vaudra-t-il enfin la récompense ultime ?
Autofiction, de Pedro Almodóvar. En salle le 20 mai 2026.








