SEMAINE DE LA CRITIQUE – La Semaine de la Critique clôture sa 65e édition avec le premier long métrage de fiction Félix de Givry. Le co-scénariste d’Arco signe avec Adieu monde cruel un nouveau film sur les tourments d’un âge trop souvent méprisé.
« Quand vous lirez cette lettre, je serai déjà mort. (…) Ceci n’est pas un suicide, mais un meurtre » écrit le jeune Otto Vidal (Milo Machado-Graner) dans une lettre adressée à l’ensemble de sa classe. L’adolescent de 14 ans, victime de harcèlement au collège, veut disparaitre. Il n’a plus rien à tirer de cette vie si c’est pour se faire humilier, frapper, isoler. Alors, le soir venu, il se jette d’un pont.
Au commencement était donc le noir. Celui des pensées du jeune Otto, mais aussi celui de l’image de Tara-Jay Bangalter. Adieu monde cruel emprunte cette mélancolie brumeuse qui plane au-dessus de l’enfance, ou des quelques années qui lui succèdent, des films de Truffaut, Les Quatre Cents Coups en tête. Peut-être le film de Félix de Givry souffrira trop la comparaison des films de l’un des chefs de file de la Nouvelle Vague. Mais s’il est évident que le premier long métrage de fiction du cinéaste emprunte les codes de ce mouvement, et qu’il lui rend hommage, il finit aussi par trouver sa propre couleur.
Une présence spectrale
Dans la nuit qui aurait dû être celle de sa mort, Otto laisse flotter son ombre sur les murs d’un village endormi, et bientôt endolori par l’annonce de la disparition du jeune garçon. Son suicide ne lui aura en effet pas été fatal. Mais Otto reste déterminé à mourir. Si ce n’est pas physiquement, cela sera alors au moins socialement.
Adieu monde cruel est une ode à tous·tes celleux qui sont resté·e·s silencieux·ses trop longtemps. Après avoir passé une nuit dans un bâtiment désaffecté, Otto fait la rencontre de Léna (Jane Beever), fille d’une propriétaire d’hôtel. Il y a le vertige de la rencontre, marqué par les silences, puis les questions. Les deux, qui s’étaient tus pendant les si longues premières années de leur vie, se sortent enfin mutuellement de leur solitude.

À toutes les choses à venir
L’image se teinte alors d’un bleu nouveau, toujours sombre, mais porteur d’espoir. Dans la chambre d’hôtel condamnée dans laquelle Léna cache Otto, le temps se suspend et le film, enfin, respire. C’est que le personnage de Léna ouvre une faille, non pas vers le passé – les motivations d’Otto ne sont pas questionnées -, mais vers le futur.
Léna a « envie de de connaitre la suite », car « il y a forcément des choses belles qui vont se passer ». Bouleversante profession de foi venu d’un âge à qui l’on demande souvent ses rêves, mais jamais s’il croit vraiment que ce qui l’attend aura la couleur souhaitée. Il y a une différence entre rêver, et croire au bonheur et à la joie à venir. Pour Léna et Otto, il ne s’agit pas de refaire le monde, mais d’accepter qu’iels en font partie et que la fin des choses n’est jamais que le début d’une autre, comme le suggère avec gravité la voix-off interprétée par Françoise Lebrun.
Jusqu’au mélo
Dommage que Félix de Givry ait fait le choix de faire glisser la relation entre les deux adolescent·e·s vers une histoire d’amour amoureuse. Ce choix narratif vient alourdir un scénario qui réserve déjà à ses spectateur·ice·s tendresse et espoir. Les histoires d’amour peuvent aussi être des histoires d’amitié. Adieu monde cruel se montre ici un peu trop convenu et paresseux.
Malgré cela, Félix de Givry amène son film vers le mélodrame, et Adieu monde cruel de s’envoler vers quelques morceaux de grâce servis par le lyrisme de la musique d’Arnaud Toulon. Il y a quelque chose de grave qui se joue dans tous ces regards échangés, qu’ils soient volés ou assumés. Mais le quotidien coule, jusqu’à cette séquence finale où l’on imagine Otto en fantôme, perdu au milieu de cette foule pourtant bien vivante.
Adieu monde cruel, de Félix de Givry. Prochainement en salles.








