Cette année, Maze s’est invité à Brive-la-Gaillarde à l’occasion de la 23e édition de son Festival du cinéma. Une programmation internationale, riche et éclectique, est mise à l’honneur, mêlant une diversité de genres et de formes.
Entièrement dédié au moyen métrage, le Festival du cinéma de Brive demeure aujourd’hui le seul festival au monde à défendre exclusivement ce format, soutenant ainsi un cinéma pensé comme lieu d’expérimentation, aussi bien pour les néo-réalisateur·ices, que pour les plus confirmé·es – étant déjà passé·es par la case long métrage. Le festival réunit ainsi des productions nationales et internationales, et s’est ouvert, cette année, par la projection des Reines du Music Hall de Phil Karlson. L’occasion de redécouvrir Marilyn Monroe, dans un film qui explore la dureté des rapports de classe aux États-Unis, et dans lequel elle tient son premier rôle d’actrice-chanteuse.
Parmi les 26 films en compétition internationale, et 30 hors compétition, certains se sont distingués, autant par les sujets abordés, que par le choix d’une photographie singulière. Voici nos quatre coups de cœur du Festival du cinéma de Brive, reliés par un fil rouge : le conflit, qu’il soit intime ou politique.
A Lonely Person’s Monologue, Emin Afandiyev (Azerbaïdjan)
Avec A Lonely Person’s Monologue, le réalisateur interroge la guerre à travers le prisme des générations. Le père, Ibrahim, incarne une guerre passée, inscrite dans le corps, tandis que le fils, Galib, porte en lui une guerre à venir. Appelé à servir son pays. le film suit ce dernier, contraint de s’occuper d’un père désormais handicapé et incapable de parler. Le jeu de Mahir Dervish se distingue par une grande précision expressive. Privé de parole, c’est par le regard qu’il transmet une large palette d’émotions à le·a spectateur·ice, traduisant son enfermement dans son propre corps.

Ces échanges autour de la mort entrent en contraste avec le cadre du film, à la fois idyllique et apaisant. Cela créé un décalage constant entre la violence du sujet et la douceur des images. Le réalisateur explore également la guerre comme une forme de péché, qui condamne certain·es à être exclu·es d’un paradis perdu. Emin Afandijey joue avec les reflets, sur les vitres, dans l’eau, pour mettre – littéralement – le fils face au père, mais aussi face à ce qu’il pourrait devenir. La structure du film fonctionne en boucle, traduisant la répétition et la persistance du traumatisme. Cette boucle est symbolisée par une ampoule que le personnage principal allume en arrivant chez lui, puis éteint en repartant, cette fois définitivement.
Still Playing, Mohamed Mesbah (France, Palestine)
Cisjordanie, 2024. Ce documentaire suit le quotidien d’un créateur de jeu vidéo : Rasheed. Le film s’ouvre sur une adresse directe au réalisateur : le personnage principal lui demande s’il se sent bien. Dès cette première scène, une relation particulière s’installe. Le protagoniste semble presque prendre soin du cinéaste, comme s’il avait une responsabilité envers lui. Ce dispositif crée immédiatement une proximité entre le réalisateur, le personnage et le·a spectateur·ice.
L’on apprend que le personnage principal a eu l’opportunité de s’installer en Suède, mais a choisi de rester dans son pays natal. Le documentaire explore ainsi les enjeux liés à l’exil, et met en lumière ce paradoxe : Rasheed craint pour ses enfants, mais refuse qu’iels se sentent déraciné·es. Ce tiraillement traverse tout le film et structure ses choix de vie.

La mise en scène repose sur des allers-retours entre deux espaces : d’un côté, le quotidien du personnage avec ses enfants, et de l’autre, les images du jeu vidéo qu’il a créé. Un jeu dans lequel des mères et des pères tentent de protéger leurs enfants de la guerre – et échouent systématiquement. Ce récit crée un écho direct avec la réalité vécue de Rasheed et sa famille, comme si le jeu devenait une extension de son expérience. Le·a spectateur·ice est également confronté·e aux réactions des joueur·euse·s. Certain·es ne comprennent pas entièrement le propos, mais restent touché·es. Ce jeu pointe donc du doigt une réalité difficilement perceptible par autrui. Cette manière de rendre ludique une situation grave traverse à la fois le jeu et la vie du personnage, qui tente de maintenir une forme de légèreté malgré la violence du contexte.
Joan of Arc, Hlynur Palmason (Islande, Danemark)
La mise en scène de ce moyen métrage repose sur un dispositif radical : un seul cadre fixe, du début à la fin, en format 4:3. Ce choix formel contraint le regard, et invite à observer un même espace dans ses transformations. La nature est un personnage à part entière, traversée par différents climats. Les tempêtes, la neige, ou les éclaircies rythment le film et matérialisent le passage du temps.
Dans ce cadre unique évoluent deux frères, peut-être jumeaux, dont la présence introduit une dimension ludique. Pour rompre l’ennui, ils fabriquent une figure de chevalier et se donnent pour mission de le vaincre. Cette présence matérielle, posée au cœur du paysage, crée un contraste entre l’imaginaire enfantin et la réalité du décor. Le film montre leurs progrès en tir à l’arc : au fur et à mesure, les enfants parviennent à viser précisément le chevalier. Ce jeu structure le récit et s’inscrit dans la durée. Lorsque la fratrie s’ennuie de ce divertissement, le chevalier prend vie. Cette irruption du fantastique vient brouiller la frontière entre fiction et réel, donnant une matérialité à l’imaginaire des enfants et transformant le cadre lui-même.
Planet Spoilia, Lee Se-hyung (Corée du Sud)
À Brive, place est aussi faite au cinéma expérimental. Planet Spoilia raconte l’histoire de Kim et Park qui errent dans l’univers depuis 500 ans à la recherche de réponses sur les questions liées à la création de l’humanité. La réalisation est simple : les deux acteur·ices se tiennent devant un fond vert, renforçant ainsi la dimension abstraite du film. La photographie plutôt simpliste contraste avec la richesse et la complexité des questions soulevées, à la portée philosophique.
Le scénario, teinté d’humour, tient le·a spectateur·ice en haleine du début jusqu’à la fin. Les personnages principaux sont confronté·es à un dilemme : accéder aux secrets de l’humanité immédiatement ou choisir de les découvrir par eux-mêmes. Ce dilemme est traduit en images par un conflit entre les deux personnages principaux et la planète Spoilia, un cerveau géant aux connaissances infinies. Par ce biais, la réalisatrice établit un parallèle avec notre rapport au progrès, dont l’accès immédiat et rapide peut parfois court-circuiter le sentiment de doute qui permet la construction d’une pensée autonome.









