« Trois ingrédients, pas un de plus » et la grand-mère de Tom, Derek, et Suzanne nous emporte dans une histoire fantastique. Pour faire face à sa perte, la fratrie se retrouve chez leur grand-père et trouve des mécanismes pour surmonter le deuil.
Les Contes du pommier (Patrik Pass Jr., Jean-Claude Rozec, David Sukup et Léon Vidmar) est une adaptation du recueil de nouvelles Of Unwanted Things and People de l’écrivain tchèque Arnošt Goldflam. Devenu père à un âge tardif, il craint de ne pouvoir être présent dans les épreuves les plus compliquées de la vie de ses enfants. Il rédige alors ce recueil dans l’objectif de les accompagner même de loin, même de l’au-delà.
Tom, Derek et Suzanne rendent visite à leur grand-père, récemment veuf. Alors que le deuil est omniprésent et semble avoir assombri toute la maison, Suzanne décide de rallumer la lumière en reprenant la tradition de sa grand-mère. La jeune fille se lance dans la création de contes à l’aide de trois ingrédients, tout comme sa grand-mère.
Le déni, la colère et l’acceptation
Malgré l’aspect magique et candide du film donné principalement par l’utilisation de la stop-motion, Les Contes du pommier regorge de thématiques lourdes gravitant autour de la perte.
Les enfants représentent chacun une étape du deuil. Ces dernières se comptent au nombre de sept : le choc, le déni, la colère, la tristesse, la résignation, l’acceptation et la reconstruction. C’est ainsi que Derek, le cadet, incarne le déni. À peine arrivé, il cherche sa grand-mère. Tom, l’aîné, incarne la colère. Incapable de supporter cette perte, il se referme sur lui-même et se réfugie dans la cabane dans l’arbre. Suzanne, au milieu, est dans la phase d’acceptation. Elle sait que sa grand-mère n’est plus, mais elle est avant tout portée par le souvenir de cette dernière, à qui elle tente de rendre hommage.
De fait, Les Contes du pommier ne cache pas sa thématique mélancolique. Le grand-père est ostensiblement triste et les enfants sont évidemment perturbés. Toutefois, l’ambiance générale du film reste légère et tendre, déjà à travers la technique en stop-motion, et ensuite via les histoires merveilleuses qui sont contées.
Exactement comme Arnošt Goldflam le prévoyait, les contes permettent aux enfants de faire face au deuil. Ils permettent également au grand-père d’avancer et de retrouver un semblant de magie dans son existence.

Rallumer la lumière, faire place à la magie
La mise en scène permet de mêler des contes merveilleux avec la réalité, plus banale, de la vie des personnages. C’est aussi ce qui permet une dilution de l’un dans l’autre. Tout au long du film, le grand-père s’évertue à bricoler dans son atelier. Ses petits-enfants tentent de reprendre le cours normal de leur vie, tandis qu’il est fixé sur ce projet mystérieux et magique.
Suzanne occupe le rôle de vecteur entre le monde réel et le monde conté. Et au fur et mesure qu’elle raconte ses histoires, la magie revient petit à petit dans le quotidien. Ainsi, alors qu’elle en vient à la dernière histoire, à laquelle le grand-père ajoute un ingrédient, elle finit par rallumer la lumière sur une réalité sombre, et à ramener la magie dans un monde dénué de fantastique. La solution semble tomber du ciel, le grand-père peut finir son objet et le présenter à la fratrie. Il signe un dernier hommage à la grand-mère ; ce dernier se présente comme un point culminant de la dilution du fantastique dans le réel, à tel point qu’elle semble reprendre temporairement vie à travers un jeu d’image et de lumière.
La technique d’animation très stylisée permet également de donner un aspect merveilleux à ce film. Le potentiel de la stop-motion est surtout exploité dans les contes qui prennent corps au cours du récit. Les Contes du pommier est une fable enfantine, tendre et douce malgré sa thématique mature. Le film aborde la question du deuil avec justesse et permet d’y apporter un versant lumineux à hauteur d’enfant.
Les Contes du pommier, un film de Patrik Pass Jr., Jean-Claude Rozec, et David Sukup. En salles le 8 avril 2026.








