Julia Kerninon livre un court texte poétique sur l’art d’écrire, ses conditions et ses obstacles. Coquilles – Toute ma vie, je me suis demandé comment écrire est la question qui guide cette pensée de la création et de la place des femmes en littérature.
Autrice du très remarqué Liv Maria, Julia Kerninon fait paraître aux éditions du Castor Astral le recueil de poèmes Coquilles. Elle écrit à propos de la création, toujours intriquée à la vie.
Qu’est-ce que le geste d’écrire ? Comment s’organiser pour créer ? Avec elle, on entre dans la machine de l’écriture. Succession de mots et de phrases, l’écriture est une besogne quotidienne aussi bien métaphysique que concrète. C’est, pour elle, autant un plaisir plein que la nécessaire fuite d’une peur souterraine.
Julia Kerninon écrit et exemplifie d’un même geste comment un livre se compose depuis le brouillon jusqu’à la publication. Dans sa forme, le livre fonctionne en mimant le mouvement de la pensée qui erre, zigzague, hésite.
La nécessité d’écrire
Chaque jour, reprendre l’ouvrage. Écrire, écrire, écrire mais toujours cachée. Soustraite au regard des proches. On avance, on recule, on ajoute, on retire, on biffe, on tape mais c’est avec le désir qu’il faut avancer sur la page. Julia Kerninon commence à écrire dès l’enfance. Elle écrit avec une machine à écrire et fabrique de petits livres de fortune en découpant des feuilles de papier. Maintenant, c’est à l’ordinateur qu’elle tape. Elle ouvre un document qu’elle ne renomme d’un titre que quand le livre est déjà bien avancé. Puis, vient la construction progressive du texte. Elle cherche un ordre, échange avec son éditrice, déplace les paragraphes, effectue ses relectures et ses ratures.
Je relis mon texte, et je le passe du présent au passé, de la première personne à la troisième. Je le découpe, le malaxe, je le déplace, j’essaie de trouver la bonne forme, le bon rythme, je cherche des solutions dans les livres que j’aime.
Coquilles – Julia Kerninon
Même si sa mère n’aime pas qu’elle use de la métaphore, elle se sert de la métaphore culinaire pour dire son artisanat. Faire croître le livre, incorporer les bouts de texte, doucement, comme des « blancs en neige dans une pâte à gâteau » ou faire monter le livre comme un « levain ». Lecteur, lectrice, nous croyons alors qu’elle est sur le point de nous révéler les trucs et astuces, les habitudes et contraintes qu’elle s’impose pour faire son métier. Mais, on se trompe …
« Des rituels d’écriture – tu parles – (…) c’est l’écriture qui est un rituel, c’est la vie elle-même ». Sa thèse, consacrée aux interviews des romanciers américains, cherchait certes à scruter « leurs horaires, leurs instruments, mais aussi en quoi consistait réellement ce travail ». Néanmoins, cette soif de lire sur la vie des autres ne résout pas l’énigme qu’elle constitue. « Je lis des biographies parce que je veux savoir à quoi ressemble une vie en entier pourtant personne ne sait quoi faire. ( …) Tout le monde est perdu. »
Coquilles de Julia Kerninon exprime le doute, la solitude, le couple, la maternité, l’angoisse, le désir, le syndrome de la bonne élève, la peur de l’échec car, tout cela, est aussi l’écriture, son terreau, son énergie, sa matière.








