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Rencontre avec Sam Sauvage :« Il paraît qu’il faut avoir une gueule. Moi, c’est sûr, j’en ai eu une »

Crédit : Hugo Lardenet

Sam Sauvage, nouvelle star montante de la pop française, nous dévoile un 1er album dansant, touchant et mature intitulé Mesdames, Messieurs !. Sorti le 30 janvier dernier, plongez avec nous dans le monde passionnant de ce jeune artiste fraichement couronné de la révélation Masculine des Victoires de la Musique 2026.

Hugo Brébion, plus connu sous le nom de Sam Sauvage, vient s’installer chaudement dans l’univers intrépide et prisé de la pop-rock française. Projeter sur le devant de la scène grâce aux réseaux sociaux, ce jeune artiste à la voix de velours nous présente son 1ᵉʳ album nommé : Mesdames Messieurs !. Venant tout droit de Boulogne-sur-Mer, le gamin à l’enfance parfois difficile décide de s’installer sur la capitale pour tenter sa chance. C’est donc un pari réussi, car tandis qu’il enchaine les concerts sold out depuis les quelques dernières années, il se voit comparer à Bashung, David Byrne ou encore Brel, et surtout, après quelques EP et 1 album, se voit récompenser du prix de la révélation masculine lors des Victoires de la Musique 2026.

Hugo est un personnage tendre et généreux. Il pose son regard sur notre société de la plus belle des manières pour en faire des chansons. Vous le verrez dans cette rencontre avec Maze où nous parlerons de danse, de marginaux, de harcèlement, de féminicide, ou encore de la fin du monde. Mais avant même de découvrir ce fabuleux être humain, Sam a reçu une grande vague de harcèlement digital après sa victoire aux Victoires de la Musique, nous en parlons dans l’interview, cela ne le touche plus depuis longtemps et pour preuve. En réponse à ses haters, l’artiste nous aura dévoilé une sublime chanson d’amour pour ses détracteurs car pour lui, il n’a pas de haine à jeter mais que de l’amour à donner. Bravo Sam Sauvage !

Crédit : Thomas Soulet

Ton premier album s’intitule Mesdames, Messieurs !, avec un point d’exclamation. On a l’impression que tu vas faire une annonce importante. Qu’est-ce que tu vas annoncer avec cet album ? Qu’est-ce que tu comptes annoncer ?

Au-delà d’être une annonce, c’est plus une injonction. C’est presque une demande aux gens de m’écouter. Parce qu’en tant qu’artiste inconnu, en tant qu’émergent, c’est comme ça qu’on nous définit et c’est ce que nous sommes aussi, il y a un peu la volonté de proposer aux gens un regard sur le monde, sur mes chansons. Tout ça vient d’un regard et c’est le mien. Je le propose et c’est pour ça « Mesdames Messieurs ! ». C’est un peu une exclamation en disant «  voilà  », comme un cri au public. Je viens vous donner mes constats. Donc c’est un peu ça l’idée. 

Est-ce que tu peux me parler de ton cheminement pour passer du DIY que tu faisais dans ta chambre à enregistrer au studio de Zaho de Sagazan pour finir avec une production légèrement plus électronique ? 

J’ai quand même eu la volonté de garder mon truc un peu authentique. C’est-à-dire que quand j’ai commencé à Boulogne, c’était pareil, dans ma chambre d’adolescent, j’avais ma fausse cuisine qui était ma chambre. Mais maintenant, j’ai retrouvé ma cuisine à Paris. Il y a un truc où j’ai toujours travaillé comme ça et je pense que ça ne changera jamais. J’ai besoin de commencer seul, etc. Là c’est juste que pour l’album, en effet, on a voulu après aller vers d’autres choses, c’est-à-dire travailler avec les arrangeurs de Zaho, mais je n’étais pas venu chercher le son de Zaho, j’étais venu chercher la sensibilité qu’ils avaient. Et ça a été une belle preuve de bon choix, parce que Pierre et Simon ont vraiment apporté quelque chose à l’album que moi je cherchais.

Et ce cheminement, il s’est fait un peu par réflexion, c’est-à-dire, est-ce que là j’ai le morceau, par exemple, «  Le Langage de l’Amour  » est-ce qu’on le laisse comme ça ? On l’a laissé tel quel, parce qu’on s’est dit qu’il était bien comme ça. Ça ne servait à rien d’aller chercher autre part du son. Et après «  Il Pleut Des Femmes » qui est un morceau important, plus grave, comme «  Un Cri Dans Le Métro  » aussi, des choses comme ça, on s’est dit vas-y on va aller chercher une autre couleur. Pareil pour «  Avis de Tempête  », on a travaillé aussi avec David, David Enfrein qui est mon bassiste aussi aujourd’hui, et lui pareil qui est très punk, très rentre-dedans. Du coup j’allais chercher ses caractéristiques de personnalité chez certaines personnes. 

Moi, je suis plus celui qui écoute. Il y a un truc où le regard que j’ai sur les gens, il est, et essaye d’être en tout cas, sans jugement. 

Tu parles justement d’«  Avis de Tempête  », on est d’accord, ça va être la chanson d’intro de tes concerts ? 

Même pas non, on commence souvent par « Les Gens qui Dansent », mais il y a moyen que ça puisse. Ça pourrait être l’inverse. On commence par « Les Gens qui Dansent » parce que moi j’adore. J’aime pas le truc en mode « on attend LE morceau », surtout que moi j’ai pas de tube. Si j’avais un gros tube, je comprendrais, mais là y’a pas de tube. C’est le morceau qui a le plus marché des autres, qui a fait connaître le truc un peu. J’aime bien commencer par ça parce que ça fait plaisir aux gens et puis c’est un peu le morceau d’échauffement. Par contre « Avis de Tempête », oui, c’est le morceau qu’on joue souvent avant les titres de fin. On passe par toutes les émotions et on fait ça pour tout lâcher. 

Tu parlais du regard aussi dans ton album, il y a plusieurs obsessions dans ta musique. Tu as une espèce d’obsession pour les marginaux. Je pense forcément à «  Un Cris dans le Métro  », à «  Ali roule la nuit  ». D’où vient ce regard sur les autres ? 

Je ne suis pas très observateur de lieux, de paysages. Par exemple, s’il y a un détail dans la pièce qu’il ne fallait pas louper. Moi, je n’ai pas d’œil, en fait. C’est bizarre de dire ça, mais j’ai plus d’oreilles que d’yeux. Par contre, j’ai des oreilles pour ce que disent les gens. Même si là on est en interview et je fais que de parler de moi. (Rires) Et c’est très dur pour moi parce que c’est pas un truc que je fais beaucoup. C’est autre chose. Moi, je suis plus celui qui écoute. Il y a un truc où le regard que j’ai sur les gens, il est, et essaye d’être en tout cas, sans jugement. 

Je trouve qu’il y a beaucoup de chansons qui donnent des leçons. J’aime pas ça, je n’ai jamais été là-dedans. Je suis pas un chanteur engagé. Dans la vie je suis engagé. Je suis un citoyen engagé, je vote et tout ce qui va avec, mais au sein de Sauvage c’est pas engagé, c’est pas mon but. Je fais des constats des situations et le regard, il peut venir de plein de choses. 

Il peut venir d’une phrase que j’entends dans un bar qui me fait tilter, « Le Langage de l’Amour » c’était une phrase que quelqu’un a prononcée et que j’ai trouvée très jolie ; « Un Cri dans le Métro » c’est la situation où j’ai vu cette situation d’humanité. C’est une situation qu’on voit tout le temps, sauf que celle-là, elle sortait un peu du cadre et je me suis dit que c’était un beau moment d’humanité qu’il fallait capter. C’est comme des photographies, en fait. Après, ça reste avec le recul un truc que je fais de mon microcosme social avec mes yeux et c’est pour ça que c’est mon regard. C’est pas forcément celui de tout le monde donc je l’impose pas, je le propose. 

Et c’était quoi un peu le processus de composition de cet album avec Pierre et Simon ? 

Chaotique. (Rires) En fait, il y a des gens qui font des albums concept, il y a des gens qui font des albums avec une histoire, des liaisons. Nous, on a essayé de trouver de la cohérence, pour faire de la cohérence un peu sur les sons utilisés, mais c’est pas un truc que je mets en valeur. J’aime pas les albums concept, je raconte pas une histoire.

Chaque chanson est indépendante des unes des autres et surtout l’album, pour moi, c’est un contenant. Il faut une boîte pour mettre des chansons dedans et c’est ça un album. J’aurais très bien pu ne jamais faire d’album de ma vie, je pense. Si jamais le monde était différent et qu’il fonctionnait autrement, notamment dans l’industrie musicale, je pense que je ferais une chanson comme ça de temps en temps et puis je la mettrais à la Fnac pour la vendre, mais on peut pas faire ça, c’est galère, sinon tout le monde ferait n’importe quoi.

Est-ce que tu penses que le concept d’album est voué à périr ou c’est quelque chose au contraire qui va être repris au sérieux ?

Je ne suis personne pour en juger, mais de mes yeux et de ce que je connais et de ce qu’on me dit, je pense que ça dépend pour quel artiste. Il y a peut-être que dans la pop et la chanson, je me trompe peut-être, et dans le rap maintenant on est très single, et ça va aller de plus en plus vers ça. Quoique l’on revienne beaucoup au vinyle. Donc il y a un peu ce truc d’objet qui contient plusieurs chansons, qui est chouette aussi à garder parce que ça soutient les artistes et ça fait vraiment un souvenir matériel pour le public. 

Par contre, dans ce que faisait Pink Floyd, c’est inconcevable de sortir une chanson par une chanson. Moi je trouve que ça s’écoute comme ça, et j’adore écouter Pink Floyd en écoutant tout l’album, parce que ça me met dans quelque chose, et pour moi c’est presque un film plus qu’une chanson. 

Et puis ça ne veut pas dire que tu ne feras peut-être pas un album concept un jour.

Oui, peut-être, je me suis pas fermé la porte. Jusque là, en ce moment, je sais que c’est pas du tout mon truc. Mais peut-être que dans 10 ans, voilà. 

Crédit : Hugo Lardenet

Et tu as une autre « obsession ». Cette image de la Femme que tu as. On le voit depuis les prémices avec le morceau « Femmes ». Tu as ici, sur cet album, « Il Pleut Des Femmes », qui fait un constat sur le féminicide. D’où vient, comme tu disais, ce constat de ce qui se passe et cette « admiration » pour les femmes ? D’où est-ce que ça vient ? 

Je ne sais pas si c’est une admiration. Enfin oui, moi j’ai de l’admiration, mais bon ça paraît facile de le dire ça. J’ai de l’admiration parce que je trouve que, moi déjà, je ne vis pas ça et je trouve qu’en effet être une femme en 2026, c’est pas le truc qui a l’air le plus facile. Chaque année ça ne s’arrange pas d’ailleurs. Il y a un truc où moi quand j’ai écrit « Femmes » en 2023, c’était un peu… je pense que je comprenais pas encore bien mon sujet, c’est dur de revenir sur ces chansons mais bon je le fais avec honnêteté et sincérité. J’avais un peu une vision, mais après c’est avec l’âge, on grandit. Moi, j’ai eu la chance d’avoir une éducation où ma mère m’a inculqué le respect de la femme. 

C’est là où je voulais revenir, tu as été éduqué par une mère seule.

Par une mère seule, oui. 

C’est peut-être pour ça aussi que je voyais d’une certaine façon l’admiration, grâce à ta mère. 

J’ai une énorme admiration, par exemple pour les femmes qui se retrouvent seules. Elles sont nombreuses, on le sait, et le père se barre pendant qu’elles sont enceintes, et puis il va avec une autre meuf, et tout, c’est ce qu’on appelle la lâcheté la plus totale.  Et malheureusement, c’est encore trop courant, ça. Ou alors quand on part, on essaie de payer une pension par exemple, parce que ça n’a pas été le cas dans ma famille, c’est juste comme ça quoi. 

Donc on essaie de s’assumer, d’assumer ce qu’on fait, d’assumer ses choix, et je trouve que les femmes assument beaucoup plus leurs choix que les mecs, en général. Après, c’est pas pour faire le pote, l’allié. Moi, je ne suis pas un allié. Il n’y a pas à être allié, en fait. Il y a juste à concevoir, à essayer de comprendre, et à essayer de regarder. Déjà, poser un regard. Moi, j’ai pas la prétention de faire plus. 

Essayer d’être quelqu’un de meilleur, d’une certaine façon.

C’est ça, oui. Et puis apprendre. Et même si les luttes pour les femmes, elles sont beaucoup critiquées en ce moment, en disant qu’elles sont radicales, qu’elles sont extrêmes. On parle d’extrémisme, de féminisme. Moi, je ne sais pas ce que ça veut dire le féminisme. Je comprends que ce soit à ce point là et même si ça me coûte à moi d’une certaine manière un jour ou l’autre parce que je me fais reprendre sur une phrase, ça m’arrive aujourd’hui encore, parce qu’on ne se rend pas compte, on est des mecs. On dit un truc, même si on se croit à côté d’elles, parfois on ne comprend rien. 

C’est ce qui est arrivé quand j’ai perdu une amie d’un féminicide, c’est pour ça que j’ai écrit cette chanson. J’ai aucun problème à en parler, c’est pour ça que je t’en parle. C’était l’année dernière, c’était bien sûr, pour donner de l’exposition à ça. Et c’était très violent. C’est là aussi que je me suis rendu compte à quel point je pensais être dans le combat, naïvement, comme un jeune homme qui pouvait soit se donner la part belle, soit vraiment avec considération le faire. Ça m’a tout chamboulé. Je me suis dit : « OK, je suis complètement à côté de la plaque ». Quand j’ai ouvert le compte nous toutes sur Instagram, et que j’ai vu en fait que mon amie Lison, qui a un prénom, qui avait 23 ans, est devenu un numéro, un numéro parmi tous ces trucs-là. Quand j’ai vu ça, je me suis dit « ok, d’accord… ».

C’est quand ça arrive qu’on prend conscience. Malheureusement, c’est quand le drame arrive, proche, je ne souhaite à personne d’avoir un drame proche, et je pense que justement faire une chanson, sensibiliser les gens là-dessus, et parler de la femme avec mon regard, c’est-à-dire celui d’un jeune homme éduqué de 25 ans, qui essaye de faire ce qu’il peut là-dedans, même si c’est maladroit, je prends le risque.

Et je reprends sur le «  Roi du silence  », chanson sur ton père absent. Très beau piano-voix. J’imagine que c’est un exemple que tu ne suivras jamais, mais ce que je voulais savoir aussi, c’est que dans tes chansons tu parles souvent de ta malchance en amour. Est-ce que tu penses que ce serait un peu à cause de ce père absent que cette malchance s’est créée ? 

N’importe quel psy dirait oui. Je pense que oui, quand même. On est un peu psychologues et on n’a même pas besoin de faire des études de psychologie pour savoir que l’absence d’un père… Après, j’ai eu de la chance parce que je n’ai manqué de rien. Donc est-ce que c’est vraiment à cause de ça ? J’ai eu une mère tellement aimante qui a tellement comblé l’espace et un grand-père en plus qui a joué le rôle du paternel. 

Tu as écrit une chanson sur lui intitulée «  Mon Grand-père et Moi  ».

En plus, sur le premier EP, tout premier. Il y a un peu un truc où j’ai manqué de rien et la vie a fait son cours. Il y a plein de gens qui n’ont pas cette chance-là d’avoir cette figure-là et qui, eux, ont des gros problèmes. Mais ça n’a pas été mon cas. La malchance en amour, elle vient aussi du fait que bon, c’est juste que je ne sais pas comment vivre en amour non plus, ça vient aussi de là. 

Tu te sens maladroit ? 

Oui mais il y a un truc que j’avais dit dans le Figaro, ils l’ont ressorti en titre en disant « Sam Sauvage est un mauvais amoureux ». ( Rires ) Comme si c’était People Angèle, ça m’a tué de rire. Alors que tout le monde s’en fout. Mais bon oui, j’en parle et je raconte plus les histoires d’amour des autres et surtout le rapport qu’on a à l’amour aujourd’hui qui a beaucoup changé, je pense. Avec des points positifs comme des points négatifs. Donc il y a ce truc où j’aime bien analyser ça et je pense que je m’analyse un peu moi-même en analysant les autres. 

La chanson «  J’Suis Pas Bo «  où tu parles de physique. C’est quelque chose qui t’a impacté, j’imagine, étant jeune ?

Tout à fait. 

Tu dis même dans une interview que c’était plus ou moins pour ça qu’à la base tu avais repris la musique, parce que tu voulais avoir l’image de musicien pour éviter les rires. Moi je trouve ça assez ironique d’une certaine façon. Parce que si tu te sentais déjà pas beau à cette époque-là, pourquoi avoir quand même étalé en fait sa musique et ta personne sur les réseaux sociaux ?

C’est tout le paradoxe. En fait moi je pense que j’ai une personnalité où je me suis un peu autoéduqué à foncer. Ça a pris du temps mais au collège j’étais pas bien du tout, j’étais plein d’acné, j’étais à Boulogne-sur-Mer. C’est pas une grande ville, c’est Boulogne donc les enfants sont méchants, il y a un truc où on est entre nous. Il n’y a pas beaucoup de potes à se faire donc il faut se les faire très vite. Moi, j’ai raté tous les coches. J’étais pas beau gosse, pas foot, pas beau gosse tout court, le théâtre non plus donc j’avais pas de potes de la culture. J’étais un peu tout seul et je savais pas trop quoi faire à part jouer à des jeux vidéo le soir quand je rentrais chez moi parce que c’étaient mes seuls potes que j’avais en ligne. 

Et en fait quand la musique est arrivée, en effet j’ai commencé la musique pour les mauvaises raisons, et après comme la musique est devenue une passion, il a fallu comment la montrer. Et en la montrant, il faut mettre son visage, il faut s’afficher. Je pense que ça a été la meilleure chose qui me soit arrivée, c’est-à qu’en fait, à force de se voir sur un écran, on ne se regarde plus.

Il paraît qu’il faut avoir une gueule. Moi, c’est sûr, j’en ai eu une. Depuis le collège, je l’ai su. Quelle gueule ? Je ne sais pas, mais en tout cas, j’ai ma gueule et maintenant, elle est là.

Donc au bout d’un moment, je veux dire, parce qu’au début, moi je me postais, je me disais : « Qu’est-ce que je suis moche sur les photos et tout ». Parce que moi j’ai un menton, j’ai pas une jaw line, tu vois, j’ai un menton qui pend là, j’ai des boutons partout, tout le temps, j’ai les oreilles décollées donc je mets mes cheveux par-dessus pour essayer d’avoir un truc. Et tous ces défauts-là, en fait, à force de les voir, au bout d’un moment, t’en as plus rien à faire. Et c’est ça qui est génial. C’est que maintenant, le physique, j’en ai plus grand-chose à faire. Alors ça reste encore un peu dur quand même parfois. 

Est-ce que ça t’a appris à t’aimer un peu plus ? J’imagine que ta mère, comme tu le dis dans cette chanson, te disait tout le temps que t’étais plus beau. 

Oui bien sûr, comme toutes les mamans. Ou sinon elle serait une vraie hypocrite. (Rires) 

Mais dans le sens où ce rapport aux réseaux sociaux t’a amené à peut-être avoir plus confiance en toi aussi ?

Je dirais pas confiance mais acceptation. Je me suis accepté. En fait, même résigné presque. C’est triste à dire, mais c’est presque ça. J’aime pas mon physique, j’aime pas me voir, je peux pas me regarder. Donc je me dis qu’il fallait faire quelque chose pour enlever ça. Et la seule façon, c’est de l’exposer, l’exposer, l’exposer. J’ai reçu plein de critiques de gens qui m’ont commenté « Syd de l’âge de glace », « Didier Bourdon Des Inconnus  » mais pas dans les meilleurs profils, des choses comme ça. 

Et en fait, j’en avais pas grand-chose à faire car au bout d’un moment il y en a eu tellement que ça devient dérisoire. Et par contre, après, ce qui était trop bien, c’est qu’on parlait de ma musique. Ça, c’est trop chouette. Et en plus, ça m’a servi, parce qu’il paraît qu’il faut avoir une gueule. Moi, c’est sûr, j’en ai eu une. Depuis le collège, je l’ai su. Quelle gueule ? Je ne sais pas, mais en tout cas, j’ai ma gueule et maintenant, elle est là. 

Je vais revenir sur une de tes chansons. Pourquoi les gens qui dansent, tu adores ? 

Pourquoi j’adore les gens qui dansent ? C’est parce que danser a un double sens. Pour moi, il y a plein de gens qui m’ont dit que c’est un peu une ode aux marginaux. Moi, je ne trouve pas. C’est plus une ode à tous les gens qui font ce qu’ils peuvent pour vivre en général. C’est pour ça que je dis « les gens pressés dans le métro ». En fait, je n’aime pas les gens qui disent qu’il y a ceux qui ont une vie normale et les autres. Je ne suis pas très là-dedans. Je trouve qu’on a tous une vie, chacun à notre façon extraordinaire. C’est notre façon de le penser.

Après, il y a plein de trucs où on va dire, il y en a qui vont dire qu’un caissier c’est une vie de merde, d’autres qui vont dire que chanteur c’est une vie de merde. Chacun son avis. C’est sûr qu’en fait les gens qui dansent, c’est ça, c’est le mélange de tout ça. J’adore voir les gens danser aussi physiquement, en boîte de nuit et tout le machin. Quand je vois les jeunes, et ça fait écho un peu à «  La Fin du Monde  », quand je dis «  le monde s’écroule sous nos pieds, ça nous empêche pas de danser  ». C’est ce que je pense aussi. 

C’est pour ça que j’adore les gens qui dansent, c’est parce que malgré tout, on danse, on fait la fête, on s’éclate et surtout on se mélange. On fait des choses. Il y a une espèce de truc, c’est la résistance face à la fin du monde. Et les gens qui dansent, c’est un peu un écho à ça.

Danser reste une belle métaphore de la vie. Cette chanson me fait penser à Tyler The Creator, qui a sorti un album dernièrement avec pour objectif de faire danser les gens. Mais faire danser les gens sans avoir peur d’être filmés, moqués, mais en se sentant libre de tout mouvement. Du coup je me demandais quel était ton avis sur cette peur du ridicule en dansant ? 

C’est très intéressant parce que si un jour tu viens au concert, tu comprendras. (Rires) En fait, comme avec le visage, il y a le corps aussi. Je n’aime pas mon corps non plus, je n’aime rien. Mais dans le sens, je suis une grande perche, tu sais, et j’en ai parlé avec Clara Luciani car elle a eu ça aussi. On en a parlé et elle m’a raconté la même chose. 

Vous vous êtes rencontrés quand tu as fait ses premières parties, c’est ça ? 

Oui c’est ça et puis c’était au Taratata qu’on a fait, elle m’avait invité à chanter une chanson et on avait parlé de ça, c’était drôle quoi. Je me suis dit : «  Ok, on a tous un gros problème ici dans cette loge !  » (Rires) T’avais toutes les stars du monde là comme ça, qui étaient en mode «  on a tous le même truc  » (ndlr  : prononcé avec une grosse voix). C’est qu’il y a une raison, c’est que je suis un peu là où je devrais être, même si bon voilà, je me suis dit qu’il y avait peut-être une chance que ce soit la légitimité. 

C’est-à-dire que, pour revenir au corps, j’étais la grande perche dans la récré. On nous voit alors qu’on n’a pas envie d’être vu. Puis je me suis retrouvé sur scène un jour, ça a vraiment été un déclencheur énorme. D’habitude je joue de la guitare, de l’harmonica et de tout ce qui passait sur scène. J’ai un concert au Mazette à Paris, la petite péniche. Il y avait pas grand monde. (Rires) Des potes et tout puis ça commençait à se remplir et je commençais à avoir peur. 

Et là, j’arrive sur scène, il y a les musiciens derrière qui commencent à jouer, c’est un des premiers en 2021. Puis là, je me rends compte que j’ai pas de guitare. Donc j’ai pas de support, je suis comme ça devant les gens, je peux pas rester comme ça. Et j’ai fait un move n’importe comment et je me suis dit : « Bah je vais me taper la honte, ça va être mis sur le réseau. Tout le monde va se foutre de ma gueule ». Et au final, tout le monde est venu à la fin me dire : « Putain, on comprend pas pourquoi mais c’est génial ». Donc j’ai continué.

Et je commençais à affiner mon truc, mais sans vraiment trop penser. Je faisais n’importe quoi. En fait, les gens adorent quand c’est n’importe quoi, parce que c’est la liberté. Ça leur fait du bien. Maintenant je me marre en le faisant. Et franchement je pense à la dérision, parce que je ne suis pas un danseur. Je suis un « expresseur ». Tu vois ? (Rires)

Mais tu as beaucoup de musiciens, je pense qu’on t’a déjà comparé à lui, comme David Byrne par exemple, qui a aussi cette mimique un peu robotique et à la fois décontractée. Et après, un peu plus dans l’interprétation, il y aurait du Jacques Brel. Mais là où je veux en venir, c’est que je me demandais si Sam Sauvage, c’était pas une sorte d’alter ego aussi, qui te permettrait un peu de t’échapper ? 

Ça l’a été. Ça l’a été au début. Maintenant, je me suis réconcilié. Avec mon vrai ego. Au début, oui, parce qu’il y a eu le truc du collège, où on se sent mal, à la fac, pareil. Plus le temps avance, plus on vieillit, moins les gens ont un regard acerbe sur les autres. Ou alors, en tout cas, ils le cachent et ça fait langue de vipère derrière. Mais moi, ça, ça ne me touche plus. Je m’en fous. Je me dis tant que c’est pas dans la face, parce que ça peut cracher au visage, mais si c’est un truc par derrière, je m’en fiche. On se cherche en fait, je me suis beaucoup cherché autant dans la voix que dans le reste. Et avec cet album, j’ai trouvé une première partie. J’ai trouvé, ça y est, je me suis réconcilié et ça va un peu mieux. 

Et ta dernière chanson, « La Fin du Monde », elle est partout. Dans le sens où elle est sur ton premier EP, sur ton deuxième et sur l’album. Pourquoi ?

Parce que je pense, c’est la première fois que je vais dire ça, mais parce qu’en effet ça fait écho. C’est un peu mon propos original, je pense. Je pense que c’était peut-être le fondement de tout. C’est ce que je pense sincèrement. 

On préfère montrer aux médias et à tous les seniors qu’on fait des TikTok stupides avec des chorées débiles, alors qu’il y a plein de jeunes qui se battent pour faire des choses.

De notre époque ?

Oui, enfin j’ai pas la prétention de faire les fondements de notre époque, mais en tout cas de mes yeux à moi, de mon humble regard. Ce qui est drôle, c’est que cette chanson, elle a un peu traversé le temps parce que je l’ai écrite en 2020. Je l’ai composé pour mon duo à l’époque Mascara et juste avant le Covid. Après le Covid, on était en mode « non mais la chanson précurseur » (rires). J’étais en mode : « Aucun problème ! ». (Rires) Bon finalement ça n’a pas fait de tube.

Ensuite j’ai fait mon premier EP, je l’ai pas mis dessus mais j’y pensais, et elle était déjà là. Ensuite j’ai eu le deuxième EP, là je la mets, l’album pareil, et je pense que je pourrais la mettre dans le prochain album aussi. Il y a un truc où, en fait, ça traverse les années, cette chanson à la con. Parce que c’est toujours pareil, c’est toujours les mêmes problèmes, toujours les mêmes trucs, et toujours les mêmes conversations qu’on a au bar avec des potes.

Parce qu’avant d’être Sam Sauvage, je suis un jeune de 25 ans qui boit des bières avec des copains. Et à chaque fois on parle de quoi ? On parle de Trump qui est en train de menacer tout le monde, on parle de tout le monde qui fait n’importe quoi sur toute la planète avec cette espèce d’angoisse générale sans qu’on ait de solution et sans même parler de politique, juste en parlant de constat quoi. C’est en fait la fin du monde, 

Par contre ce que je vois aussi, c’est que pour finir, c’est qu’il y a toute une partie de la jeunesse qu’on méprise et qu’on ne regarde pas. On préfère montrer aux médias et à tous les seniors qu’on fait des TikTok stupides avec des chorées débiles, alors qu’il y a plein de jeunes qui se battent pour faire des choses. Je ne parle pas de moi, je parle vraiment des gens genre Camille Etienne, On peut la critiquer comme on veut. Est-ce qu’elle dit des bêtises ou pas ? Moi, je ne sais pas. Mais elle est sur le front, elle se bat pour ça. Franchement, il y en a plein qui se battent. C’est pour ça que je dis que je parle de la création d’un nouveau monde. Il y a un espoir formidable.

 Si la fin du monde était demain, tu ferais quoi de ta dernière journée ?

Si la fin du monde était demain ? Je pense que je n’aurai pas le temps d’aller voir ma mère, hélas. Je passerais un coup de fil. Et puis surtout, comment je profiterais ? J’espère qu’il y aura du soleil, je me laisserai un peu. Et si je pouvais faire un énorme concert avec tous les copains. Et puis inviter tout le monde, tous ceux qui veulent venir, faire un gros concert où tout le monde joue un truc. Parce que moi, ce qui me fait vivre, c’est le live et je sais que j’ai jamais été aussi heureux que sur scène.

Dernière question, toujours en rapport avec la fin du monde : si tu avais un album ou une chanson à écouter pendant la fin du monde, ce serait lequel/laquelle ? 

J’écoute peu d’albums, donc je dirais plutôt une chanson. Je peux en écouter deux ou pas ? 

Oui, évidemment.

Du coup, j’en écoute une très triste, je dirais «  Avec le temps  » de Léo Ferré, tu sais, pour assumer. Et puis une autre un peu marrante. Je fais vraiment partie de la génération qui, sans son téléphone, galère à se souvenir des chansons, c’est quand même grave. Je dirais Jacques Dutronc avec «  Les gens sont fous, les temps sont flous  » juste pour danser sur un truc qui a un peu de sens et puis faire n’importe quoi. (Rires)

Sam Sauvage jouera à la Cigale le 31 mars pour un concert à guichet fermé mais pas d’inquiétude si vous n’avez pas eu de place, il jouera à l’Olympia le 15 décembre 2026 ainsi qu’en tournée dans toute la France du 11 mars au 11 décembre 2026.

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