Jamais deux sans trois : Jeanne Bonjour est de retour avec un nouvel EP, Look, paru fin février. Un défi artistique pour la chanteuse, qui enrichit son univers très pop et chanson française de nouvelles influences rock.
Un accord de piano, des harmonies aériennes et une bonne réverbération : le nouvel EP de Jeanne Bonjour, Look, s’ouvre tout en légèreté avec l’éponyme « Look around ». Mais ne vous y trompez pas, ce troisième projet, paru le 27 février 2026 chez Bonjour Records, ne reste pas sage bien longtemps. Après les EP 13 ans (2021) et Nouvelle Ère (2024), la chanteuse s’attelle à un mélange des genres. D’une chanson française mélancolique, elle était passée à une pop plus dansante ; la voilà désormais qui ajoute à tout cela une touche de rock. À travers sept titres, Jeanne Bonjour explore un nouvel univers, plus assumé, toujours franc et intime. Santé mentale, violences sexistes et sexuelles, affirmation de soi… sont autant de thèmes abordés dans cet opus qu’elle qualifie de « passage à l’âge adulte ».
Ce nouvel EP, c’est un renouveau artistique pour toi. Mais dès le troisième titre, on sent aussi l’importance d’un retour aux sources à Cancale, où tu as grandi, avec le clip de « Bal de fin d’année »…
Pour ce morceau, c’était hyper symbolique d’être là. Je me suis amusée avec la métaphore du bal pour raconter quelque chose de beaucoup plus sombre, une agression sexuelle. Ça parle du fait de reprendre le contrôle, de reprendre les rênes, d’être la personne qui fait les choix de sa propre vie… Donc c’était beau de parler d’une chose qui m’a beaucoup fait souffrir, mais en disant que c’est passé.
J’ai voulu un décor de teenage movie, pour dire que les teenage movies ne sont pas toujours si beaux que ça. La vie ne se passe pas comme dans les films, malheureusement. Mais dans le clip, je deviens la reine du festival, dans ma ville de cœur, avec mes proches. Maintenant, en y réfléchissant, je me dis que ça n’aurait pas pu se passer autrement.
Avant, tu avais l’impression de ne pas avoir le contrôle sur ce qui t’arrivait ?
Il y a une espèce de fierté, aujourd’hui, à me dire que je parle d’une douleur très profonde, mais maintenant j’arrive à danser dessus sur scène. C’est une frontière très fine entre prise de contrôle et libération. Parce qu’on le donne aux autres, et c’est peut-être comme ça que ça soulage. Si je peux chanter ce texte des centaines de fois, c’est que c’est de moins en moins douloureux.
Ça fait partie des thèmes que tu as souhaité aborder dans ton EP. Les violences sexistes et sexuelles, la santé mentale… Ce sont des sujets qui ne sont pas assez mis en lumière dans la chanson française, selon toi ?
Les agressions sont de plus en plus abordées, mais le thème de la santé mentale est quand même un peu tabou. Notamment les TOC, les troubles obsessionnels compulsifs. J’en ai eu honte pendant très longtemps parce que ce n’était pas abordé. Les seuls trucs qu’on voit, c’est des reportages sur Tellement Vrai à minuit… (rit) On ne montre pas assez à quel point beaucoup de gens en ont.
Tous ces thèmes, ça me fait plaisir d’en parler en chanson. Encore plus quand j’ai des retours des personnes qui m’écoutent. Quand on me dit que « Parfois je doute », c’est un morceau qui a beaucoup résonné, ça me fait trop plaisir !
C’est dans cette chanson que tu évoques un séjour à « l’hôpital ». À quelle expérience personnelle est-ce que cela fait écho ?
À chaque fois que je la chante en concert, ça me fait un peu bizarre parce que c’est le truc le plus intime sur moi. Je n’en parle pas souvent. Quand j’étais adolescente, je suis allée en maison de repos. J’étais à bout, j’étais très angoissée. J’ai dû louper l’école, ça m’a mise en retard pour le brevet… C’est des trucs bêtes, mais qui marquent vachement. Donc ça me fait plaisir qu’il y ait des gens qui l’écoutent et qui se disent : je ne suis pas toute seule à vivre ça, d’autres gens ont eu des gros moments de craquage comme ça.
Quand tu étais ado, tu aurais aimé avoir ce genre de chansons-là pour t’accompagner ?
Oui, je pense. Ce que je trouve beau, c’est de montrer qu’il y a de la joie dans tout ça. Il y a une espèce de contraste. On est triste, mais il y a aussi des moments beaux, des moments de joie. C’est humain, il y a des variations. Alors que quand j’étais ado, c’était soit la totale joie, soit la totale déprime ! Certaines musiques m’aidaient, mais des groupes comme Fauve, bon… C’est bien glauque. (rit)
Aujourd’hui, je pense à une artiste comme Yoa, qui m’a fait beaucoup de bien quand elle a sorti des morceaux. C’est cathartique, elle se sert de sa musique pour exprimer pleinement sa tristesse ou alors pour danser dessus sur scène. Je trouve que c’est trop beau à voir !
Toi aussi, sur scène, tu évolues vers ce mélange de tristesse et d’énergie…
Mon premier EP 13 ans était très sombre, et comme je suis quelqu’un de très solaire, je me disais que c’était dommage de ne pas danser. Look, c’est le parfait équilibre, quelque chose de très organique et vivant. Vivant dans tous les sens du terme : dans la tristesse comme dans la joie.
Dans ces sonorités-là, les mots résonnaient encore plus.
Jeanne Bonjour
Ça va aussi avec une nouvelle identité musicale. On sent un tournant plus rock dans cet EP…
Carrément ! J’ai commencé la musique en me disant : essayons, c’est rigolo. Après, c’est devenu mon métier et j’ai vraiment commencé à approfondir ce que je voulais raconter, ce que j’avais à apporter. Je me suis reconnectée aux sources, et je me suis rendu compte qu’elle étaient très rock. De raconter mes histoires dans ces sonorités-là, les mots résonnaient encore plus. J’ai trouvé un style qui me plaît bien.
Tu as eu des influences, des inspirations ?
J’avais un mood board avec mes références musicales en deux parties : d’où je viens, et où je vais. D’où je viens, c’est beaucoup Alain Bashung, Nino Ferrer, beaucoup de chansons avec des gens qui ont un esprit rock’n roll. Où je vais, c’est ce que j’écoutais quand j’étais petite, des morceaux qui m’accompagnent à chaque moment important de ma vie. Il y a les Rita Mitsouko, The Ting Tings, Gorillaz… que je redécouvre tous les jours.
La progression des titres de l’EP suit cette logique…
Je voulais que ce soit un EP qu’on puisse écouter d’une traite. Par exemple, en faisant un footing, en roulant en voiture… Un objet qui accompagne et qu’on vive une espèce de balade musicale. Ça commence assez doux, puis pop, rock explosif et on redescend un peu.
Pourquoi avec nommé l’EP Look ?
Ça a pu surprendre un peu, car j’écris quasiment tout le temps en français. Mais il y a quelque chose d’un peu glam rock à s’amuser de tous les langages, d’étirer les mots. « Look », je l’ai pris au sens propre du terme. S’ouvrir aux autres, arrêter de se regarder le nombril. C’était fort, c’était une mentalité !
J’aime avoir une folie dans tout ça.
Jeanne Bonjour
Cet esprit glam rock se retrouve aussi sur la pochette de l’EP…
Il y a quelque chose qui me parle dans l’esprit architectural glam. J’adore les carreaux, les lignes, les spirales… Je ne sais pas pourquoi ça me fascine. Et en même temps, j’aime avoir une folie dans tout ça. L’organisation crée le désordre, en quelque sorte. Trop de spirale tue la spirale. J’aime bien ce truc d’étirer les matières, que ça crée une espèce de folie.
À terme, penses-tu sortir un album après ces trois EP ?
On verra ce qu’il en est. J’écris beaucoup de nouveaux morceaux en ce moment et d’autres titres vont paraître avant la fin de l’année. Je m’adapte aussi à la période, à ce que les gens demandent, est-ce que l’album s’écoute encore, c’est une question… Faire un album, en tout cas, ça me tient vraiment à cœur. Donc un jour ça sortira, et ça sera super !









