CINÉMA

« Pédale rurale » – Queers en plein champs 

Pédale Rurale © Survivance
Pédale Rurale © Survivance

Dans son premier long-métrage, Pédale Rurale, Antoine Vazquez visibilise les identités queers en milieu rural. À travers le portrait tendre de Benoît, le réalisateur raconte une trajectoire de politisation qui relie l’intime au collectif. 

Pédale rurale part d’un questionnement intime de son réalisateur, jeune queer d’origine béarnaise. En master d’anthropologie, Antoine Vazquez s’intéresse aux vécus LGBTQIA+ à la campagne. En prenant la caméra, il prolonge cette réflexion de façon plus incarnée et sensible.

Ruralités LGBTQIA+ 

La personne qu’il filme s’appelle Benoît. Cet habitant de la Dordogne cultive son jardin et son identité en dehors de la norme hétérosexuelle. Pédale rurale rejoint ainsi les rares représentations de personnes queers en milieux ruraux. Les cadres urbains sont en effet omniprésents dans les imaginaires, souvent filmés comme les seuls lieux de refuge et d’émancipation pour les personnes marginalisées. Quelques réalisateurs ont filmé l’homosexualité à la campagne. Le cinéaste jardinier normand Pierre Creton l’a fait avec poésie dans Un prince, comme l’Aveyronnais Alain Guiraudie l’a fait avec trouble dans Miséricorde. Mais peu ont choisi un format documentaire qui s’intéresse aussi à la dimension politique de ces identités.

Benoît © Survivance

Pédale rurale prouve en images que ruralités et queerness peuvent être conciliés, comme ils l’ont toujours été. Le réalisateur le démontre sans didactisme, en donnant à voir avec tendresse un portrait et plusieurs autres vécus queers satellites. Des risques existent partout dans l’espace public pour celles et ceux qui sortent de la norme hétérosexuelle. Quelques bribes du récit d’une scène de violence homophobe dans un bar le rappellent. Pour autant, le film ne gomme pas les spécificités d’être queer en milieu rural. Les discussions entre personnes de la communauté habitant la région témoignent d’un rapport différent à l’anonymat et de difficultés liées à l’absence d’espaces communautaires dans les villages.

Portrait d’une fée des champs

Benoît est le personnage central dont on suit le quotidien à la fois banal et merveilleux. Son identité s’exprime dans des scènes de vie qui révèlent sa sensibilité artistique comme son lien fort avec son territoire. Benoît tisse, chante dans la forêt et danse en tournant avec une grande jupe dorée. Il jardine, fait du vélo et se baigne nu dans la rivière avec un amant. Les éléments quotidiens de son environnement, comme sa brouette, deviennent des accessoires de mise en scène de soi. Benoît est souvent filmé dans les bois, l’eau, les routes ou les champs. Son portrait dessine celui d’une fée des champs à rebours des codes urbains et hétérosexuels. 

Dans la forêt © Survivance

Du jardin à l’espace public 

Benoît est un être libre qui cultive son jardin et sa singularité, sans initialement la politiser. Le film se construit dans un mouvement subtil qui oscille entre portrait intime et récit d’une organisation collective. Les cinq ans de tournage expliquent sans doute la fluidité et l’intimité des scènes filmées au quotidien. Antoine Vazquez filme parfois sans commenter et questionne aussi son ami sur son identité, sans le brusquer. Ce sont ces échanges qui rendent perceptible une évolution de son identité. À des souvenirs douloureux dont on ne saura rien d’autre que leur violence, se mêlent des questionnements sur une identité queer dont il ne se revendique d’abord pas. Puis, la rencontre avec une communauté et l’idée d’une marche des fiertés vont changer son positionnement. Pédale Rurale filme le chemin vers une forme de politisation qui passe par la discussion, puis par l’auto-organisation.

Pride © Survivance

Fiertés rurales

La deuxième partie du documentaire inscrit sa trajectoire individuelle dans une communauté. Benoît s’approprie peu à peu le queer, au fil des rencontres qui mènent à la première marche des fiertés du Périgord vert. La dimension politique se révèle aussi face aux antagonismes. Ceux-ci sont notamment perceptibles lors d’un conseil municipal où les membres du collectif d’organisation doivent justifier de l’importance d’une marche des fiertés. La marche apparaît comme un moment de joie communautaire où les participant·e·s célèbrent leurs identités parmi les tracteurs et les slogans fleuris.  Le documentaire a contribué à cet élan de politisation, catalysant le désir déjà existant de visibiliser les fiertés rurales. Ce film est donc aussi une archive de la première marche des fiertés rurale de la région, qui en est aujourd’hui à sa troisième édition.

Pédale Rurale, un film d’Antoine Vazquez. En salles le mercredi 4 mars 2026.

You may also like

More in CINÉMA