Toutes les trois semaines, les rédacteur·ices de Maze vous proposent un tour d’horizon des albums et EP qui ont fait l’actualité musicale.
The AA – To Be Here
Imaginé tel un side project, The AA a fini par se révéler comme un groupe à part entière, habité par la puissance d’un son indie-rock riche en influences. Pour ce deuxième album, le quintet privilégie l’authenticité de son message en osant la confrontation avec les maux de notre société.
Refusant toute complaisance, la formation nous saisit par la liberté de son écriture et des sujets abordés. Car, pour surmonter les traumatismes, il faut d’abord en prendre conscience. Ainsi, les thèmes du deuil, de la manipulation, ou encore de l’addiction sont ouvertement évoqués et prennent vie aux côtés de sonorités éclectiques. Le groupe s’illustre par sa polyvalence, mêlant riffs mordants et nappes atmosphériques à une voix alternant ton rauque et angélique.
Bien qu’il dresse un portrait assez sombre, l’album n’est pas pour autant dénué d’espoir. Le titre de ce nouvel opus résonne d’ailleurs comme un mantra rappelant l’importance du moment présent afin de résister au tumulte ambiant. The AA ne se contente pas de constater les failles qui nous entourent, il aide à les combattre.
Coups de cœur : Silent Steps, Hoax Y Gen, Max Is Higher, To Be Here
Sorti le 13 février 2026
Gaël Saquer
Altin Gün – Garip
Le groupe psychédélique turc implanté à Amsterdam Altin Gün revient avec un 6ᵉ album ambitieux et enchanteur, Garip. Signifiant « Étrange », ce nouvel LP nous plonge dans les chansons folkloriques de Neşet Ertaş, légende folk turque et grand joueur de bağlama. Une nouvelle épopée retentissante et transcendante dans les méandres de la musique anatolienne, marque de fabrique du quintet.
Le groupe met de côté le disco et les grooves funky pour des notes plus rock, de la basse saturée et des guitares flamboyantes qui nous enchantent comme sur le sublime titre d’entrée « Neredesin Sen », « Zülüf Dökülmüş Yüze » et sa basse surexcitée, ou encore le kaléidoscopique et lancinant « Gönül Daği ». Mais mise à part l’apparition de cordes qui amène un vent de fraicheur chez la formation, les musiciens rendent hommage de la plus belle des manières à cet artiste vénéré, comme avec le coup de maître « Suçum Nedir » digne d’une intro d’un film James Bond du Moyen-Orient où le saxophone et les cordes nous transpercent grâce à la beauté des notes.
Encore une fois, la musique folklorique turque nous touche et nous hypnotise, surtout quand Altin Gün lui donne une deuxième vie afin de partager cette culture merveilleuse au monde entier.
Coups de cœur : Neredesin Sen, Gönül Daği, Suçum Nedir.
Sorti le 20 février 2026
Thomas Soulet
Avee Mana – Layers
Marseille est connue pour son pastis, ses calanques, son foot et JUL, mais beaucoup moins pour sa scène indie toujours aussi originale et en pleine expansion. C’est pour cela qu’on vous présente Avee Mana, quatuor déjanté qui fait briller le psyché, le garage et la dream pop sur la Côte d’Azur. Avec Layers, 1ᵉʳ bébé du groupe, les Marseillais nous plongent dans une pléthore de rock sauvage qui fait du bien.
Vous ne pourrez que secouer votre tête sur le riff de guitare distordu de « Love 101 », titre possédé aux influences Ty Segall ou encore danser sur les notes à la Devo de « Green Budgie » inspiré du malaise moderne entre frustration, fatigue et hyperconnexion. C’est à travers une psych-pop solaire et introspective que le groupe nous plonge dans leur monde sonore aux influences multiples mais hyper efficace. Chaque titre surprend par les changements de rythme, ou encore le fait de jouer entre douceur et amertume, comme sur « Stealer » claque fuzz et pop à ne pas laisser de côté.
Un premier album étonnant qui conquiert par son efficacité et ses compositions originales et détonantes. Un groupe dans le paysage rock français qui fait plaisir et qu’il faut surveiller de près pour la suite.
Coups de cœur : Love 101, Stealer, Basic Needs.
Sorti le 20 février 2026
Thomas Soulet
Bibi Club – Amaro
« C’est le fil ténu entre la vie et la mort, le deuil et la lumière », voilà comment le duo québécois Bibi Club présente son 3ᵉ album Amaro, un recueil plus sombre aux sonorités brutes et soniques. Une façon de traverser le deuil, suite à la perte de 2 proches dans une même année, avec une musique plus froide et pure mais toujours autant envoûtante.
Il est loin le temps des notes douces et solaires des précédents albums, ici nous ressentons les peurs et les questionnements face à l’imprévisibilité de la vie. Nous voguons à travers une ambiance cold wave et post-punk tout au long du cheminement de guérison qui se présente à nous. Nous ne dansons plus remplis de joie mais nous sommes animés par une fureur de vivre. Ce voyage introspectif du duo nous galvanise, nous fait réfléchir au lendemain avec fougue, stimulés par des riffs proches de la transe.
Amaro est une approche thérapeutique afin de se réparer, faire le vide pour aller mieux sans oublier. « Je veux aimer, je veux vivre » est un mantra prononcé dans le puissant morceau « George Sand » qui résume à merveille ce nouvel album funèbre et curatif.
Coups de cœur : Infinité, Amaro, Le château, George Sand.
Sortie le 27 février 2026
Thomas Soulet








