Céleste part en mission dans l’espace et laisse son Robot Guardian livré à lui-même dans une spirale mémorielle. L’Odyssée de Céleste est le premier long-métrage d’animation de Kid Koala.
Dans un décor lisse et géométrique en 3D, cette œuvre embarque le·a spectateur·ice dans l’aventure périlleuse du lâcher prise. Céleste Astridia est la fille de l’astronaute Stella Astridia. Cette dernière a disparu au fin fond de la galaxie et n’a pu qu’embrasser la Lune avant de disparaître. Céleste, jeune orpheline, est prise en charge par le Robot Guardian familial. Il se charge de tout pendant que Céleste grandit et atteint le grade de « Space Cadet ». Elle est rapidement envoyée dans l’espace pour une mission de six mois, laissant alors Robot Guardian seul.
Le choix technique d’une animation en 3D, l’utilisation de couleurs pastels, et l’aspect géométriquement parfait, donnent une sensation de candeur à L’Odyssée de Céleste. Mais ce film à l’aspect enfantin aborde toutefois des sujets qui sont bien le lot de l’âge adulte. L’Odyssée de Céleste est un film muet qui, pourtant, palabre énormément sur ce que sont les souvenirs, la perte et le changement.
Ce que l’on laisse derrière nous
Entouré uniquement du vide laissé par Céleste, Robot Guardian tente de faire passer le temps. Il s’enfonce lentement dans ses souvenirs stockés dans sa carte mémoire arrivée à saturation. Le présent se mêle au passé dans un va-et-vient constant. Le·a spectateur·rice se trouve pris·e en otage dans la mémoire défectueuse du robot. Il assiste, impuissant, à la reconstitution de ce qui fut et n’est plus, et traverse ainsi un deuil aussi bien métaphorique que réel.
L’Odyssée de Céleste est une immersion dans les archives de la construction du cocon familial de Céleste. Petit à petit, se dévoile l’histoire de ces deux personnages dans une fable diluant le passé dans le présent. Ceci permet une compréhension large et complexe des enjeux de cette relation particulière entre un robot et une jeune fille.
Parallèlement, Céleste accomplit sa mission tout en laissant libre cours à ses souvenirs. Chaque réminiscence est déclenchée par un rappel matériel. Alors qu’elle voyage à l’autre bout du cosmos, elle traverse également intérieurement les ressorts de sa mémoire qui lui présentent les lambeaux de sa famille. Tout se déroule dans un silence réconfortant, illuminé par une musique choisie à la perfection.

Sans dire un mot
Les silences imposés dans L’Odyssée de Céleste sont contournés par une omniprésence musicale. La communication s’établit à travers des bruits, des expressions et des sons. Tout ce qui est dicible se transmet à travers une entente non-verbale. Les échanges sont harmonisés, que le personnage concerné soit un robot, un humain, un chat, ou une plante. De fait, ceci autorise chaque être à transmettre ses pensées de manière naturelle puisque la parole, propre de l’humain, n’est plus la règle.
Le réalisateur convoque également la mémoire personnelle des spectateur·ice·s en utilisant des reprises d’œuvres musicales populaires comme Fly Me to the Moon, insistant ainsi sur l’empathie de chacun·e en créant un lieu à l’aspect familier.
La musique prend la place d’une communication habituellement parlée pour souligner un caractère maladroit, un gag simple, un instant d’allégresse, ou la perte soudaine d’un être cher. Les enjeux complexes de la fable sont ainsi adroitement véhiculés. La maîtrise parfaite de la bande originale s’explique par la connaissance pointue du monde musical du réalisateur, Kid Koala étant avant tout un DJ de Montréal. Il a également travaillé sur les bandes originales de films comme Baby Driver ou Scott Pilgrim vs. the World.
En fin de compte, L’Odyssée de Céleste est un film d’animation à la grande qualité technique autant visuelle, auditive que narrative. Son écriture sensible et profonde lui permet de briller jusqu’au bout de la galaxie. À la mémoire de nos souvenirs, perdus peut-être quelque part dans le cosmos.
L’Odyssée de Céleste, un film de Kid Kaola. En salles le 25 mars 2026.








