CINÉMA

« Les Filles du ciel » – Collectif sororal

Les Filles du ciel © Kris Dewitte

Avec Les Filles du ciel, la réalisatrice Bérangère McNeese signe un premier long-métrage émouvant et incarné, porté par quatre jeunes comédiennes très prometteuses.

Héloïse (Héloïse Volle) se fait attraper à la sortie d’un supermarché. Le vigile l’accuse de vol. Elle se tire de la situation et s’échappe grâce à une autre jeune fille venue faire diversion. On comprend rapidement qu’Héloïse n’a nulle part où aller. C’est aussi le cas de l’inconnue, qui la retrouve dehors plus tard et la guide jusqu’à l’endroit où elle dort.

Cet endroit, c’est un appartement au dernier étage d’un immeuble populaire. On l’appelle « le ciel », en témoigne le nom grossièrement gravé sur le métal de l’ascenseur. À l’intérieur y vivent trois filles avec un bébé, qui se soutiennent à coup de débrouille. Mallorie (Shirel Nataf), qui a recueilli Héloïse, est la mère de l’enfant, et est accompagnée de Jenna (Yowa-Angélys Tshikaya) et Mona (Mona Berard).

Communauté féminine

On ne sait rien du passé de ces jeunes filles : ce n’est pas le sujet. Leurs situations respectives les ont conduites à se retrouver dans ce lieu qu’elles partagent, où d’autres sont passées avant elles. Pour gagner leur vie, Mallorie et Mona proposent des massages à des clients lors de soirées en boîtes de nuit. Quant à Mona, en rémission suite à des addictions à la drogue, elle s’est trouvée un petit boulot plus sécurisant aux revenus stables, œuvrant à la caisse d’un supermarché.

Les Filles du ciel © Memento Distribution

Héloïse, elle, est en fugue du foyer où elle a été placée. Bien décidée à ne pas rentrer, elle entre dans ce cercle de sororité, apprenant du groupe régi par des règles assez strictes : il faut ramener de l’argent à la coloc, argent qui sera ensuite mis en commun dans un pot en verre sur le frigo, ne pas en coûter, et laisser ses problèmes hors de ce cocon féminin. Pour gagner sa pitance, Héloïse choisit alors de suivre Mona et Mallorie dans leur boîte de nuit.

Des hommes absents

Le clan est lié par une amitié très forte entre ces filles qui se frottent à des environnements violents. Le monde de la nuit apporte son lot d’hommes bien plus âgés. Les personnages masculins sont, pour la plupart, hostiles ou absents. Le film n’évoque jamais le père du bébé de Mallorie. L’éducateur du foyer d’Héloïse a entamé une relation interdite avec cette dernière et, non content d’exercer une emprise sur la jeune fille, est incapable d’assumer ses actes. Pourtant, les héroïnes font fi de ces oppressions et difficultés, riant de tout. Même en boîte, elles maîtrisent leur image et ce que l’on perçoit d’elles, misant sur des maquillages sophistiqués qu’elles enfilent comme des masques au lieu de tenues dénudées.

Mais leurs parcours de vie accidentés, qui les a forcées à grandir d’un coup, n’empêchent pas des comportements encore très adolescents. Elles ne savent pas toujours ce qu’elles font, croient qu’elles pourront toujours se débrouiller sans forcément réaliser les conséquences. Leur protection mutuelle finit par les enfermer autant qu’elle ne les renforce. Le collectif prend le dessus sur les individualités, et la part d’enfance d’Héloïse s’en trouve abîmée. C’est, paradoxalement, un personnage masculin qui va permettre de faire évoluer cette dynamique. En rencontrant Mehdi, serveur dans la boîte, Héloïse va trouver une forme d’émancipation et un lien plus apaisé au groupe.

Drame social poignant, Les Filles du ciel fait preuve d’une grande maîtrise cinématographique. Un premier long métrage réussi donc, porté par des comédiennes talentueuses. Le film a d’ailleurs remporté trois prix au Festival international du film de Saint-Jean de Luz, dont le Grand prix du Jury.

Les Filles du ciel, de Bérangère McNeese. En salles le 25 mars 2026.

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