La Guerre des prix est le premier long métrage d’Anthony Déchaux. À travers le personnage d’Audrey, il met en lumière l’opposition entre la défense d’une filière biologique et locale, et un système impitoyable dominé par la logique du prix. Le réalisateur signe un long métrage documenté autour du thème de la négociation.
Audrey (Ana Girardot) est fille d’agriculteur et cheffe de rayon dans un hypermarché en province. L’actrice de Deux moi tient ici le rôle d’une femme déterminée, Audrey, qui se voit propulsée à la centrale d’achat de son entreprise et découvre ainsi les rouages de la négociation commerciale. Son frère, interprété par Julien Frison de La Comédie française, éleveur, tente, quant à lui, de résister à l’emprise de la grande distribution.
Dans ces négociations commerciales, chaque centime devient un enjeu stratégique, et les rapports de force dominent les discussions. Le personnage d’Audrey incarne une forme d’idéalisme confronté petit à petit à la réalité d’un système structuré autour de la rentabilité. Audrey a une boussole en tête, elle est toujours dans l’action et le contrôle. Mais La Guerre des prix va, petit à petit exposer ses limites.

Les box de négociation
L’un des intérêts majeurs du film est de révéler un univers rarement représenté au cinéma : celui des centrales d’achat de la grande distribution. Pour écrire son scénario, Anthony Déchaux a mené un vrai travail de recherche. Il décrit un milieu marqué par une certaine opacité et une forme d’omerta autour des pratiques de négociation.
Audrey travaille notamment aux côtés de Bruno Fournier, interprété par Olivier Gourmet, qui lui apprend les stratégies de négociation. Ces dernières se déroulent dans de petites salles fermées, autrement appelées « box ». Ces espaces clos deviennent le décor principal du film. En les filmant comme des lieux oppressants, le réalisateur transforme ces discussions commerciales en véritables scènes de tension dramatique. Il est impossible de passer à côté du jeu d’acteur d’Olivier Gourmet, toujours debout, la voix grave et le visage fermé. Son personnage arrive toujours à ses fins. Mais au fur et à mesure de l’histoire le·a spectateur·rice découvre en lui une forme de sensibilité. En dehors des box de négociation, il adopte une figure protectrice avec Audrey, essayant à la fois de la former à la cruauté du métier tout en les préservant, elle et son frère.
Cette mise en scène rapproche le film du thriller. Les négociations ne sont plus de simples échanges économiques : elles deviennent des affrontements stratégiques où chacun·e tente de prendre l’avantage sur l’autre. Anthony Déchaux parle d’ailleurs de son film comme d’une « fiction documentée », qui mêle la précision de l’enquête à une véritable construction cinématographique.

Un réalisme brutal
Au-delà de l’univers de la grande distribution, La Guerre des prix explore aussi les conséquences de ces négociations sur le monde agricole. La relation entre Audrey et son frère Ronan, éleveur comme leurs parents, introduit une dimension plus intime au récit. Ce film met en image la confrontation entre deux mondes. Ronan incarne la douceur. Il est souvent filmé en extérieur, proche de ses animaux. Les commerciaux, quant à eux, se retrouvent dans des lieux clos et aseptisés. En faisant circuler Audrey entre ces deux univers, le film donne à voir sa tentative, naïve, d’en établir le lien. Lien qui finit toujours par se trouver exposé à une forme de réalisme brutal. Le·a spectateur·rice assiste alors petit à petit à l’implosion d’Audrey. Effectivement, tout au long du film elle intériorise ses émotions, jusqu’aux dernières scènes déterminantes. Ce réalisme brutal est incarné par le personnage de Bruno Fournier. II semble anticiper le sort des petit·e·s agriculteur·e·s face aux grandes enseignes, avant même que les négociations n’aient lieu. Il tente alors de freiner l’idéalisme d’Audrey pour la protéger, à sa manière, de la brutalité d’un système dont il connaît déjà les règles.
La Guerre des prix refuse toute conclusion simpliste. Anthony Déchaux ne cherche pas à diaboliser la grande distribution, mais à montrer la complexité d’un système où chacun·e est pris dans une logique économique plus large. Le réalisateur assume l’absence de happy end et de la même manière que le personnage d’Audrey, le long métrage se distingue par son honnêteté.
La Guerre des prix, un film d’Anthony Dechaux. En salles le 18 mars 2026.








