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Rencontre avec Camila Falquez : « Nous sommes fiers de notre identité, de notre vision et de notre art »

Arewa Basit, Performer © Camila Falquez, 2023

Alors que le Grand palais accueillait la célèbre foire internationale de photographie PARIS PHOTO, Maze  a rencontré Camila Falquez pour un entretien entre art, soie et politique.

La photographe colombienne Camila Falquez était présente au dernier Paris Photo. Son travail, constitué de portraits hauts en couleur mêle empouvoirement de ses sujets photographiques et queerness. Au centre de ses portraits, une ou plusieurs silhouettes, au regard fort, à l’allure fière, imposantes et lumineuses. L’artiste a bien voulu nous parler de la genèse de cette exposition et de son travail. Rencontre.

Sherry Poppins and Qhrist AlMighty (She/Her) © Camila Falquez, 2021

Pouvez-vous nous parler de votre travail et de l’inspiration de cette exposition ?

C’est une sélection de plusieurs séries que je travaille constamment. La plupart d’entre elles ont été réalisées au cours des quatre dernières années. Je pense que le fond de mon travail, c’est une volonté de changer les narratifs autour de la beauté, de la puissance, de l’accès, et d’entraîner la divinité. Ce sont des œuvres que j’ai réalisé en Amérique latine et aux Caraïbes. Je travaille à travers l’iconographie des religions africaines diasporiques, et avec des sujets queers. C’est une recherche pour comprendre la queerness qui est un espace où tellement de choses se passent, où tellement de manifestations du possible et de l’impossible arrivent.

Combien avez-vous fait de portraits ?

Environ 80. L’ensemble a été pris au cours de deux années et quatre voyages. Nous avons voyagé dans plusieurs villes. J’ai travaillé avec un de mes meilleurs amis, un styliste. J’essaie toujours de mélanger la photographie de mode et le portrait, mais une photo fait beaucoup, ce n’est pas suffisant pour montrer a quoi la beauté ressemble, si les gens sont tués dans la rue, si les gens sont marginalisés. Ce projet était incroyable, car j’ai pu faire que les photos liées à quelque chose de très spécifique qui peuvent changer la vie de quelqu’un.

Cello as Santa Barbara (He/Him) © Camila Falquez, 2024

Est-ce qu’il s’agit de votre premier projet ?

Non, je suis photographe depuis dix ans. Je travaille beaucoup dans la mode, j’ai rencontré Hannah, qui est ma galeriste actuelle, et elle m’a aidé à traduire mon travail vers la photographie d’art. Chaque photographie est encadrées avec de la soie. Je travaille avec cette matière, non seulement parce que c’est un beau tissu, mais surtout parce que je suis née en Europe, à Barcelone. Je suis donc très touchée par les peintures européennes. Elles ont plusieurs signes récurrents, comme le drapeau d’un saint, d’un roi. La soie signifie beaucoup de choses pour moi, comme l’accès aux colonies, l’accès à l’extraction de la route de soie. C’est un tissu qui symbolise la richesse de la colonie et de l’Empire, et donc le drame de plusieurs générations des populations touchées.

Miguel Angel Heredia (He/Him) © Camila Falquez, 2020

Est-ce qu’avec le gouvernement de Donald Trump, il est plus difficile d’amener votre travail aux États-Unis qu’en Europe ? 

Non, en fait, je pense qu’il y a un grand mouvement de résistance. Et je pense qu’aujourd’hui, ce travail est très important. Je suis aussi immigrante, donc ce travail est central pour moi. Et pour être honnête, je sens aujourd’hui plus que jamais le besoin de continuer ce travail. La collection a juste été acquise par MoMA. C’est en ce moment que je pense que ce travail est le plus nécessaire. C’est peut-être aussi un acte de résistance. Oui, je pourrais dire ça. J’ai toujours fait le travail, mais certaines institutions ressentent le besoin de protéger un travail comme le mien, de protéger la vie des gens. Ils peuvent essayer d’exterminer tout ce qu’ils veulent, mais nous existerons toujours. Nous sommes fiers de notre identité, de notre vision et de notre art.

Paris Photo édition 2025, Grand Palais.

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