LITTÉRATURE

« Protocoles » – La légalisation du meurtre

Crédit photo : Monica Nouwens / Flammarion

Abandonner la littérature pour ne plus lire que des protocoles d’exécution. Nouvellement installée aux États-Unis, Constance Debré examine les mécanismes de mise à mort dans les prisons américaines. Un récit ambitieux, mais insuffisamment abouti, sur la légalisation du meurtre.

Constance Debré est une femme de protocoles. On le devinait déjà en lisant son deuxième roman Love Me Tender, récemment adapté au cinéma avec succès par Anne Cazenave Cambet. L’autrice, tentant de récupérer la garde de son fils dont son ex-mari la prive, y raconte ses nages quotidiennes dans les piscines parisiennes. Dans ce nouveau roman qui se passe désormais aux Etats-Unis, elle n’a rien perdu de son rituel. 2,5 kilomètres de nage chaque jour, jamais une longueur de plus. Là où le protocole est un moyen de survie, un refuge pour Constance Debré, il devient une manière de dépolitiser la violence pour l’État américain lorsqu’il s’agit de la mise à mort des prisonniers. « On suit des procédures, on respecte des règles. Personne ne tue. »

Écriture aseptisée

Aux Etats-Unis, rien qu’en 2025, c’est une quarantaine d’exécutions qui ont été organisées par les services pénitenciers. Chaise électrique, pendaison, peloton d’exécution, injection. L’écrivaine dissèque la cruauté de ces gestes programmés. Avec le peloton d’exécution, « si  les tireurs ratent le cœur, l’homme meurt lentement d’hémorragie », lors d’une exécution au nitrogène, un homme « se débat pendant dix minutes », après une injection létale mal réalisée « l’odeur et le bruit sont ceux de la viande qui brûle ». 

La loi supprime les questions. La règle n’a d’autre cause ni finalité qu’elle-même. Que de devoir être accomplie. Que la soumission qui en résulte. Le reste au fond est parfaitement indifférent. – Constance Debré, Protocoles.

Au détour de ces récits, Constance Debré reprend ses habitudes littéraires. Sur le même mode que son premier roman Play-Boy, elle y glisse des réflexions sur son quotidien, allant de l’air trop sec de la Californie à sa rencontre avec une future amante dans un bar, le tout recouvert d’expressions non traduites. « Des gens que je ne connais pas me disent I think we should fuck. Ou bien Do you want to come to the magic castle with me. » 

Ce qui était au départ une ambitieuse réflexion sur la peine de mort et sa normalisation par des protocoles administratifs complexes, se dissout dans un méli-mélo d’anecdotes, pas toujours pertinentes.  L’autrice aurait-elle cédé à la paresse ? En tout cas, rien ne semble être dit, ou trop peu, sur ce qui est pourtant le sujet du livre. Les États-Unis prennent la forme de poncifs (bagnole, autoroute, argent, drogues…) mille fois écrits. Les histoires d’amour ou de sexe – pourtant brillament racontées dans son premier roman – s’évaporent dans des discussions mécaniques, sans profondeur. Même l’examen approfondi des règles de mise à mort cède parfois aux facilités d’écriture. Pas de regard nouveau, ni de véritable proposition littéraire. Un livre, à l’image des protocoles, sans vie.

Protocoles, Constance Debré, Editions Flammarion, 19 euros.

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