CINÉMA

« La vie après Siham » – À nos promesses non-tenues

© Météore Films

Namir promet à sa mère, Siham, qu’ils feront un «  vrai film  » ensemble. La mort emporte Siham et la promesse de Namir.

Namir Abdel Messeeh est un réalisateur franco-égyptien dont le sujet de prédilection est sa famille. En 2005, il réalise le court-métrage Toi, Waguih, revenant sur la mémoire de son père, prisonnier politique en Égypte durant cinq ans. À la suite de cela, il conçoit le long-métrage La Vierge, les coptes et moi, une enquête documentée sur les apparitions de la Vierge en Égypte.

Habitué à enquêter dans le passé de sa famille, Namir Abdel Messeeh revient sur ce qu’était la vie avec sa mère. Il interroge son père, Waguih, une nouvelle fois.

La vie après Siham n’est ponctuée que de Siham

Plongeant dans les ressorts du deuil, Namir nous présente ce à quoi ressemble la vie après Siham, qui était impétueuse, rêveuse, et très proche de son fils. Malgré son départ, tout transpire de ce qu’elle était. La persistance émotionnelle et mémorielle traverse les années sous le regard impuissant de Namir et de la caméra. Le réalisateur aborde la disparition de sa mère avec tendresse et résilience, en proposant un titre quasiment hors-sujet car il met en avant l’idée qu’il n’y a, finalement, pas d’après Siham.

Les membres de la famille Abdel Messeeh passent leur temps à évoquer Siham. Elle demeure donc dans l’amour que lui portent ses proches d’Égypte et de France. Comme si dans leur « Je t’aime  », se cachait un : « Tu es et seras éternelle tant que mon cœur bat.  »

Siham, Waguih et Namir lorsqu’il était enfant.
Météore Films ©

Une éternité que Namir offre à sa mère en l’immortalisant à l’écran. Comme pour conjurer le sort d’une mémoire possiblement défaillante, il s’accroche aux images déjà tournées. Une faveur qu’il fait également à son père.

Dans ce récit familial touchant et doux, nous retrouvons un vécu universel. À travers une approche documentaire très intime, Namir expose les vulnérabilités qui découlent d’un décès. Il se concentre notamment sur son père, pour qui le chagrin est une montagne insurmontable. Le réalisateur présente également ses failles, cherchant sa mère au détour d’un couloir ou de l’autre côté du téléphone.

Bien qu’il s’agisse d’un documentaire, Namir Abdel Messeeh prend des libertés créatives. Il donne à voir la façon dont s’immisce Siham dans le quotidien, même après son départ. Dans une séquence, Namir cherche son père dans l’appartement familial, mais il entend des bribes de la voix de sa mère. Grâce à un montage sonore, le·a spectateur·ice est invité·e à percevoir le chancellement des repères du personnage principal. On finit par y croire : Siham est encore là. Le réalisateur nous emporte dans son déni, phase imparable du deuil.

En quête de la vérité

En essayant de comprendre qui était sa mère, Namir interroge son père Waguih. Il tente de la voir à travers ses yeux, notamment en passant par la première rencontre de ses parents et leur mariage. Les fables se mélangent aux faits, et il se retrouve face à une réalité diluée dans un verre d’inventions. Il confronte l’histoire d’un amour perdu racontée par Siham, et celle du coup de foudre rapportée par Waguih. Frustré, il se rend à l’évidence avec le·e spectateur·ice : il ne connaîtra jamais la vérité.

L’évidence saute aux yeux et au cœur : les morts emportent leurs secrets, leur mémoire et leurs histoires avec eux. Bien qu’il ait tenté de creuser le récit de ses parents, le départ soudain de Siham met un terme à l’enquête sans fin de Namir.

La vie après Siham n’est rien d’autre qu’une tentative de Namir Abdel Messeeh de tenir la promesse qu’il avait faite à sa mère. In fine, elle devient tout de même l’héroïne d’une comédie romantique, d’une tragédie, d’un grand film égyptien, comme elle en rêvait.

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