Tous les troisièmes vendredis du mois, les rédacteur·ice·s de Maze vous proposent une sélection de films à (re)voir sur les plateformes VOD. Au programme de ce mois de février, nous vous proposons deux longs-métrages et un court.
Margaret de Kenneth Lonergan (2011)
Réalisé par Kenneth Lonergan (connu surtout pour Manchester by the Sea, sorti en 2016), Margaret raconte l’histoire de la jeune Lisa (Anna Patkins). Lycéenne new-yorkaise à la forte personnalité, elle vit avec sa mère (J. Smith-Cameron), actrice de théâtre. Un jour, un accident de la route coûte la vie à une femme. Lisa y assiste, impuissante, et devient persuadée qu’elle est responsable. La culpabilité la ronge. La jeune femme tente alors de réparer ce qui a été cassé, en interagissant avec ses professeur·e·s, sa famille et ses ami·e·s.
Se déroulant seulement quelques années après les attentats du 11 septembre, Margaret montre un New York habité par la division, les débats politiques sur la place des États-Unis à l’échelle internationale, et les inégalités entre les classes sociales. Kenneth Lonergan met au centre de son film une jeune femme qui apprend, dévastée, que le monde ne tourne pas autour d’elle, et que chaque personn(age)e qui l’entoure mène à bien sa propre existence.
Le film propose un casting étonnant, où des acteur·rice·s connu·e·s jouent des seconds rôles. L’on retrouve Matt Damon en prof, et Mark Ruffalo en chauffeur de bus. Margaret est un trésor caché du cinéaste américain ; très peu diffusé au moment de sa sortie, il mérite absolument le détour.
À (re)voir sur Disney+ (abonnement)
Sophie Jacquier
Peau d’Âne de Jacques Demy (1970)
De retour sur France Télévisions jusqu’au 24 mars 2026, le chef-d’œuvre du cinéma de Jacques Demy, Peau d’Âne, voit s’offrir l’occasion d’être (re)découvert. Plus gros succès du réalisateur au box-office juste avant Les Demoiselles de Rochefort, le film ne se démode toujours pas – plus de cinquante ans après sa sortie.
Inspiré du conte éponyme de Charles Perrault, l’adaptation en comédie musicale de Demy nous emmène dans un univers féerique et merveilleux. L’on y retrouve Catherine Deneuve, actrice fétiche du réalisateur, dans le rôle principal. Elle interprète une princesse qui décide de fuir le château familial sous une peau d’âne, pour ne pas épouser son propre père, le roi. Le film marque probablement le meilleur du duo Deneuve-Demy, avec des éléments aujourd’hui cultes. Entre autres, les robes couleur de lune, du temps et du soleil, que la princesse demande à son père.
À travers la photographie colorée et l’extravagance du cinéma de Demy, le tableau obtenu est assez kitsch. Pourtant, il colle parfaitement à l’histoire d’amour surréaliste que le réalisateur nous raconte. Émerveillé·e·s par le récit, l’on oublierait presque la fée au double jeu et l’amour incestueux du roi, cherchant chez sa fille le souvenir de sa défunte femme.
Les chansons du film, composées par Michel Legrand sur les paroles de Jacques Demy, restent en tête à coup sûr. Les déclarations d’amour en musique des deux amants, dont la fameuse Recette pour un cake d’amour, chantée par Anne Germain – qui double Catherine Deneuve -, donnent réellement vie au récit. Une autre recette est celle, parfaitement exécutée, du casting maîtrisé : Jean Marais, Jacques Perrin ou encore Delphine Seyrig.
Dès le « Il était une fois » sur lequel débute le film, le Peau d’Âne de Demy, qu’il soit ou non une histoire de notre enfance, nous transporte pour une heure et vingt minutes d’un conte de fées mémorable.
À (re)voir sur france.tv (accès gratuit)
Léa Raymond
Au Bain des Dames de Margaux Fournier (2025)
« SOUTIF OBLIGATOIRE LES VIEILLES »
C’est à ce charmant tag que sont confrontées Joëlle et ses amies septuagénaires sur la plage marseillaise du Bain des Dames. Qu’importe, elles n’ont que faire des injonctions âgistes. Elles préfèrent bronzer librement, la poitrine nue, sans jamais s’excuser d’être qui elles sont. Ces corps de femmes vieillissantes, que certains voudraient voir cachés, prennent toute la place dans le court-métrage de Margaux Fournier.
La jeune réalisatrice marseillaise filme frontalement leurs peaux dorées, leurs plis et leur éclat naturel. Elle nous plonge joyeusement en immersion avec ces dames qui grillent leurs années de retraite à la plage. Entre amies, elles rient et s’interrogent sur ce qu’il faudrait faire de ces corps qui changent. Elles parlent aussi d’amour et de sexe avec une gouaille qui coule à flots. Derrière les apparences moquées et les blagues réussies émergent aussi des bribes d’histoires de dominations et de résistances. Ce concentré de soleil est nominé aux César 2026.
À (re)voir sur france.tv (accès gratuit)
Julie Tronchon








