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Rencontre avec Rosemarie :  « J’avais besoin de poser des mots et de prendre un peu de recul »

Credit: Cléo-Nikita Thomasson

Rosemarie, artiste et poète lyonnaise, nous dévoile son oeuvre romantique et touchante Réparer. Un album azuré, sorti fin octobre dernier, qui vous fera revivre vos plus beaux souvenirs d’été.

Si l’été vous manque, que le soleil vous délaisse pour l’obscurité des nuits interminables de l’hiver, que la couleur de l’eau bleue vous semble bien trop lointaine, nous vous invitons fortement à écouter Rosemarie, interprète lyonnaise à la poésie douce et mélancolique. Après un 1ᵉʳ EP sorti en 2022, intitulé Printemps, notre poétesse revient avec son 1ᵉʳ album sibyllin et rêveur, Réparer, où ses notes de piano et la production Mancinienne d’Olivier Koundouno nous rappellent les plus beaux paysages de la Méditerranée.

Avant de commencer par ton album, j’aimerais que tu me parles un peu de ton nom d’artiste, Rosemarie. Est-ce que c’est une sorte d’alter ego et comment t’est venue cette idée ?

Rosemarie : Je ne sais pas si c’est une sorte d’alter ego, on va dire que ça se confond avec moi-même et mon moi civil. Mais j’ai un nom très commun, Marie Robert, et c’est vrai que pour un nom d’artiste, c’est pas évident, ça manquait un peu de poésie pour moi. Donc à un moment, il a fallu choisir un nom. Et sur les débuts, les premiers morceaux que j’ai sortis, il y avait beaucoup d’univers autour des fleurs, du végétal et tout ça. Donc voilà, ça a un peu nourri ma réflexion. Et j’ai une arrière-grand-mère qui s’appelait Marie-Rose. Et voilà, tout ça mis bout à bout a fait que j’ai choisi ce nom en un seul mot qui est Rosemarie. 

Tu parles de poésie et ton album est très poétique. Quelle est l’importance de la poésie dans ton art ?

Très important. En fait, avant, j’écrivais en anglais, mais sans forcément lire de poésie en anglais. Par contre, je lisais déjà pas mal de poésie en français. Et je pense que la poésie m’a inspirée sur l’écriture en français avant la chanson française en soi. Voilà et aujourd’hui je lis autant de romans que de poésie. C’est quelque chose qui fait partie de mon quotidien et qui est important. 

Pour ce premier album, ça fait un mois maintenant qu’il est sorti, quels ont été les retours ? 

Bon mais je pense que ça va rester assez confidentiel, mais je n’avais pas mis trop d’attente non plus dessus. Je suis déjà très fière d’être arrivée au bout de ce projet-là et du résultat. J’ai l’impression que ce n’est pas tout à fait fini parce qu’on a des soucis avec les vinyles, on a des soucis avec le merch, etc. Et j’espère aussi qu’il y aura surtout des concerts pour le défendre, donc le processus n’est pas terminé, mais ça s’est bien passé.

Le nom de l’album est Réparer, c’est assez implicite. Qu’est-ce que tu avais besoin de réparer ? 

Vaste question et question intime aussi. En même temps, l’album est intime mais il aborde pas mal de sujets de pardon, de deuil, de colère, ça parle de la mort aussi, de la dépression. Et voilà, je pense que c’était tous ces sujets-là sur lesquels j’avais besoin de poser des mots et de prendre un peu de recul. Pour mon merch, j’ai fait un petit livret que j’ai écrit moi-même qui s’appelle Qu’est-ce qu’on cherche à réparer ? et qui peut-être peut donner des idées.

On ne peut pas passer à côté de la production sur cet album, qui est sublime, avec Olivier Koundouno. Je voulais savoir, car tu as déjà travaillé avec lui sur ton EP, pourquoi avoir continué avec lui ? Et qu’est-ce qu’il a apporté à cet univers de Rosemarie ?

Les premiers morceaux de Rosemarie sont vraiment nés avec Olivier, parce que comme je le disais avant, je chantais en anglais sous un autre nom, très piano-voix et très épuré en termes d’arrangements. J’ai enregistré les premiers morceaux de l’EP en présence d’Olivier qui m’a ouvert des portes. On avait très peu de moyens, très peu de temps, etc. Mais ça m’a ouvert des portes et ça m’a ouvert sur un univers artistique un peu plus élargi. Et du coup pour moi c’était assez évident, vu sa sensibilité, ses compétences, ses connaissances et son côté multicasquette, multiartistique de travailler avec lui. Pour moi c’était vraiment un binôme sur cet album et s’il n’avait pas été là, peut-être que l’album existerait mais il n’aurait pas du tout la même tête. 

Et est-ce qu’il n’a pas été aussi un peu le précurseur de la réparation que tu cherchais ici ? Car avant de créer Rosemarie tu pensais peut-être être tout abandonné.

C’est vrai que j’ai raconté ça. Oui, en fait, je chantais en anglais et c’était pas censé être la fin de ce projet musical, mais j’étais accompagnée par un festival qui s’appelle les Nouvelles Voix en Beaujolais qui est vers chez moi à Lyon et qui m’a mis à disposition pendant une semaine un studio avec quelqu’un pour m’accompagner sur l’artistique. C’était Olivier en l’occurrence que je ne connaissais pas et que j’ai rencontré à ce moment-là.

J’y suis allé un peu en traînant les pieds mais je pense que j’étais pas très bien dans ma vie à ce moment-là et pas très en phase avec ma musique. Je me disais que c’était du gâchis, ce serait mieux que quelqu’un d’autre en profite, alors que moi ce que je fais ça ne sert plus à rien. Très positif comme état d’esprit. (Rires)

Et du coup j’ai rencontré Olivier à ce moment-là et j’avais deux-trois chansons en anglais et j’avais deux-trois textes en français qui n’étaient même pas des chansons mais qui étaient des poèmes pour moi. Et j’ai mis ces poèmes-là en musique, qu’on a arrangée directement avec Olivier sur place et là je me suis dit : «  bah si en fait je vais encore faire de la musique mais je vais faire ça  ». 

Pourquoi avoir choisi d’implanter ce titre instrumental «  Ouverture  » avant de commencer à chanter dans l’album ?

L’idée c’était de planter un décor. C’était assez évident pour Olivier et moi de commencer l’album par «  La mer  » qui est finalement la première chanson de l’album. Mais on avait besoin de cet espace, un peu de tumulte et d’ouverture sur l’imagination parce qu’il n’y a pas de mots, etc. Et pour après retomber dans cette crique qui est «  la mer  » et pour nous c’est un effet de contraste et d’ouverture sur l’imaginaire pour installer les gens dans l’album directement dans l’ambiance. 

Justement, tu parlais de ta première chanson, «  La Mer  ». Apparemment, ça s’inspire d’un livre intitulé Océan Mer de Barrico. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette inspiration littéraire et pourquoi aussi «  La Mer  » a été le titre clé de ton album ? 

Il y a même eu deux livres d’inspiration pour cet album que j’ai lus à peu près en même temps, à la même période. C’est donc Océan-mer de Barrico et Les débuts de Claire Marin. C’est marrant parce que « marin », « la mer », ce n’est pas fait exprès, mais Claire Marin est plutôt philosophe, donc ce n’est pas un roman. 

Dans le roman de Barrico, il y a ce personnage qui consigne le début et la fin de toutes les choses, et notamment de la mer. Et en fait, où est le début et où est la fin de la mer ? Finalement, le début c’est la fin. C’est ce qui a donné le thème de la chanson. En même temps, je traversais une période où, après beaucoup d’intensité, j’étais en vacances à la mer justement, et où je me rendais compte que j’avais vraiment trop forcé et fait trop de choses. C’était le moment du repos. C’est la fin de quelque chose mais pareil c’est le début d’autre chose aussi.

Du coup pour toi la mer c’est un bon endroit pour se réparer ? 

Oui totalement. Après faut aimer l’eau, faut aimer le sel, faut aimer le sable, il y a plein de gens qui détestent tout ça mais chacun ses goûts. Pour moi c’est important et du coup c’est aussi pour ça que ça a planté pas mal l’univers visuel de l’album.

Est-ce qu’on peut parler de la musique du titre « Nénuphar », inspiré par L’Écume des jours de Boris Vian ?

Oui, alors la référence littéraire, elle est directe sur ce titre puisque c’est les premiers mots de la chanson « Un nénuphar dans les poumons ». Ça fait longtemps que j’ai lu ce livre. J’ai vu un film aussi. Dans cette chanson, je parle de justement d’un deuil d’une proche qui est décédée d‘un cancer du poumon. C’est une certaine forme d’hommage, et j’avais besoin de recul. Ce n’était pas quelqu’un de ma famille, mais c’était important pour moi aussi parce que c’était la maman de quelqu’un de très proche qui est encore là dans mon quotidien. Enfin voilà, il y avait un besoin d’hommage et de me rattacher au bon souvenir de cette personne-là. Et puis après, un besoin aussi de poésie parce que difficile d’aborder la mort très frontalement aussi et la maladie et tout ça. 

Est-ce que le fait de la mettre en chanson, ça serait pas une façon de la rendre éternelle ?

Oui, au moins pour moi et pour ses proches. On pourra jamais prendre de nouvelles photos de cette personne donc on peut inventer des choses et créer des choses pour rendre hommage.

Il y a une chanson qui m’a énormément plu et étonné car elle est faite acappela. «  Fleuve  » est très courte, mais très intense. Elle résume un peu à la perfection cet album. Est-ce que tu peux me décrire cette chanson ? 

En termes d’écriture, c’est quelque chose qui est arrivé à la fin du processus de l’album. Je pense, comme tu dis, c’est un peu un résumé de plein de sujets qui ont déjà été évoqués. Mais je pense que quand je l’ai écrit, je me suis dit : « je ne suis pas sûre que tout le monde a bien entendu ce que j’avais à dire. Je vais le dire de façon un peu plus frontale. » Et au départ, je voulais en faire plus une chanson, mais je me suis rendue compte que pour le coup aller enrober ce texte là, ça ne lui apportait pas forcément grand chose. Jusqu’au bout je n’étais pas sûre de la mettre sur l’album parce que pour le coup je trouvais que c’était assez frontal et plus difficile à assumer. 

Et ton instrument principal, c’est le piano. Et je voulais savoir ce que représente pour toi ce piano ?

J’avais envie de dire un ami, mais j’avais peur que ce soit cliché. En tout cas, c’est un compagnon qui est là depuis que j’ai 6 ans. Je le délaisse parfois et je prends du plaisir à le retrouver. Je suis pas une virtuose mais je suis bien avec mon piano.

Est-ce que tu le vois comme un médicament ? 

Non, plus un soutien et quelque chose pour ma compagnie mais je pourrais me passer de lui. Pas toute ma vie mais en tout cas je sais que je pourrais m’en passer alors qu’il y a certaines choses dont je pourrais pas me passer dans mon quotidien.

J’aimerais parler aussi de l’esthétique des photos de Cléo Nikita, ainsi que des vidéos clips de Fanny Magot. Pourquoi avoir fait appel à elles ?

J’ai commencé par faire appel à Cléo parce que j’avais déjà vu ses photos et que, notamment quand j’ai écrit « La mer » et que je passais du temps à nager dans la mer et que je pensais à cette chanson, j’avais les images de Cléo dans la tête alors que je ne lui avais jamais parlé. Je me suis dit que c’était un signe qu’il fallait peut-être que je la sollicite.

Elle travaille beaucoup sur la jeunesse insulaire, sur la réparation aussi. Elle est obsédée par la couleur bleue. Donc ça nous a fait quelques points en commun. Il se trouve que c’est aussi la cousine de ma meilleure amie d’enfance. Je l’avais rencontrée en Grèce quand j’avais peut-être 13 ans. Mais on ne se rappelait pas qu’on s’était déjà rencontrées là-bas (rires). Des choses comme ça, des connexions et donc vraiment pour son attachement pour la mer. Pour Fanny, c’est une très bonne amie de Cléo. Donc pareil, je connaissais déjà ses photos mais je la connaissais pas du tout et en vidéo je connaissais pas trop son travail. C’est Cléo qui me l’a recommandé.

Crédit : Cléo Nikita Thomasson

Dans les photos de Cléo, il y a beaucoup ce lien terre-mer ? Est-ce que c’était quelque chose de voulu ? 

On avait cadré un endroit où on voulait faire ces photos-là. Ça se situe dans le Var, pas loin du château de Brégançon. C’est vers la plage de l’Estagnole, pas très loin de Hyères. Moi, c’est un endroit où je passe mes vacances depuis plus longtemps que je fais du piano. Donc pour moi, c’était assez évident d’aller faire ces photos là-bas. Et oui, elle a un attachement aux matières, aux textures, aux contrastes terre-eau. On n’avait pas forcément orienté sur ce contraste-là, mais en tout cas, je suis allée la chercher pour son univers.

Et tu as créé ton propre Label avec Claire Days ? C’était obligatoire de sortir tout ça en indépendant ? 

Obligatoire, pas forcément, ça dépend comment on veut faire les choses et pourquoi on les fait. Moi j’ai plein d’autres casquettes dans cet univers-là comme administratrice, chargée de production, je suis manageuse de Claire Days aussi en fait, donc j’ai ce côté structuration et vouloir faire les choses bien qui fait partie de mon quotidien. En fait, j’ai déjà sollicité des labels et j’ai déjà eu la possibilité de travailler avec quelques-un mais pas avec la liberté que j’ai eue là. Ça demande beaucoup d’énergie et d’argent de faire un album comme ça. Mais être structurée de cette façon, ça m’a permis quand même de payer tout le monde correctement, d’avoir des financements et d’avoir cette liberté là et d’être fière de A à Z de mon artisanat. 

Est-ce que vous avez prévu de créer un projet ensemble ?

On n’a jamais officiellement collaboré ensemble, Claire est guitariste sur cet album là, elle fait un peu de chœur aussi. On s’est dit que c’était aussi l’idée d’avoir cette maison commune, ce label, pour pouvoir se permettre de faire des choses ensemble en tout cas pour l’instant il y a rien d’officiellement prévu mais ça peut arriver 

Dernière question, est-ce que tu peux me donner une chanson qui te fait penser à la mer ?

Je dirais « Derniers baisers » de Laurent Voulzy. Je l’écoutais en boucle quand elle est sortie. On avait le CD à la maison et j’imaginais un amour d’été qui se terminerait pour moi alors que j’avais 13 ans et rien vécu du tout ! 

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