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TOP – Les meilleurs livres de l’année 2025

© Guillaume Lacoste / La Croisée

Comme chaque année, voici venu le temps des tops ! Pour 2025, la sélection des coups de cœur de la rédaction réunit de nombreux genres, du roman à la bande dessinée.

L’incendiaire – Constance Rivière

S’appuyant sur le mythe de Cassandre – celle qui dit la vérité sans jamais être crue – L’Incendiaire, quatrième roman de Constance Rivière, évoque le sort réservé aux lanceurs d’alerte. S’inspirant de son expérience en tant que Défenseur des droits, l’autrice dissèque les violences subies par ceux – le plus souvent celles – qui dénoncent les dysfonctionnements de notre société. Alors qu’elle est revenue dans sa ville natale dix ans après l’avoir subitement quittée, Alexandra découvre que l’usine chimique dans laquelle elle travaille ne respecte pas les normes de sécurité pourtant primordiales à son fonctionnement. S’ensuit alors une lutte acharnée contre le silence et les tentatives d’intimidation. Un roman nécessaire et captivant sur les trajectoires de vie de ceux qui ont osé parler là où tout le monde préférait se taire !

Tiphaine Dubuard

L’incendiaire de Constance Rivière, éditions Stock, 20,50 €

Le problème avec les fantômes – Mirion Malle

Combien de temps vivent les fantômes ? Mirion Malle propose une réponse graphique à cette inextricable question du deuil. Elle la pose avec sensibilité, humour et tendresse. Le problème avec les fantômes suit un gang de quatre amies montréalaises dont l’équilibre va être bousculé par le récit du fantôme de leur ami Caleb. L’idée d’une présence surnaturelle et l’irruption de son souvenir provoquent chez chacune des réactions différentes. Aux failles des personnages se mêlent des émotions complexes : colère, culpabilité, tristesse mêlée à une peine qui prend toute la place. Le roman graphique donne une place aux silences, aux douleurs et aux non-dits avec une douceur infinie, dans le récit comme dans l’écriture. Comme souvent chez Mirion Malle, cette épreuve est aussi l’occasion de donner à voir des relations d’amitiés fortes qui aident à avancer. Les couleurs chaudes et le soin immense dans l’écriture et les relations, parviennent à consoler le cœur des lecteur·ices. Mirion Malle rappelle qu’il n’y a pas de mode d’emploi face à la perte d’un·e être aimé·e, juste un chemin pour tenter de prendre soin des autres et des souvenirs.

Julie Tronchon

Le Problème avec les fantômes de Mirion Malle, éditions Glénat, 22,00 €

Paul prend la forme d’une fille mortelle – Andrea Lawlor

La rentrée littéraire de septembre nous a offert un cadeau : la traduction en langue française de Paul prend la forme d’une fille mortelle. Un livre queer, multiple, foisonnant et espiègle. Paul traverse les années 90 à toute vitesse avec un petit secret : il peut changer de genre à volonté. Naviguant entre les milieux, il use de ce pouvoir pour explorer sa sexualité et briser la binarité de genre. Avec finesse et humour, Andrea Lawlor balade ses personnages dans une Amérique du Nord atypique et rafraichissante. À dévorer pour avoir la nostalgie des années 90 et le souffle du présent.

Anaïs Dinarque

Paul prend la forme d’une fille mortelle d’Andrea Lawlor, éditions La Croisée, 23€

Tressaillir – Maria Pourchet

Maria Pourchet poursuit son examen des relations amoureuses modernes avec ce récit d’une femme qui traverse une «  boucherie  » lorsqu’elle s’«  arrache  » à son conjoint, sa fille et son foyer. Cette aventure ordinaire lui permet surtout de continuer à déployer un style furieusement contemporain, à la fois fébrile et malicieux, pour décrire le courage terrifiant qu’exige la sortie du confort normé. Après Feu et d’avantage que Western, «  Tressaillir  » est sans doute le titre qui cristallise le mieux la chimie particulière de son esthétique : une dialectique féconde entre fragilité et virtuosité, encapsulée dans cette phrase : «  La décision de fabriquer un faux n’exige qu’un minimum de déshinibition et d’inconséquence, des ressources qui me manqueront toujours moins que la morale et la tranquillité.  » Pourchet, elle, ne fabrique que du vrai, et cheminer avec sa prose demeure une expérience littéraire jouissive.

Enzo Hanart

Tressaillir de Maria Pourchet, éditions Stock, 21,90 €

Avale – Séphora Pondi

Ça commence dans les chiottes d’un centre commercial. Après des mois de harcèlement, Tom dévore, littéralement, la chair de Lame Kabé, une comédienne jeune, noire et grosse en pleine ascension. Dans ce récit en forme de thriller, Séphora Pondi (elle-même comédienne, talentueuse, jeune, noire, grosse et en pleine ascension), explore les vies quasi symétriques de ces deux corps gros (Tom, harcelé ; Lame, adulée) auxquels la société a réservé des traitements radicalement différents. Cet excellent premier roman fourmille de descriptions neuves, à l’image de ces scènes de bouffes, mi-jouissives, mi-répugnantes. Surtout, il encapsule très bien l’air du temps, et embrasse de nombreuses préoccupations propres à la fameuse « Gen Z » : le rapport que nous entretenons à la célébrité, à l’amitié, aux standards de beauté, et, évidemment, au racisme.

Emma Poesy

Avale de Séphora Pondi, éditions Grasset, 20,00 €

Des faits marquants – Margaux Manchon

C’est drôle, intelligent et marquant. Pour sa première BD, Margaux Manchon frappe fort dans l’humour et l’autodérision. La bédéaste présente des dizaines de faits de pop culture française ou occidentale pour les transformer en anecdotes croustillantes. Même les diffusions d’Interville et de La Petite maison dans la prairie sont passées au crible. La BD est assaisonnée par-ci, par-là de test de personnalité au sérieux très scientifique et de réflexions personnelles. Une légèreté bienvenue en cette année 2025.

Anaïs Dinarque

Des faits marquants de Margaux Manchon, éditions L’Agrume, 16.90€

Les Terres indomptées – Lauren Groff

Dix-septième siècle, sur un territoire que l’on n’appelle pas encore les États-Unis d’Amérique. Une jeune fille dont on ne saura jamais le nom, faute de dialogues, s’échappe par le petit trou d’une palissade. Ce faisant, elle quitte le fort dans lequel se planquent des dizaines de colons anglais, encerclés par le froid, la faim, et les autochtones à qui ils ont déclaré la guerre. Partie, elle marche. Sans savoir où, sans savoir vers qui. De cette intrigue minimale, la grande écrivaine américaine Lauren Groff tire un récit d’aventure somptueux : en ne s’éloignant jamais du corps — fragile et désobéissant — de son petit personnage, la romancière dresse le portrait physique, quasi charnel, de la sensation de liberté. Et lorsque ce personnage ne peut voir la grâce de ce qui se trouve autour de lui (les familles de Natives Americans qui l’entourent et la laissent vivre, l’abondance naturelle de leurs forêts), le regard paisible et subversif d’une narratrice prend le relais. Et montre, sans fard, qui sont les vrais barbares, qui sont ceux qui vivent en paix.

Emma Poesy

Les Terres indomptées de Lauren Groff, éditions de l’Olivier, 23,50 €

Jouer le jeu – Fatima Daas

2025 a signé le retour remarqué de Fatima Daas. En parallèle de l’adaptation cinématographique de son premier roman, l’autrice publiait son deuxième récit aux éditions de l’Olivier. Un livre concis qui présente l’air de rien des thématiques importantes : l’amour de l’écriture, le faux épouvantail de la méritocratie et l’emprise malsaine d’une professeure sur son élève. Le tout raconté avec un phrasé mélodieux et une apparente simplicité trompeuse.

Anaïs Dinarque

Jouer le jeu de Fatima Daas, éditions de l’Olivier, 20,00 €

Faire de la place – Karine Sahler

Et si le fait d’être moins encombré était plus révolutionnaire qu’il n’y paraît ? Derrière ce titre qui sonne développement personnel, l’autrice Karine Sahler explore nos manières très contemporaines de se fermer — au sens de fermer nos écoutilles, notre sensibilité — au monde. Il y a, bien sûr, le fait de crouler sous des objets jetables dont on ne sait pas prendre soin, mais aussi le fait d’exposer nos corps à de la mauvaise nourriture, de se priver de sommeil, d’avaler profusion de « contenus » sur les réseaux, de podcasts, d’émissions qui font le commentaire du commentaire politique… Sans jamais oublier de nommer le système économique et politique dans lequel s’inscrit cet « encombrement », l’ex-agrégée de géographie, qui refusé de « parvenir » (d’embrasser la réussite sociale que son diplôme lui promettait), dessine le chemin d’une émancipation douce et désirable, faite de petits riens très politiques qui, mis bout à bout, font tout.

Emma Poesy

Faire de la place de Karine Sahler, collection Les Renversantes, 17 .

Lessivée – Alison Bechdel

Alison Bechdel est lessivée. Les années Trump qui succèdent aux années Covid, provoquent chez cette angoissée chronique des crises de panique. Depuis la publication de L’essentiel des gouines à suivre, la bédéaste s’alarme : le monde bascule de plus en plus dans un conservatisme décomplexé. Alors aux grands maux, les grands remèdes ! L’autrice glisse dans l’autofiction pour mieux présenter un miroir déformant à l’époque. Même si l’optimisme naïf est loin d’être sa marque de fabrique, Bechdel porte comme toujours une perspective ironique et tendre sur le monde, notamment via les portraits de ses ami·es queer. Pour rester lucide sans perdre en bienveillance.

Anaïs Dinarque

Lessivée d’Alison Bechdel, éditions Denoël, 28.00 €

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