Ouvrant la compétition au PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival) 2025, Mag Mag de Yuriyan Retriever est un merveilleux pot-pourri, aussi effrayant que drôle et touchant.
Première réalisation de l’humoriste japonaise Yuriyan Retriever, Mag Mag ne semble pas, au premier abord, vouloir s’aventurer du côté de la comédie. Reprenant tous les codes de la J-Horror (légende urbaine, lycée, fantôme féminin aux longs cheveux noirs), la réalisatrice en profite aussi pour rendre hommage par sa mise en scène à certains des grands noms du genre – la première séquence du film se rapproche parfaitement du style de Hideo Nakata, réalisateur des deux premiers Ring.
Toutefois, Mag Mag n’est pas un film hommage. Dès cette séquence finie, Yuriyan Retriever reprend les commandes et impose un style déjanté qui va crescendo. L’horreur disparaît peu à peu du récit et laisse place à une enquête paranormale où l’humour domine.
Instabilité créatrice
Le film n’est d’ailleurs jamais constant, jamais « stable ». À chaque nouveau « chapitre », l’histoire s’étoffe de nouveaux éléments narratifs et la mise en scène s’accélère. Cette instabilité est à double tranchant : elle fascine certain·e·s spectateur·rice·s, mais en perd d’autres qui n’arrivent pas à suivre cette enquête totalement décousue. Les protagonistes changent tout le temps, les lieux aussi, et Sanae (Sara Minami), l’une des personnes qui sert d’enquêtrice, semble trouver les victimes de la malédiction par pur hasard. Or, cette instabilité est le reflet du personnage. Stalkeuse d’Hiroshi, victime du fantôme éponyme, c’est sa personnalité compulsive et dérangée qui envahit peu à peu la mise en scène.
Personnage principal sans l’être, Sanae est une force chaotique dans un récit classique. Elle est le moteur du film, sa véritable originalité, et sûrement l’incarnation de la réalisatrice elle-même. Yuriyan Retriever contamine totalement cette histoire typique du J-Horror en y ajoutant toute sa personne. Les étranges apparitions de Sanae prennent alors tout leur sens. Elle n’est pas censée être là. L’histoire se règle presque totalement sans elle. Pourtant, elle reste l’intérêt principal des spectateur·rice·s et contribue à un scénario, certes loufoque, mais pas dénué de sens.
Harceleurs et harcelées
Toute l’histoire de Mag Mag tourne autour du harcèlement et des violences, qu’elles soient physiques ou morales. Plus particulièrement, le film se concentre sur les violences touchant les femmes. L’exploitation, les violences conjugales, le harcèlement scolaire : tous ces thèmes traversent le récit et permettent de questionner la figure du fantôme japonais féminin. Mais aussi, et surtout, le rôle de la femme dans la société japonaise. Yuriyan Retriever fait alors un merveilleux usage du J-Horror et de ses codes. Elle accepte tous les clichés du genre au début de son film, avant de les retourner contre le·a spectateur·rice.
Le fantôme perd alors peu à peu son aspect effrayant pour devenir un outil narratif. En-dehors de Sanae, chacune de ses victimes correspond à un chapitre du film. Or, si ces chapitres sont toujours centrés autour des personnages masculins, ce sont pourtant les personnages féminins parcourant ces histoires qui sont les véritables victimes. Ces dernières sont harcelées, manipulées, trompées, abusées, utilisées par des hommes dont le destin funeste semble, finalement, un simple retour de bâton.
Si ce bouleversement des codes ne plaira pas à tous·tes, Mag Mag reste un excellent renouveau du genre.








