Clôturé par Scarlet et l’éternité le mardi 16 décembre, le PIFFF a déroulé une programmation privilégiant (trop ?) les réactions du public.
Sisu : le chemin de la vengeance, le film d’ouverture du PIFFF, a ouvert la voie à un torrent de violence assumée tout au long de la semaine. Film d’action décomplexé qui fait fi de la physique au profit d’une mise en scène déjantée, il annonçait en grande pompe ce à quoi les spectateur·rice·s pouvaient s’attendre : de la violence, du sang, des suites, et une thématique « fantastique » qu’il faudrait chercher autre part que dans le scénario. Car Sisu : le chemin de la vengeance n’est pas un film fantastique en soi. Se déroulant dans une Finlande post Seconde Guerre mondiale, Sisu 2, suite de Sisu : de l’or et du sang, suit une histoire se déroulant dans un contexte bien réel. C’est la mise en scène surréaliste qui classe le film dans la catégorie fantastique.

Étrange départ pour ce Festival international du film fantastique de Paris, dont la magnifique affiche montrant une soucoupe volante n’aura, finalement, aucun lien avec les films proposés cette année. Ce premier film fut suivi du magnifique Vampire Hunter D : Bloodlust, film d’animation mélangeant vampires et science-fiction. Cette double séance d’ouverture promettait une programmation détonante, bien que parfois questionnable, voire à la limite de la mauvaise blague.
Violence omniprésente
Que ce soit dans les films en compétition ou non, une violence très graphique a parcouru la programmation. Parfois justifiée par la narration à travers une véritable réflexion sur les motivations des personnages, elle apparaissait toutefois souvent maladroite et gratuite. Deux films de la compétition illustrent très bien ces deux extrêmes.
D’un côté, Redux Redux propose une histoire de vengeance et d’univers parallèle où le personnage principal, Irene Kelly (Michaela McManus), assassine de manière extrêmement violente, dans chaque univers dans lequel elle se transporte, l’homme qui a tué sa fille dans le propre univers d’Irene. Cette incessante vendetta la ronge entièrement et la déshumanise peu à peu. Si le film manque un peu de rythme, il n’empêche que la violence, qu’il n’hésite pas à montrer, est un point clef de la narration.

De l’autre côté, Appofeniacs met en garde face aux dangers pouvant naître des deepfakes, ces vidéos générées par IA reproduisant le visage et la voix de certaines personnes. Or, si le postulat de base fonctionne, le film se perd très vite dans un étalage de violence et de moments « chocs », qui s’éloignent totalement du sujet.
Bien sûr, cette violence n’a pas déplu au public, et chaque mort extravagante fut accueillie par son lot d’applaudissement. Pourtant, cette fête du gore et de la violence n’est pas représentative du palmarès du festival.
L’inventivité avant tout
Pour cette édition 2025, le public a récompensé Junk World dans la compétition de longs métrages, ainsi que Clown Song et Dernière Neige, gagnants respectifs des compétitions de courts métrages internationaux et français. Trois films inventifs, où la violence n’est pas le cœur de la mise en scène. Ils n’étaient pas les seuls, évidemment, à sortir du lot. Dans la compétition, par exemple, Orfeo reprenait le mythe d’Orphée et d’Eurydice avec une grande liberté créatrice, faisant côtoyer prises de vues réelles, stop-motion, maquettes et dessins. Hors compétition, c’est Taroman Expo Explosion qui a enchanté le public par son excentricité et la justesse de ses propos. Dans les séances parallèles, The Last Viking, avec son humour noir et son histoire touchante, a su émouvoir les spectateur·rice·s.

Tous ces films, auxquels s’ajoute Mārama, Silence, Mag Mag, ou encore The Holy Boy, ont réussi à faire de ce festival une réussite. Ils font honneur au fantastique. Ils en exploitent tout le potentiel créatif, toute la liberté qui naît de l’éloignement du réel. Malheureusement, le nombre de prix distribués – seulement deux pour les longs métrages – ne permet pas de récompenser toutes ces œuvres. Surtout, un grand nombre de ces films n’ont toujours pas de distributeurs français. Leur avenir reste incertain, malgré leurs indéniables qualités. Espérons que leurs projections et leur médiatisation apportera l’engouement nécessaire à leur diffusion.
Rareté et découverte
Du reste, c’est peut-être ce dernier point qui demeure le plus important au PIFFF : la diffusion de films rares, peu ou pas diffusés en France. Outre les nombreuses projections de films contemporains, le festival met d’ailleurs un point d’honneur à proposer une catégorie « film culte » originale, mélangeant films gros budget oubliés et pépites indépendantes méconnues. Ainsi, les spectateur·rice·s du festival auront pu découvrir ou redécouvrir Vampire Hunter D : Bloodlust, Kissed, Apocalypto, Mort de rire, Save the green planet et L’au-delà, dans d’excellentes conditions. Les moyens déployés pour proposer ces projections sont titanesques, et tout a été fait pour proposer les films, quitte à devoir récupérer des bobines 35mm – comme pour Kissed.

Or, dans ce magnifique espace de partage de toute la créativité et de l’inventivité humaine, la présence de Fuck my son ! (Todd Rohal), en séance interdite, apparaît comme une mauvaise blague. Film n’ayant pour but que de choquer, Fuck my son ! aurait pu passer, et être oublié de toustes. Mais le film utilise abondamment l’intelligence artificielle générative, et ce, sans aucune remise en question de ce mode de production de contenu vidéo vidé de toute âme, de toute passion. Il choque ainsi plus par cet acte que par son propre scénario – vide de sens et d’utilité.
La sélection de ce film interroge et remet en question l’intégrité du festival lui-même. Mais la récompense obtenu par Junk World contrebalance cette sélection insensée. Le public a choisi l’œuvre la plus anti-IA possible. Junk World est un film qui fait honneur à la création humaine de la plus visible des manières. Des heures, des années de travail, sont récompensées par ce prix qui lance un message clair : l’effort et la créativité humaine surpasseront toujours les images fast-food sans âme créées par l’intelligence artificielle.








