Œil d’Or du PIFFF 2025, Junk World, deuxième long métrage de Takahide Hori, développe l’univers fantastique et étrange du réalisateur.
Junk Head était un produit brut, fruit d’un travail de longue haleine du réalisateur presque seul. Difficilement accessible – pas de vrais dialogues, une direction artistique déroutante et dérangeante à certains moments, une histoire lente dont la fin n’est pas une conclusion –, ce film a toutefois trouvé son public et permis au réalisateur de trouver des financements pour un deuxième métrage : Junk World. Ce dernier n’est pourtant pas une suite, mais bien un préquel qui développe l’histoire de ce monde étrange. Le défi était alors de taille. Ce deuxième opus aurait pu détruire le charme même du premier film : une plongée dans l’inconnu et l’étrange qui a envoûté les spectateur·rice·s. Cependant, l’expérience accumulée par le réalisateur, et l’aide de quelques personnes, a donné naissance à un film plus drôle, plus beau, plus engageant que Junk Head. Un film qui a enchanté, à raison, les spectateur·rice·s du PIFFF.
Dévoiler sans gâcher
Junk World est un préquel se déroulant 1000 ans avant les événements de Junk Head. Très éloigné de ce dernier, il ne sert pas tant à comprendre les origines des personnages, mais plutôt à développer l’univers du réalisateur. Ainsi, le film se permet une voix off explicative racontant comment les Mulligans, des créatures artificielles créées par les humains, ont développé une conscience et ont mené une guerre contre ces derniers. Le conflit s’est soldé par une paix fragile. C’est la fin des mystères. Hori dévoile tout sur tout. Où sont les humains ? À la surface. Comment se reproduisent les Mulligans ? Ils se clonent.
Mais la fin des mystères n’amène pas la fin de l’étrange. Le body horror, la violence, et les références sexuelles dérangeantes sont toujours là. De plus, en offrant déjà certaines réponses, en enlevant de l’esprit des spectateur·rice·s des questions qu’iels pourraient se poser, Hori rend l’univers plus accessible. Le film touche alors un public plus large, moins habitué à ce genre de création totalement folles.
Faire plus avec moins
Presque seul aux manettes, Hori construit ses décors, ses personnages, et filme en autonomie complète. Cette méthode de réalisation induit forcément des temps de production assez long. Mais le réalisateur a réussi à adapter sa narration à ce mode de production. Les décors sont sobres ou réutilisés à plusieurs occasions de manière cohérente. Ainsi, la période de construction est réduite, et ce temps économisé est utilisé pour travailler la mise en scène, qui s’est grandement enrichie par rapport au premier opus. Les combats sont plus dynamiques, plus rapides, plus fous.
Toute l’expérience accumulée par le réalisateur lors de la création de Junk Head, et tous les retours critiques qu’il a pu recevoir, ont été pris en compte pour ce préquel. Sans abandonner sa manière de travailler, Hori réussit à créer une histoire plus engageante, plus grande, plus travaillée. Et le tout s’effectue plus vite – seulement trois ans auront été nécessaires à la réalisation de Junk World, contre les sept années de Junk Head. Projet de passionné et projet passionnant, ce préquel mérite plus que jamais son prix. En attendant le troisième et dernier film de cette trilogie, les spectateur·rice·s pourront (re)voir ces deux films pour y déceler toutes les différences narratives, et surtout remarquer la force du travail de ce réalisateur à l’esprit totalement décalé.
Junk World, un film de Takahide Hori, en salle prochainement.








