Sorti en salles le 26 novembre 2025, L’Intermédiaire (Relay) confirme l’intérêt de David Mackenzie pour les récits nuancés et les personnages en marge. Un thriller élégant, parfois hésitant, dont l’évidence demeure Riz Ahmed.
Dans L’Intermédiaire, David Mackenzie s’intéresse aux trajectoires brisées, à la frontière entre le secret et la vérité. Le film suit un intermédiaire discret chargé de protéger des sources prêtes à dévoiler des informations sensibles sur les méfaits de grands groupes pharmaceutiques. Jusqu’au jour où l’une d’elles se rétracte soudainement. Ce changement de cap entraîne une série de tensions, au sein d’un système où la parole peut sauver autant qu’elle peut détruire. Le récit observe alors comment la peur, la loyauté ou l’opportunisme redessinent les lignes de responsabilité. Il interroge la place de celles et ceux qui se retrouvent entre le pouvoir, l’éthique, et leurs propres limites.
Intermédiaire, entre tension et rétention
Dès les premières scènes, L’Intermédiaire dévoile une mise en scène d’une grande netteté. La caméra est fluide, le cadre est maîtrisé, l’atmosphère feutrée. Les codes du thriller semblent présents, toutefois sans s’imposer totalement. Le film emprunte à plusieurs genres : suspense politique, drame psychologique, récit d’espionnage — pour finalement refuser de se fixer. Cette oscillation confère au récit une forme de liberté visuelle et narrative. Elle atténue cependant l’intensité attendue d’un film censé provoquer des sensations fortes – au sens littéral. Dans ce territoire intermédiaire, la menace reste diffuse plutôt que frontale. Cette position flottante construit un rythme particulier, fait de glissements plus que de ruptures. Le film avance lentement, sans toujours trouver la pression dramatique qui aurait pu renforcer son efficacité.
Au fil de l’intrigue, L’Intermédiaire laisse entrevoir une réflexion sur les actes répréhensibles des industries pharmaceutiques, et sur les mécanismes qui étouffent les lanceurs d’alertes. Cette dimension politique ne repose pas sur des héros exemplaires, mais sur des personnages hésitants, parfois tentés par la rétractation plutôt que par la révélation. Une approche qui ouvre un champ rarement assumé dans les thrillers américains : celui des zones morales grises. La vérité dépend alors moins d’un acte héroïque que d’une somme de renoncements ou de sursauts tardifs. L’idée, riche en potentiel, ne devient pleinement palpable que dans la dernière partie du film, mais ne mord jamais franchement.
La première heure installe minutieusement les enjeux, mais se dilate. Comme si la fin du récit était atteinte prématurément. Cette construction longue aurait pu servir la montée progressive de la force narrative, mais produit plutôt une attente passive. Ce relâchement prépare cependant un sursaut. Lorsqu’un pivot narratif surgit enfin, le film retrouve une énergie plus vive. Du mouvement et de la clarté sont réinjectés dans les enjeux. Ce basculement n’efface pas tout à fait les relâchements initiaux, mais redonne une impulsion bienvenue. Mackenzie se révèle chef d’orchestre talentueux lorsqu’il resserre son dispositif.

Riz Ahmed, pivot magnétique
Dans cette géométrie incertaine, la prestation de Riz Ahmed (Sound of Metal) est comme un centre de gravité. L’acteur incarne un personnage guidé par la retenue. Il est façonné par les silences et les hésitations, que son corps trahit parfois malgré lui. Ce jeu minimaliste, précis, donne de la profondeur à un rôle qui repose largement sur la tension intérieure. Chaque scène portée par Ahmed concentre le film, lui offre une intensité que la mise en scène n’assure que peu. Cette densité souligne en contrepoint la fragilité d’autres personnages, notamment celui interprété par Lily James. Sa trajectoire se déploie avec une certaine finesse, mais manque d’assise. Brutalement redéfinie par le plot twist final, la nature même de son personnage s’en trouve rétroactivement changée. Cette reconfiguration tardive altère sa crédibilité plutôt que de la complexifier. Cela affaiblit aussi la dynamique instaurée avec le protagoniste interprété par Ahmed. La relation amoureuse esquissée plus tôt ne peut plus s’imposer. Sur le papier, elle est subtile, mais insuffisante pour convaincre d’une rupture dramaturgique. Le choix d’un dénouement non romantique renforce toutefois la cohérence réaliste du film, tout en laissant une légère frustration.
À la fin, L’Intermédiaire laisse l’image d’un récit qui préfère la nuance à la démonstration. Son identité se construit davantage dans l’intervalle entre les genres que dans l’affirmation d’un modèle. Cette hésitation peut créer des zones de flottement. Cependant, elle confère aussi une souplesse singulière, évitant les automatismes du thriller contemporain. Si le film ne tranche pas toujours, il observe avec un intérêt sobre les lignes fragiles qui séparent la parole du silence, la responsabilité du renoncement, et la peur du courage.








