LITTÉRATURE

« Cordon tombe » – Récit rétroactif

© éditions du commun
© éditions du commun

Aurélie Olivier publie Cordon tombe, un court texte qui retrace dans une prose poétique sa naissance après un déni de grossesse total. C’est l’histoire d’un bébé qui arrive en trombe, sans prévenir, sans préalable et à qui on ne dira rien de cette surprenante histoire.

Autrice et directrice de l’association Littérature, etc, Aurélie Olivier a dirigé l’ouvrage Lettres aux jeunes poétesses (2021) paru aux éditions de l’Arche qui, faisant écho au texte de Rilke, réunit plusieurs textes de poétesses contemporaines. En 2023 sort son premier texte personnel, Corps de ferme, aux éditions du Commun. Elle fait paraître en cette rentrée littéraire, Cordon tombe, un texte éclair sur la réappropriation de son origine.

Cordon tombe est un poème autobiographique d’un déni au carré. Approchant la quarantaine, la narratrice apprend qu’elle est née des suites d’un déni de grossesse total. Le récit de sa naissance a donc été tu au moins deux fois  : la première fois car l’enfant n’était pas attendu, la deuxième fois car l’évènement n’a pas été raconté. Elle hacke cette silenciation pour donner corps à un texte-poème, un cri de vie.

Aussi, pour échapper à la contagion des blessures, oscillant désormais entre la grossesse nerveuse, l’auto-engendrement délirant et le syndrome prémenstruel qui te cloue au lit, dans la plus grande confusion, je tente ici une échographie de rattrapage.

Cordon Tombe – Aurélie Olivier

Il était une fois la vie

Dès le réveil, au fond du lit et au moment du petit-déjeuner, elle est assaillie par des questions existentielles qui lui barrent l’accès à une respiration vitale. Alors, Aurélie Olivier fait jaillir du rien quelque chose, de la feuille blanche des caractères. Elle commence par le début c’est-à-dire l’origine. Elle reprend les codes de nos récits cosmogoniques : « Au commencement était la cellule, du latin cellula (petite chambre), dérivé de cella (local fermé), terme lui-même issu de celare (cacher)  ».

Au « pays des pépères » (celui qu’elle nous décrit), une mère n’attend pas et n’entend pas les signes du bébé qui vient. C’est une histoire « impondérable » qui survient sans qu’on ait pu l’anticiper. Ils sont trois cents par an, ces êtres qu’elle nomme des « pas perçus » ou des « inconcevables », à naître dans le secret bien gardé pour leurs mères, elles-mêmes. 

Après le temps de la documentation (émissions télé, comptes Instagram, livres, films) – où elle trouve le pire comme le meilleur – vient le temps du cri. Du silence, jaillit un bruit. Alors, elle crie de n’avoir pas été entendue. Elle se réapproprie sa naissance en interrogeant certains récits identificatoires : « Je sample une histoire ». Elle critique la figure de l’Immaculée Conception bienheureuse de voir jaillir ex-nihilo son fils dans le berceau de la crèche à Noël et toutes les images caricaturales qui oublient de dire les manques sociétaux pour accompagner les mères. 

En mêlant le narratif et le poétique, elle reprend le lexique de la natalité et de la grossesse pour faire sortir le sens de ses gongs. Elle use de l’oxymore entre naissance et avortement, entre vie et mort. Le rythme des phrases est scandé. L’anaphore vient parfois trouer la narration imageant la levée du secret de sa naissance et révélant ses effets dans le corps de l’autrice. 

Cordon tombe d’Aurélie Olivier, Éditions du commun, 80 pages, 14 euros.

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