CINÉMA

« Sam fait plus rire » – Laugh and revenge

Sam fait plus rire © Wayna Pitch
Sam fait plus rire © Wayna Pitch

Pour son premier long-métrage, Sam fait plus rire, Ally Pankiw se tourne vers le drame. En s’alliant avec l’actrice Rachel Sennot, la réalisatrice et scénariste canadienne explore les contradictions liées à la sororité et à la perte, avec une pointe d’humour. 

Sam fait plus rire (I used to be funny) raconte l’histoire de Sam (Rachel Sennot) une jeune humoriste et fille au pair qui se demande si elle doit se mêler aux recherches de Brooke (Olga Petsa), la fillette disparue dont elle était la nounou. Le récit sous forme d’ellipses alterne entre plusieurs temporalités toujours construites autour du traumatisme qu’est l’agression sexuelle de Sam par le père de Brooke. 

Le film saisit le·a spectateur·ice par des émotions en montagnes russes. Il souligne la fascination de la réalisatrice pour la psychologie de ses personnages et son engagement dans la lutte féministe. Des thématiques qu’Ally Parkiw avait déjà exploré en réalisant l’épisode « Joan is Awful  » (Joan est terrible) de la série Black Mirror, sorti en 2011 sur Netflix.

Larmes de rire et larmes de rage

Le personnage principal de Sam est un miroir de l’actrice qui l’incarne, Rachel Sennot, elle-même humoriste de stand-up. Elle a été révélée dans des comédies telles que Shiva Baby (2020),ou encore Bottoms (2023), toutes deux réalisées par Emma Seligman. La comédienne brille par son jeu alliant humour déjanté et drame personnel. Le tragique est toujours subtil, dissimulé sous une réalité légère et recouvert par des blagues. Elle incarne les deux facettes de Sam, l’une hilarante et l’autre tragique, et porte le film avec un magnétisme envoûtant.

Dans le film, Sam est une humoriste à grand succès. Ses blagues portent sur des sujets tabous comme les règles, ses relations avec les hommes ou le sexe. Comme dans un spectacle de stand-up, l’humour sert de façade à une réalité bien plus sombre : un traumatisme, une rupture, une perte etc. Par mise en abyme, le film lui-même devient un spectacle de stand-up. Les scènes s’enchaînent comme des anecdotes amenant à un dénouement tragique.

Les innombrables références à la pop culture ravissent les spectateur·ices aguerri·es. Les répliques de films cultes s’enchaînent comme des punchlines et créent une proximité avec le·a spectateur·ice. Pour le·a laisser en larmes sur la douce mélodie de I Know The End de la chanteuse américaine Phoebe Bridgers.

Sam fait plus rire © Wayna Pitch

Aux antipodes du rape and revenge

Sam fait plus rire présente une belle leçon de sororité. En effet, dans un environnement où les hommes apparaissent davantage comme des menaces que comme des alliés, les femmes doivent prendre soin les unes des autres. De plus, la présence à l’écran est essentiellement féminine. Les hommes sont relégués au rang de danger, d’éléments perturbateurs de la vie de tous les jours. Leurs maigres interventions se présentent sous forme de mansplaining plutôt que de véritables conversations désintéressées. Le père de Brooke en est le parfait exemple : lors de sa première rencontre avec Sam, il la reluque des pieds à la tête en la martelant de questions sur sa vocation d’humoriste.

Le film se place aux antipodes du sous-genre très populaire du rape and revenge movie. Des récits controversés dans lesquels les femmes victimes de viols se rebellent contre leurs agresseurs et inversent les dynamiques de pouvoir. Or, Sam fait plus rire porte un autre regard sur le sujet. Victime d’une agression sexuelle, Sam ne cherche pas la vengeance. Même si elles n’utilisent pas la violence physique, les femmes restent actives et ne se victimisent pas. Elles restent fortes, s’entraident et s’écoutent. Cette sororité à toute épreuve sert de pansement, même aux plaies les plus douloureuses.

Sam fait plus rire © Wayna Pitch

La perte

L’existence de Sam se retrouve complètement bouleversée après l’événement traumatique. La jeune femme passe son temps à dormir, ne sort plus et vit en décalé. Elle refuse de communiquer avec son petit ami, ou de participer à quelconque activité avec ses deux meilleur·e·s ami·e·s. 

Dans Sam fait plus rire, les femmes sont confrontée à une perte. La perte de sa mère, la perte de Brooke, une rupture amoureuse, la perte du sens de l’humour, la perte de la virginité… Une perte en entraîne une autre, et la vie bascule en une fraction de seconde. Elles doivent alors faire le deuil de la chose perdue. Cette expérience, souvent due à un élément extérieur qui est hors de leur contrôle, bouleverse leur manière de vivre. Le film célèbre ses personnages féminins et leur force face aux blessures causées par la perte. Sam fait plus rire met l’emphase sur la vulnérabilité des personnes sous le choc.

Avec Sam fait plus rire, la réalisatrice Ally Pankiw affiche son amour et son soutien aux femmes victimes de violences sexistes et sexuelles. Son premier long-métrage appelle à un besoin de légitimer les blessures et les traumatismes, visibles ou non. Grâce à l’appui de Rachel Sennot, elle réussi à créer une bulle de sororité et de chaleur relevée par une pointe d’humour. Le·a spectateur·ice passe du rire aux larmes, et en ressort à la fois gonflé·e de douceur et de révolte.

Sam fait plus rire (Wayna Pitch, 1h46) en salles le 30 juillet 2025.

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