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Rencontre avec Joye : « Plus je m’éloignais de l’idée d’être la fille parfaite, plus j’étais vraiment moi-même et libre »

Joye © Lucie Perret
Joye © Lucie Perret

« Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent ». Joye a fait de ce slogan féministe plus qu’un mantra : une ligne de vie. À 26 ans, l’artiste toulousaine trace une trajectoire musicale singulière en composant une musique traversée par le féminisme, la vulnérabilité et la guérison. Révélée avec Thelma, un premier EP hommage à la renaissance et au féminisme, elle signe aujourd’hui ANGEL (this mixtape is for u), un EP de 6 titres sorti en mai dernier. Dans ce nouveau projet, Joye explore les puissances du sensible à travers une pop radicalement personnelle. Rencontre avec une artiste qui donne voix à la vulnérabilité, à l’émotion brute et à la résilience.

Tu viens de sortir ANGEL (this mixtape is for u), un projet de six titres sorti en mai dernier. Comment tu définirais cette nouvelle étape dans ton parcours ?

Joye : Quand j’ai écrit Thelma, il y avait beaucoup de projections, notamment dans la direction artistique, ce que je voulais montrer en tant que femme. Je savais où je voulais aller, mais j’étais loin d’y être. Je commençais juste à découvrir la colère, un sentiment que je ne connaissais pas vraiment avant. Avec ANGEL (this mixtape is for u), je pense qu’il y a moins de projections. J’ai l’impression d’être en phase émotionnellement, de mieux comprendre ce que je ressens.

Pochette de l’EP ANGEL (this mixtape is for u) © Lucie Perret
Quelles émotions traversent ce projet ?

Joye : Il y en a beaucoup. Ce projet est sorti à l’issue d’un deuil. Le simple fait de vivre un deuil fait traverser tellement d’émotions. J’ai ressenti beaucoup de solitude, c’était un gros sujet pour moi. Être seule face à sa vie, face à un certain vertige. J’ai aussi vécu une séparation avec mon ex à ce moment-là, c’était comme devenir ma propre mère, ma propre fille, ma meilleure amie, ma propre compagne. J’avais l’impression de ne pas pouvoir être comprise par mon entourage, ce qui est normal. Même si les gens sont là, avec empathie, compassion et soutien, ils ne pouvaient pas vraiment comprendre ce que je vivais.

Je me suis alors dit qu’il fallait que je m’en sorte toute seule, et ça a été très dur. Il y a eu de la colère, de l’incompréhension, mais aussi un sentiment de force immense. Ce que j’ai voulu en tirer, c’est l’espoir, la danse, continuer à vivre, à y croire. J’ai aussi été traversée par une sorte de croyance, pas religieuse, mais immatérielle. Mon féminisme s’est renforcé grâce à ça, comme un sentiment qu’il ne peut rien m’arriver. C’est fou, cette expérience m’a nourrie et fait grandir.

Tu cites souvent cette phrase : « Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent ». Pourquoi elle résonne autant pour toi ?

Joye : Je pense que j’ai beaucoup cherché pendant mon enfance, et même mon adolescence, à être un peu la fille parfaite, à être nickel. Je pensais que c’était ça qui allait me faire accéder à une meilleure version de moi-même. En fait, je me suis rendu compte que plus je m’éloignais de l’idée d’être la fille parfaite, plus j’étais vraiment moi-même et libre. Plus je suivais cette quête de liberté et d’aller où je voulais, plus j’étais heureuse. Et c’est ce qui n’arrête pas d’arriver. J’ai pris un chemin que tout le monde ne prend pas, un chemin un peu parallèle qui me va très bien et qui me permet de faire ce que je veux, quand je veux.

Tu as commencé la musique très jeune, au conservatoire. Quel a été ton chemin jusqu’à Joye ?

Joye : Oui, mon parcours musical a commencé par le conservatoire, piano classique. J’ai fait ça pendant 8 ans, jusqu’au lycée environ. Dès le collège, j’utilisais déjà le piano pour exprimer mes émotions, c’était un peu mon journal intime. Je chantais en rentrant du collège, que ce soit du yaourt, du français ou de l’anglais, pour me libérer de ce que je ressentais. J’ai commencé à écrire des chansons petit à petit. Au lycée, j’étudiais la littérature anglaise, donc j’écrivais souvent mes paroles en cours. Puis j’ai posté mes premiers morceaux sur les réseaux sociaux. J’ai rencontré un gars, Arthur, avec qui on a fait un premier duo électronique appelé Arthur & Joy. J’ai même joué dans des boîtes de nuit alors que je n’avais pas l’âge d’y rentrer ! Mes parents écoutaient beaucoup d’électro, c’était déjà présent dans mon univers.

Et après cette période d’expérimentations ?

Joye : Je me suis dit que j’allais faire une école de jazz, même si je n’aimais pas ça, pour apprendre ce que je ne savais pas faire. Après, je me suis un peu perdue. J’ai eu un quartet vocal, d’autres expériences qui m’ont permis de digérer ce que je voulais défendre, notamment le féminisme. J’ai été beaucoup critiquée en jazz pour plein de raisons. Du coup, je suis revenue à mes racines avec l’électro, et en solo, pour aller exactement là où je voulais.

Pourquoi avoir choisi le nom « Joye » pour ce projet solo ?

Joye : Quand j’avais 15 ans, on cherchait un nom. Je ne voulais pas garder Juliette, je trouvais que ça n’allait pas du tout avec celle que j’étais ou que je voulais être. J’ai demandé à une de mes meilleures amies, elle m’a dit : « Tu rigoles tout le temps, appelle-toi Joy ». Ce mot était parfait à ce moment-là. J’ai voulu rajouter un « e » pour plus de féminisme, pour plus d’unicité aussi. Et ça clôt bien le chapitre d’avant, c’était une autre personne, plus jeune.

Comment définirais-tu ton projet aujourd’hui, en quelques mots ?

Joye : C’est un projet hyper introspectif. Les histoires dont je parle sont rarement celles d’autres personnes, c’est vraiment ma vie liée à d’autres. Avant, je pouvais écrire pour d’autres, inventer des vies, mais là, c’est vraiment mon histoire. Il y a une volonté thérapeutique, mais ce n’est pas que ça. C’est aussi une vision de moi qui règle mes traumatismes, mes chemins sinueux. En fait, c’est une projection de moi qui les détruit, quelque part.

On sent aussi beaucoup d’intuition dans ta manière de créer.

Joye : 100 %. C’est essentiel. Je pense qu’il faut vraiment laisser de la place à l’intuition, parce que c’est la seule chose qui guide. Peu importe que les choix soient bons ou mauvais, du moment qu’ils t’appartiennent et sont guidés par toi-même, ce sont les bons. C’est comme ça que je vois les choses. Je suis guidée uniquement par ça, même dans mes collaborations. Par exemple, pour choisir ma manageuse actuelle, Lauli, j’étais sûre que ce serait elle. J’ai appris avec le temps, en vieillissant, à chérir l’instinct et l’intuition.

Sur scène, tu as aussi une esthétique très marquée, avec ces longs cheveux blancs. Pourquoi ce choix ?

Joye : Les perruques ont commencé à faire partie du projet avec le clip du morceau « Witch ». C’était important pour montrer une multitude de personnages féminins, rendre ça un peu mystérieux. Pour mon concert à la Boule Noire, je me suis dit qu’il fallait que je porte une perruque, c’était l’intuition. C’est celle qui m’a le plus plu dans le spectre de « Witch ». Elle symbolise la guerrière, le personnage que je voulais incarner sur scène.

Joye © Grégoire Cotte
Et pour finir, si tu devais résumer le fil conducteur d’ANGEL (this mixtape is for u)  en un mot ?

Joye : Ma mère. Sa présence a beaucoup influencé tout ce que j’ai traversé à cette période-là, que ce soit le healing, les ruptures, tout ça. C’est un cycle.

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