ART

Louis Stettner, Nan Goldin, Letizia Battaglia… Les meilleures expos des rencontres de la photographie d’Arles

Rencontres de la photographie d'Arles
Photographe amateur anonyme.  Sans titre, Houlgate, France, 1931. Avec l’aimable autorisation de la Collection Marion et Philippe Jacquier / Donation de la Fondation Antoine de Galbert au musée de Grenoble.

Les Rencontres de la photographie d’Arles sont de retour jusqu’au 5 octobre, avec une thématique équivoque : « images indociles ». Retour sur les meilleures expos, sélectionnées par la rédaction de Maze.

Par Enzo Hanart et Lorcàn Antoni-McWhirter

C’est sans doute désireuse d’honorer le thème de cette année que la photographe américaine Nan Goldin a électrisé la soirée d’ouverture des Rencontres de la photographie d’Arles. En diffusant des images de Gaza dévastée et dénonçant le génocide en cours, elle n’a pas manqué d’offusquer une partie du public. Voilà un point de départ aussi incandescent qu’autocritique pour cette édition 2025, amenée à se questionner autant sur le réel rôle que peuvent jouer les images dans un monde en ruine. 

La sélection d’expositions qui suit propose de répondre à cette interrogation avec différents changements de focales : plan large pour Louis Stettner à travers le monde, plan américain sur la Sicile de Letizia Battaglia, gros plan sur l’intimité sensuelle de Nan Goldin et radiographie du coeur pour retrouver le père de Diana Markozian… Ces images sauveront-elles le monde ? Pas sûr. Mais en multipliant les regards et les points de vue, elles en rappellent la valeur.

Le monde de Louis Stettner (1922-2016)

Louis Stettner Ménage, Paris. Vers 1947-1950. Avec l’aimable autorisation des Archives Stettner, Saint-Ouen.

Voilà bientôt dix ans que le grand photographe transatlantique est décédé. L’occasion pour la commissaire Virginie Chardin de s’associer à Janett Stettner, veuve de l’artiste aujourd’hui en charge de ses archives, pour proposer cette retrospective avec 150 tirages, dont certains inédits. Celui qui se désignait lui-même comme «  marxiste orthodoxe  » pose un regard engagé sur les remous politiques de la deuxième moitié du vingtième siècle, mais sa photographie se démarque aussi par une expérimentation formelle ludique, nourrie par l’intérêt du photographe pour la peinture et la sculpture. 

Lieu d’exposition : Espace Van Gogh

Letizia Battaglia, J’ai toujours cherché la vie

Letizia Battaglia. Quartier Cala. La jeune fille au ballon, Palerme, 1980. Avec l’aimable autorisation de l’Archivio Letizia Battaglia, Palerme.

Si Stettner est un artiste global, Letizia Battaglia, elle, est une photographe ancrée dans l’Italie qui l’a vue naître. D’abord connue pour son travail journalistique, documentant les crimes de la Mafia à Palerme en Sicile, son œuvre se déploie aux Rencontres de la photographie d’Arles comme le portrait, sensible et tendre, d’une région modeste. Entre les hommes armés et menottés, affleure le regard dur et intrépide d’une jeune fille malingre, un ballon de foot à la main, dans Quartier Cala. La jeune fille au ballon, une des photographies qui cristallise le mieux les tensions innervant l’oeuvre de Battaglia. 

Lieu d’exposition : Chapelle Saint-Martin du Méjan

Diana Markozian, Père

Diana Markosian. Matinées auprès de toi, série Père, 2014-2024. Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

Le terrain de jeu de Markozian est intérieur. Séparée de son père à sept ans lorsque sa mère l’embarque loin de Moscou, alors que l’Union soviétique est en train de s’effondrer, la photographe a construit son œuvre à partir de cette blessure. Avec Père, elle réalise un paradoxe : le portrait d’une absence. En mêlant photos de famille et clichés d’espaces contemporains, désertés par les corps, Markozian part à la recherche du temps perdu. Et quoi de mieux que la photographie pour dresser un portrait en creux, un portrait… en négatifs ? 

Lieu exposition : Espace Monoprix

Nan Goldin, Syndrome de Stendhal

Nan Goldin. Diane au bain, 2024. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / Gagosian.

Nan Goldin, invitée d’honneur lors de la soirée d’ouverture des Rencontres, et à qui Laura Poitras a consacré son dernier documentaire (Toute la beauté et le sang versé, considéré par la rédaction de Maze comme l’un des meilleurs films de 2023), réfléchit à nouveau sur la submersion esthétique en titrant son exposition Le syndrome de Stendhal.  L’artiste poursuit son travail sur le diaporama, en mettant en regard des statues et oeuvres classiques avec des photos de ses proches et amant·es. Un jeu de contraste sur la modernité et l’ancestral, l’intime et l’universel, qui ne s’interdit pas d’être parfois léger et amusant. 

Lieu d’exposition : Eglise Saint-Blaise

Eloge de la photographie anonyme

Photographe amateur anonyme. Sans titre, Houlgate, France, 1931. Avec l’aimable autorisation de la Collection Marion et Philippe Jacquier / Donation de la Fondation Antoine de Galbert au musée de Grenoble.

Marion et Philippe Jacquier, créateur·ices de la galerie Lumière des roses à Montreuil (93), remettent au goût du jour le «  ready-made  » avec leur exposition composée de clichés anonymes qu’ils ont compilés pendant 20 ans. Un pur travail de curation et d’éditorialisation autour de différentes thématiques, qui ouvre les imaginaires et excite la curiosité. Cet éloge rappelle que l’art est partout, pour qui ouvre grand les yeux. 

Lieu d’exposition : Palais de l’archevêché 

À voir aussi :

Claudia Andujar, À la place des autres

Claudia Andujar. De la série Rua Direita, São Paulo, SP, vers 1970. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / Instituto Moreira Salles.

Cette sélection réalisée en partenariat avec l’Instituto Moreira Salles de Sao Paulo met en avant le travail des années 1960 et 1970 dans la photographe brésilienne. L’expérimentation formelle y rencontre une société représentée frontalement.  

Lieu exposition : Maisons des peintres

Yves Saint-Laurent et la photographie

Irving Penn. Yves Saint Laurent, Paris, 1957. Avec l’aimable autorisation de The Irving Penn Foundation / Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent.

Cette compilation de clichés unissant Yves Saint Laurent et son travail de couturier à la discipline de la photographie permet de dresser un portrait beaucoup plus vaste du créateur : on peut y voir, par exemple, les relations toujours complexes entre les univers du luxe, de la mode et des arts contemporains. 

Lieu exposition : Mécaniques générales

On Country : Photographie d’Australie

Michael Cook (Bidjara) Majority Rule (Parliament), série Majority Rule, 2014. Avec l’aimable autorisation de l’artiste / Jan Murphy Gallery.

En partant de la situation coloniale et post-coloniale particulière de l’Australie, cette exposition collective où sont affichés des artistes autochtones et non-autochtones, propose une réflexion profonde sur ce que signifie d’avoir un pays, d’en être dépossédé, et des perspectives possibles après cette violence. 

Lieu exposition : Église Saint-Anne 

Les Rencontres de la photographie d’Arles ont lieu dans toute la ville du 7 juillet au 5 octobre 2025.

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