CINÉMA

FESTIVAL D’ANNECY 2024 – « The Missing » : Voix sur ton chemin

The Missing © Project 8 projects
The Missing © Project 8 projects

EN COMPÉTITION – LONGS MÉTRAGES – CONTRECHAMPS – La bien nommée sélection «  Contrechamps  » du Festival d’Annecy, permet de découvrir des films aux formes et aux récits en marge.The Missing de Carl Joseph Papa, s’intéresse au jeune Eric, ayant mystérieusement perdu sa bouche, et dont les souvenirs ressurgissent au gré d’une quête douloureuse.

C’est une histoire de famille. Ou plutôt d’extraterrestres. Enfin, un peu des deux. Avec The Missing, Carl Joseph Papa met en scène un jeune homme muet, Eric, graphiste de son métier et surtout très seul. Un soir, il propose son aide à Carlo, un collègue du même âge. Celui-ci ne parvient pas à achever le travail qui lui a été assigné. Le jeune homme refuse, mais Eric insiste. Il sait que Carlo a besoin de son aide. Dans cette scène déjà, s’esquisse l’idée que ceux qui ont besoin d’aide savent reconnaitre leurs pairs. 

Touché par cette aide, Carlo investit avec une attention toute particulière cette relation naissante. Éric ne s’ouvre pas aux autres naturellement. Alors, il faut savoir faire quelque chose de cette confiance accordée un peu miraculeusement. Les deux jeunes hommes passent du temps ensemble, communiquent. Mais quelque chose cloche chez Eric. Surtout depuis qu’il a appris le décès de son oncle. Il perd contact avec la réalité, s’enferme chez lui, met son appartement sens dessus dessous. Disparait. C’est que des extraterrestres le poursuivent. Et celui-ci, terrifié, tente de leur échapper.

Impossible de ne pas penser ici à Mysterious Skin. Le film de Gregg Araki mettait en scène le douloureux récit de Brian, jeune homme obsédé par l’ufologie, car persuadé d’avoir été enlevé par des extraterrestres dans son enfance. Un enlèvement qui provoqua une perte de mémoire chez le garçon. Et dont on apprendra qu’il masque une réalité bien plus violente.

Vers l’infini et le souvenir

Mais dans The Missing, les allers-retours entre la réalité et le vaisseau mère des extraterrestres sont le signe d’un mouvement mémoriel inverse à celui de l’effacement. Dans ces séquences, Eric avance vers le souvenir. Les extraterrestres le traquent, et Eric ne peut leur échapper que temporairement. 

The Missing adopte une structure narrative linéaire, entrecoupée de flashback et de séjour dans le vaisseau extraterrestre. La simplicité du récit permet au spectateur de prendre la mesure du bouleversement engendré par le traumatisme survenu dans l’enfance d’Eric. Le souvenir est là, quelque part, et le chemin pour le faire exister à soi-même, et aux autres, est long et douloureux. Le mutisme d’Eric est matérialisé, à l’image, par l’effacement de sa bouche. Le silence dans lequel son oncle l’a forcé à plonger en abusant de lui, l’a complètement coupé du monde extérieur, mais aussi de lui-même. Mais le dessin expressif de Carl Joseph Papa, offre au jeune homme toute une gamme d’émotions qui prennent le relai de sa voix confisquée.

Et c’est la présence d’un tiers, Carlo, qui permet à Eric d’avancer dans sa quête. Carlo est capable de composer avec le monde plein d’extraterrestres d’Eric. Il va même jusqu’à lui proposer de l’aider dans l’élaboration d’un plan pour venir à bout de celui qui le poursuit.  À l’instar de Mysterious skinThe Missing déploie avec brio les pouvoirs de la fiction pour voler au secours d’une mémoire et d’une existence abimées par le traumatisme. Et il est rappel que le cinéma, et l’art en général, sont autant de moyens de donner forme aux voix confisquées.

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