CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2024 – « Niki » : La guerrière à la carabine

Copyright 2024 CINEFRANCE STUDIOS, WILD BUNCH
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UN CERTAIN REGARD – Produit par Jalil Lespert et avec Charlotte Le Bon dans le rôle titre, Céline Sallette présentait hier Niki, un premier long intime, hommage puissant à une femme aux mille visages, la grande Niki de Saint Phalle. 

Pour raconter une vie riche de plusieurs métiers, plusieurs passions, plusieurs amours, la réalisatrice fait le choix de séparer son récit en différents chapitres. “Ce que Niki avait oublié”, “Niki part au combat”… Ce découpage met en évidence un rapport de proximité entre la cinéaste et son sujet. Car ici, c’est Niki que Céline raconte. La fille, la femme, la mère, mais pas encore l’artiste.

Mannequin, actrice de théâtre, plasticienne, peintre… Les vies de Niki de Saint Phalle reflètent le parcours d’une femme au chemin de longue haleine. Céline Sallette prononçait ces quelques mots en début de séance, qui résonnent dans chaque image : “Face à la vie, on peut choisir la mort ou on peut choisir de se faire vivre”. Le combat affiché à l’écran est bien celui d’une femme pour se délivrer de ses chaînes, vivre, s’apprivoiser jusqu’à la rencontre ultime avec elle-même. 

“J’ai peur des monstres, Maman.

– Moi aussi.”

Car Niki est habitée par des démons tenaces. Paranoïa fulgurante, sentiment de menace imminente… Après un passage en hôpital psychiatrique, où elle subira une thérapie par électrochocs, elle semble enfin trouver une échappatoire au mal qui l’habite : l’art. En explorant les moments de création, l’on découvre peu à peu la complexité d’une figure incontournable de son époque. D’abord fille bien rangée, épouse modèle, Niki deviendra cette image incroyable d’une femme aux cheveux courts, taillés au couteau, une carabine à la main. Comment et pourquoi a-t-elle parcouru ce chemin vers la révolte ? Tout doucement, Céline Sallette lève le voile sur le passé traumatique de la jeune femme, victime d’un père incestueux et violent. Une double lecture donc, pour ce biopic qui cache en fait un portrait bouleversant de la douleur de l’inceste. 

Malgré la présence d’un mari aimant et sa volonté d’être soignée, Niki reste cantonnée au statut de malade par un système qui refuse de voir l’horreur en face, lui préférant l’explication plus tolérable d’un mensonge manipulateur. Et Céline Sallette de proposer une scène déchirante, où son personnage confronte le médecin qui a fait disparaître pour toujours la seule lettre d’aveux qu’elle n’ait jamais eus de la part de son géniteur. Celui qu’on croyait être le guérisseur, apparaît finalement dans sa minable lâcheté : celle d’un homme plaçant la réputation d’un inconnu au-dessus du sort d’une jeune femme traumatisée, brisée. 

“C’est ma vocation, je l’ai trouvée chez les fous.”

Au fur et à mesure, un parti pris insoupçonné se révèle au spectateur. Lorsque Niki créé, la caméra reste sur elle. L’on verra bien sûr le choix des matériaux, des couleurs, la folie créatrice s’emparant d’elle dans ces instants de grâce… Mais ses œuvres, elles, resteront étrangères au spectateur. Un choix significatif, puisqu’il porte l’attention sur ce que chaque œuvre raconte du chemin de l’artiste vers sa liberté. Ce sont moins les implications artistiques de son travail — bien que la réalisatrice développe en second plan la naissance des Nouveaux Réalistes — que ce qu’il renvoie de son

Dans un écrin travaillé avec minutie, Céline Sallette réalise un premier long évitant les pièges habituels du biopic, une belle proposition, bienvenue dans cette quinzaine cannoise. L’écriture laisse transparaître une véritable intelligence dans l’approche d’un sujet pourtant lourd, au cœur de l’actualité. Cela n’empêche pas la cinéaste de mettre en scène des séquences tout simplement hilarantes, comme celle où le couple Niki et Harry (son mari pendant de longues années) s’avoue ses infidélités respectives. Une belle preuve de l’intelligence avec laquelle la réalisatrice approche un sujet complexe, pour en tirer toute l’humanité. 

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