LITTÉRATURE

La Petite sélection – Des beaux voyages

© Marie Viguier

La rédaction littérature vous propose un rendez-vous trimestriel, à l’adresse des petits et des plus grands, pour parcourir la riche actualité éditoriale des albums jeunesse.

Le miroir aveugle – Giacomo Nanni

 © éditions La Partie

En plus de ne plus y voir très clair, ce miroir poussiéreux s’attriste de n’être que surface de projection pour les autres. Alors, il repense aux images qu’il a pu refléter dans sa vie. Inspirée de la quadrichromie, la texture singulière des images de Giacomo Nanni est conçue à partir d’effets de superposition de trames hachurés ou pointillées de différentes couleurs. Cette technique fait travailler notre regard et nous met au défi de penser la façon dont nous voyons (plus ou moins nettement) le monde. Un très beau livre. 

Le miroir aveugle de Giacomo Nanni, éditions La Partie, 22euros.

Marie Viguier

Le chat sans nom – Fumiko Takeshita et Naoko Machida

Le chat sans nom est un petit chat de gouttière. Quand il passe dans la ville il s’étonne et s’attriste de voir que les autres chats aient des noms. Celui du temple s’appelle Grigri à raison, et les sœurs siamoises de la boulangerie Heidi et Clara. Alors, pourquoi pas lui ? L’album de Fumiko Takeshita et Naoko Machida est intéressant pour ses points de vue. C’est essentiellement celui du chat que l’on adopte dans cette promenade dans cette ville nippone anonyme. Ainsi, les perspectives deviennent inhabituelles et les mines dédaigneuses des chats amusantes parce que grossies.

Le chat sans nom de Fumiko Takeshita et Naoko Machida, éditions le Cosmographe, 40 p. 16,50euros.

Anaïs Dinarque

À l’eau – Heejin Park

 © CotCotCot éditions

Et si la petite-fille avait quelque chose à transmettre à sa grand-mère  ? Cette dernière, rétive à l’idée de se rendre à la piscine, oublie ses hésitations dès que son corps s’immerge dans l’eau. Douceur aqueuse, joie de l’apesanteur, liberté du mouvement, elle savoure ces heureuses sensations. Heejin Park, autrice-illustratrice coréenne, déploie un monde liquide entièrement aquarellé dans un bleu changeant rehaussé de touches rouges et vertes. Avec justesse, elle peint l’infinie variation de l’eau traversée de bulles d’air et d’irisations lumineuses. Au milieu du livre, une page accordéon se déplie. Une toute-petite grand-mère, fendant avec aisance l’étendue chamarrée du grand bassin, apparaît. 

À l’eau, Heejin Park, traduit du coréen par Charlotte Gryson, CotCotCot éditions, 44p., 18euros.

Marie Viguier

Quelqu’un quelque part – Tony Durand

C’est un petit décor planté ça et là et fait de découpes. Un décor qui joue avec les enfants et se construit au fil de la lecture. Ici des animaux, là un rocher et un arbre. Et ce quelqu’un qui se balade de page en page ? Ce quelqu’un est toujours en mouvement, et le voyage commence à sa suite.

Quelqu’un quelque part de Tony Durand, éditions møtus, 48p. 15 euros.

Anaïs Dinarque


Si tu pleures comme une fontaine – Noemi Vola

© éditions Nathan

Inconsolable, un ver de terre pleure toutes les larmes de son corps. Après le succès de son album Les extraordinaires aventures du ver de terre, Noemi Vola propose un livre sur la puissance de notre capacité à changer de regard sur les choses. Et si, plutôt que de sécher nos larmes, nous les cultivions  ? Ressource d’eau, elles peuvent être précieuses dans plusieurs situations. C’est ce qu’une ribambelle d’animaux va apprendre à ce lombric qui pourrait trouver bien d’autres raisons de pleurer que la tristesse  : aider les pompiers, faire cuire des pâtes … Avec des feutres et beaucoup d’humour, Si tu pleures comme une fontaine fait un doux éloge des larmes et c’est superbe. 

Si tu pleures comme une fontaine de Noemi Vola, éditions Nathan, 48p., 14,95euros.

Marie Viguier

Chez Bergamote – Junko Nakamura

Chez Bergamote publié en 2023 se glisse dans cette sélection de début d’année 2024 comme une exception qui confirme la règle. Plus qu’un coup de cœur, cet album est un véritable éblouissement, un tout dernier rayon de soleil apaisé quand l’hiver s’annonce. L’enfant aime passer l’après-midi chez Bergamote pour attendre son papa. C’est tout ce que l’on saura. Parce que le cœur de l’album se situe ailleurs : dans l’attente de ces après-midis d’enfance occupées par des petits riens : un chat qui marche ou un bel arbre à regarder. Le tout savamment peint par Junko Nakamura dans une lumière déclinante sublime. Un lumineux chef-d’œuvre.

Chez Bergamote, Junko Nakamura, éditions MeMo, 36 p., 18 euros.

Anaïs Dinarque

Une petite histoire qui compte – Morgane Rospars

 © éditions Thierry Magnier

Petit garçon, Youn apprend en contemplant une colline depuis sa fenêtre. Il apprend les chiffres sur les doigts de sa main. Il apprend les jours, les heures, les mois et les saisons. Le décor est le même  ; pourtant la lumière, la végétation, les couleurs changent. Une petite histoire qui compte est un album aux images flamboyantes. Les pages font dialoguer ligne de contour et couleurs labiles évoquant la technique de la gravure. En permettant d’assimiler de façon ludique certains repères chronologiques, cet album questionne le temps qui passe. 

Une petite histoire qui compte de Morgane Rospars, éditions Thierry Magnier, 64p., 18euros.

Marie Viguier

Un beau voyage – Balint Zsako

 © éditions Saltimbanque

Fuyant le loup, un lapin se réfugie dans un arbre avec lequel il devient ami. Dans des planches texturées, les paysages se modifient au grès des saisons. Cet album de 185 pages, sans texte, laisse tout l’espace à l’imagination pour se saisir de cette magie représentée. Chaque page met en scène des illustrations saisissantes réalisées à l’acrylique et à l’aquarelle. Balint Zsako livre un premier album silencieux lumineux.

Un beau voyage de Balint Zsako, éditions Saltimbanque, 184 p, 19 euros.

Marie Viguier

Les amis – Daniela Sosa

© éditions Kimane

Amitié d’un jour, amitié de toujours, amitié imaginaire, amitié d’enfance ou à distance. Daniela Sosa déploie un nuancier des manières possibles de faire lien. Avec un délicat dessin à l’encre et au crayon, elle illustre les différents moments de l’amitié dans des saynètes du quotidien  : la rencontre, l’amusement, la dispute ou la rupture. Car si l’amitié apporte de la joie, elle peut aussi induire des affects tristes. Dès lors comment reconnaître l’amitié  ? Les amis font le pari qu’elle est une expérience du partage.  

Les amis de Daniela Sosa, éditions Kimane, 40p., 14,95euros.

Marie Viguier

Un ours pas comme les autres – Grégoire Solotareff

© Ecole des loisirs

Dans l’ancienne chambre de Tom – un enfant devenu grand – vivent ses ours en peluche. Tous sont monochromes, sauf Pacha qui est multicolore. Ils le trouvent un peu bizarre car bigarré. Chagriné, Pacha part muni de son sac à dos. Et, durant ce voyage, il fait une rencontre décisive : la sorcière Rosa. Éclatant de couleurs, Un ours pas comme les autres pense notre perception de l’altérité et donne à voir la vie secrète des jouets.

Un ours pas comme les autres de Grégoire Solotareff, Ecole des loisirs, 14euros.

Marie Viguier

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