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« Neige » – Un conte sans magie

Neige
© Christophe Raynaud de Lage

Belle déception que ce récit d’apprentissage à peine esquissé, dont Pauline Bureau nous livre la morale avant même d’en camper les enjeux.

Neige est une jeune fille un peu particulière. Elle s’évanouit tout le temps. Dès qu’une émotion trop puissante la traverse, boum, trou noir. Depuis sa chambre d’ado, la jeune fille aux longs cheveux noirs se contemple dans le miroir. Ses rêveries sont sans cesse interrompue par une mère envahissante qui la sature d’injonction. « Je peux te faire réviser ton cours de bio ? », « Neige, et si tu te remettais à danser ? », « laisse moi couper tes cheveux, ils sont abîmés ». La jeune fille se débat. Ce ne sont plus ses pointes qui sont coupées par la mère mais une mèche de cheveux entière. Seule dans sa chambre, Neige égalise et se sépare de sa longue chevelure noire avant de s’enfuir dans la nuit.

Dehors, dans une forêt sombre, elle croise Chris, le garçon qui lui plaît, une amie, puis un homme qui campe-là. De l’autre côté du split screen scénique – la scène est divisée en deux, d’un côté l’intérieur des maisons et d’un commissariat, de l’autre la forêt où s’enfuit la jeune fille – la mère folle d’inquiétude part à la recherche de sa petite fille.

Une leçon, pas d’enjeu

Difficile pour le spectateur de suivre les multiples rebondissements de cette intrigue hâtive. D’une part et d’autre du plateau, on se passe le relais de la parole. Quelques lignes de dialogues entre deux personnages puis lumière éteinte. Soudain, l’autre côté du cadre est éclairé, nouveau rebondissement.

Pauline Bureau, inspirée par Blanche Neige, veut restituer les doutes de l’adolescence mais multiplie les intrigues. On passe ainsi de cette scène inaugurale avec la mère violente (l’est-elle vraiment ?) à une longue balade en forêt. Puis voici une rave party avec figurants et injonctions d’adolescente à se jeter dans une réserve d’eau. Les lignes de dialogue n’en finissent plus d’ouvrir de nouvelles portes narratives. Tant et si bien que le spectacle ne s’engage dans aucune direction. Difficile de savoir s’il traite des dérives des jeux pour ados – la rave party en forêt apparaît comme menaçante – ou s’il s’agit de la simple réconciliation entre une mère et sa fille. Peut-être les deux. Plus troublant encore, d’autres personnages sont simplement esquissés, comme cet homme des bois qui croise la route de Neige, façon chasseur du conte.

© Christophe Raynaud de Lage

Illuminer le conte

En fin de compte, la morale de ce conte destiné au jeune public arrive avant même que l’on en ait compris les enjeux. Condensée en une heure et demie à peine, l’intrigue survole sans jamais s’attarder sur ce qu’elle voulait nous dire. Pauline Bureau délivre rapidement sa leçon : il faut s’accepter, peu importe les différences, en finir avec le culte de la performance. Tant pis si cette leçon finale n’a pas grand chose à voir avec la violence inaugurale de la mère, qui, on l’apprend dans les dernières minutes, s’évanouit comme sa fille lorsqu’elle ressent de grandes émotions.

Si le conte passe à côté de la magie, celle-ci trouve toutefois à s’incarner sur scène. La metteuse en scène, forte d’un budget que l’on imagine conséquent, s’arme d’un jeu de sons et lumières formidable pour composer sa scénographie. Ainsi, dans la forêt surmontée de vrais arbres gris, se promène et disparaît une véritable meute de loups si réaliste qu’on croirait pouvoir la toucher. Ils zigzaguent entre les troncs avec une grâce qui reste dans l’œil, longtemps après la représentation. Autre idée lumineuse : illuminer, justement, l’intégralité des murs de la grande salle de La Colline. Les feuilles des arbres sont projetées sur scène, sur les côtés, derrière les spectateurs. L’immersion est totale. C’est ça aussi, insuffler de la magie.

Neige, texte et mise en scène de Pauline Bureau, du 1er au 22 décembre au théâtre de La Colline. Informations et réservations.

Journaliste

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